La société créée par Hugo Delavelle a investi plus de 2 millions d’euros depuis la crise sanitaire pour moderniser son outil de travail, le compléter d’une scierie en a mont et d’une chaudière de récupération de ses copeaux en aval, et ainsi perpétuer sa croissance. Sur un cœur de marché en recul en France, elle cherche et trouve de nouveaux débouchés dans des gammes de standing, où le savoir-faire de ses 16 salariés s’exprime pleinement.
Delavelle continue de grandir. La menuiserie de Haute-Saône aura investi 2,2 millions d’euros en cinq ans pour changer de dimension et adapter son activité et ses outils au difficile marché de l’ameublement sur lequel elle évolue depuis 2009. Hugo Delavelle, son âme et son créateur, met la dernière touche à l’aménagement du second atelier de 2.000 m2 qui a fait suite au premier de même dimension. Celui-ci a été mis en service après la crise sanitaire à Saulnot (Haute-Saône), sur une friche en sortie de village, en succédant à l’atelier initial de la commune voisine de Melval. L'incendie que celui-ci a subi…six jours avant le confinement du 15 mars 2020, a précipité à début avril le déménagement qui était prévu pour la mi-juillet de la même année.
Cette extension accueille une zone de dépôt et, depuis la fin de l’année dernière, un espace dédié au travail du métal, venant compléter les prestations pour la confection de meubles divers (tables, bancs, chaises …), réalisées à partir de la scierie, dont la création fin 2021 a déclenché la construction de la seconde tranche. Cette scierie débite 350 à 400 m3 de bois par an, un volume minime par rapport aux grandes installations, mais qui incarne le profil d’artisan qui est cultivé ici.

Prévu à 1,4 million d’euros, le chiffre d’affaires de 2025 devrait confirmer la pente de croissance (le bilan 2024 s’est établi à 1,25 million d’euros) qu’emprunte la société toujours organisée en Eurl (entreprise unique à responsabilité limitée). « Nous étions huit salariés en 2019, les effectifs sont passés à 16 aujourd’hui et les embauches se poursuivent en vue de parvenir à un palier de 20 où nous devrions nous stabiliser », expose Hugo Delavelle.
La progression ne sera pas infinie. Non pas que les opportunités manquent en soi pour la TPE, mais son marché, « très concurrentiel », traverse une période tourmentée. « Le meuble meublant en France, qui constitue notre cœur d’activité, a reculé de l’ordre de 13 % en un an en France », souligne le dirigeant. Celui-ci constate le reflux notamment chez le particulier, les segments des bureaux et de l’hôtellerie se portant un peu mieux. La capacité de Delavelle à maintenir le cap et même à faire mieux mérite, dès lors d’être saluée. Et analysée.
Une marque en propre

Dans son activité de base, l’entreprise a décidé de jouer sa propre partition, de façon à valoriser son expertise sans la diluer dans les grands canaux de distribution. « Nous avons créé notre propre marque, dont nous écoulons les exemplaires en direct, en vente en ligne et via des prescripteurs comme les architectes », énonce Hugo Delavelle. Et la petite société haut-saônoise a poussé plus loin le curseur de la technicité, en se lançant dans ce que son dirigeant nomme l’« ébénisterie de savoir-faire » : des créations haut de gamme, pour le secteur du luxe ou des designers ou des galéristes, installés pour la plupart à Paris.
L’illustration en est fournie en ce moment par la collection « Ostal » : des tables et bancs inspirés des grandes tablées des auberges catalanes appelées Hostal où l’on se rencontre pour de longues soirées conviviales de vacances. Cette gamme résulte de la collaboration de l’ébénisterie de Saulnot avec le designer toulousain Pierre Dubourg qui a été bercé par l’ambiance chaleureuse de ses demeures d’hôtes. La rencontre s'est opérée au sein du French Design Incubateur, une plateforme d’incubation de projets d’ameublement français pour des usages domestiques ou professionnels. Les lignes épurées se dessinent à partir de chêne massif de bois certifiés PEFC (*) combinés à des assemblages d’ébénisterie comme le tenon mortaise, ainsi qu’au métal patiné noir de la barre transversale, qui fait la signature de la gamme. « Ostal est la première collection de la marque Delavelle qui allie bois et métal », souligne le dirigeant. La collection est exposée à Paris depuis le 4 juin jusqu’au 26 septembre (**).

Cette activité « de luxe », génératrice de valeurs ajoutées plus élevées, représente désormais un peu plus de 50 % du chiffre d’affaires, pour un volume d’activité égal aux autres facettes de Delavelle. Ses atouts, la TPE les fait fructifier aussi dans les mains de ses salariés. Lui-même Compagnon du Devoir, Hugo Delavelle manifeste la volonté de transmettre les bons et beaux gestes, certes appris sur les bancs des écoles de formation et dans les tours de France de compagnons, mais qui ne suffisent pas en soi, selon lui. « Il faut 4 ans pour devenir un ébéniste aguerri chez nous, cinq pour les réalisations « de luxe. » Garder les personnes représente donc une nécessité, et un défi », énonce-t-il.
Centre d'usinage numérique 5 axes

L’ambiance de travail, son cadre naturel au pied des forêts d’où les bois sont récoltés, sont déjà lors bichonnés. « Nous formons à tous les postes, de façon à rendre les salariés polyvalents, ce qui créé aussi de l’attachement à l’entreprise », ajoute Hugo Delavelle. Depuis 2022, le site s’est renforcé d’un atelier de confection des assises en tissu, venant légitimer un peu plus le label Entreprise du Patrimoine Vivant décroché en 2017.
Ces belles étapes sont donc franchies, cependant, dans un environnement économique contraint, qui pousse Hugo Delavelle à moderniser l’outil de travail, puis à en optimiser l’utilisation. Sur ce plan, le programme d’investissement des dernières années a été dominé par l’arrivée d’un centre d’usinage à commande numérique 5 axes. Et l’économie circulaire ayant été identifiée comme vertueuse sur le plan environnemental et aussi économique, Delavelle réutilise désormais ses chutes de production de façon à alimenter une chaudière biomasse, financée en partie par les 200.000 euros du PGE (prêt garanti par l’Etat) reçu au moment du Covid. « Ne pas gâcher », le bon sens paysan s’exerce ici, au service de la qualité.

Les process mis en place chez Delavelle à Saulnot sont soignés à chaque étape, afin de respecter l’objectif d’un travail d’orfèvre du bois. Celui-ci autorise le maintien de défauts apparents sur la surface finale, mais vient traquer ceux qui pénalisent la structure même. C’est ainsi que la menuiserie-ébénisterie haut-saônoise fait la chasse à un phénomène : la discoloration du bois au long de sa mise en oeuvre. « Les trois-quarts des bois la subissent, qui se manifeste au milieu des planches ».
Dès lors, les différentes étapes de transformation sont définies pour atténuer le phénomène : abattage concentré sur l’hiver, période de sciage limitée à une quarantaine de jours, temps de séchage rallongé - à l’air libre uniquement pour l’instant, un projet de séchoir ventilé est à l’ordre du jour - pour tomber à 10 % d’hygrométrie, etc. L’objectif consiste éviter l'apparition de la discoloration dans lesp planches de chêne. Les premiers résultats sont jugés satisfaisants : le phénomène est supprimé pour les épaisseurs de 18 à 54 millimètres et « nous estimons y parvenir de même pour les plus grandes épaisseurs, de 65 et 80 mm, entre le second semestre de cette année et le premier de 2026 », précise Hugo Delavelle.
(*) Programme européen de forêts certifiées
(**) Lieu : VIA , au 120 avenue Ledru Rollin, dans le 11ème arrondissement de Paris






























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