Le directeur général de la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté et de l’Ain n’aime rien tant que jouer les professeurs de macroéconomie. Le trimestre de crise sanitaire lui offre l’occasion de tirer les conséquences et quelques enseignements d’une récession sans précédent. Sans toutefois oublier l’engagement de son établissement financier…

 

• Une récession sept fois plus forte et cinq fois plus courte

Jamais la planète n’aura connu tel phénomène économique. En quelques semaines de la pandémie Covid-19, la chute du produit intérieur brut (PIB) de la plupart des Etats développés est passée de 20 à 35%. Mais il s’agit aussi d’une crise globale et 90% des Etats sont ou seront en récession, alors qu’il n’étaient que 60% en 2008-2009 au moment des « subprimes ». « C’est sans précédent et d’une intensité 35 fois plus forte que toutes les récessions passées », assure Bruno Duchesne, directeur général de la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté.
Pour lutter contre, les plans de relance atteignent parallèlement des montants inégalés. A titre d’exemple, les Etats-Unis y consacrent 2.200 milliards de $, l’Europe, via la Banque centrale Européenne, 1.350 milliards d’€ et la France, 500 milliards. « Si je prends l’exemple du Plan Marshall, dit Programme de rétablissement européen, au sortir de la seconde guerre mondiale, il ne s’élevait à argent constant qu’à 100 milliards de $. »
Les Etats étant pour la plupart très endettés, ces financements proviennent des banques centrales qui rachètent à tour de bras leur dette, émise sous forme d’emprunts. La réserve fédérale des Etats Unis (FED) a ainsi racheté sur ces premiers mois de 2020 jusqu’à 40% du PIB américain, la Banque Centrale Européenne, près de 55% de celui des Etats membres de l'Europe. « Jusqu’où peut-on aller à créer ainsi de la masse monétaire sans se déconnecter de l’économie réelle », s’interroge Bruno Duchesne.

 

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Chiffres clés

La banque mutualiste (150.383 sociétaires, 1.879 collaborateurs) s’appuie sur 1,9 milliard d’€ de fonds propres et affiche 17,2 milliards de total de bilan. Son chiffre d’affaires 2019 s’élève à 377,3 millions d’euros et le bénéfice à 81,5 millions. Elle revendique 90.761 entreprises clientes sur portefeuille total de 651.000 clients.

 

Quelques conséquences probables, voire certaines

Le numérique, bien que très polluant, a prouvé toute son utilité durant le confinement et est voué à un essor accentué dans de nombreux domaines. Pour l’illustrer, rappelons qu’en France 45% des consultations médicales durant le confinement l’ont été à distance et que les médecins ont été dix fois plus nombreux à s’inscrire sur des sites sécurisés pour les donner.
En pénurie de nombreux produits, pièces et composants, les relocalisations d’entreprises industrielles devraient voir le jour et notamment pour les éléments stratégiques.
En zone urbaine, le télétravail pourrait aussi connaître un fort développement, ceci étant lié au temps et au coût des transports individuels. A condition toutefois de ne pas rompre un lien social au sein de l’entreprise.

 

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De gauche à droite, Patricia Bauchery, directrice du développement, Bruno Duchesne et Lucile Dupont, directrice de la communication de la banque. © Traces Ecrites

 

• L’engagement de la banque régionale

Durant le confinement, à la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté, 90% des rendez-vous se sont déroulés à distance. Pas moins de 500 collaborateurs ont été placés en télétravail. Le nombre de prêts garantis par l’Etat (PGE) s’élève à 6.800 pour un volume de 750 millions d’€.  Précisons que le taux de refus n’atteint que 3% et que la Banque Populaire revendique le premier prêt accordé en Bourgogne - Franche-Comté (le 26 mars).
Les secteurs les plus demandeurs concernent les hébergements et la restauration, l’automobile et le BTP. Comme autre mesure d’accompagnement s’ajoute 250 millions d’€ de report d’échéances de crédits sur six mois.
Pour envisager l’avenir et permettre aux entreprises de solder leur dette, toute une réflexion est conduite avec les banques au niveau du ministère des Finances. Elle pourrait déboucher sur la mise en place de prêts participatifs, soit la participation en quasi fonds propres, et par ailleurs accentuer le capital investissement avec des sociétés de gestion de fonds, comme UI Gestion en Bourgogne-Franche-Comté.  

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