L'entreprise d'origine suisse, qui a basé sa société française à Illzach près de Mulhouse (Haut-Rhin), a été rachetée en fin d'année dernière par newcleo, un opérateur italo-britannique développeur d'une nouvelle technologie pour les réacteurs nucléaires. Rütschi pourra fournir son nouveau propriétaire avec ses pompes spécialement conçues pour ce secteur dans lequel le fabricant se déploie avec succès depuis plus de 50 ans.


Les Pompes Rütschi changent de propriétaire. L’entreprise d’origine suisse dont la base française se situe à Illzach près de Mulhouse (Haut-Rhin) était filiale de l’Italien Aturia depuis 17 ans. Celui-ci l’avait rachetée à la famille fondatrice en 1946. Elle est entrée en fin d’année dernière dans le giron d’un acteur innovant dans le nucléaire et qui fait de la décarbonation son leitmotiv : newcleo.

Cette société italo-britannique de 700 salariés est porteuse d’une technologie annoncée extrêmement prometteuse : le LFR pour lead-cooled fast reactor, un réacteur modulaire de faible puissance de quatrième génération.

Pour ses développements puis dans un horizon plus lointain - la prochaine décennie - pour sa production de cadence industrielle, newcleo a besoin d’un fabricant des pompes spécifiques au milieu nucléaire. Telle est l’une des compétences de Rütschi, qui a justifié son intérêt à sa reprise, parmi une vingtaine de candidats qui étaient entrés en contacts avancés avec elle.

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Les productions de l'entreprise peuvent présenter de grandes dimensions. © Traces Ecrites


« Nous sommes présents dans l’énergie atomique depuis plus de 50 ans », relève Patrice Woelffel, dire
cteur général de l'entreprise de 78 salariés, dont 60 à Illzach. Rütschi y est entrée à l’occasion de la construction de la première centrale en Europe, celle de Beznau en Suisse, en 1970. Depuis, le portefeuille de clientèle de l’entreprise s’est élargi à de nombreux acteurs : EDF - ses pompes sont installées sur toutes les générations de réacteurs français - FramatomeAreva (aujourd'hui Orano), GE, Westinghouse, le Sud-Coréen Kepco… 

« Nous cumulons 5.200 pompes mises en services depuis les débuts, dont nous assurons la maintenance, aujourd’hui vectrice principale des commande. Et nous avons la capacité de traiter les marchés nouveaux au gré de nouvelles constructions, comme l’EPR de Flamanville (102 pompes installées) et les réacteurs de Taishan en Chine associant EDF. Nous visons clairement les marchés EPR2 (6 réacteurs fermes et 8 tranches optionnelles annoncées par le président Macron en février 2022). Nous détenons l’exigeante certification Iso 19443 propre au nucléaire, ainsi que l’ASME aux Etats-Unis, et l’HAF 604 pour la Chine et nous sommes certifiés en Corée du Sud », souligne Patrice Woelffel. 

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Les pièces détachées pour le nucléaire civil représentent, au global, la majorité du chiffre d’affaires de Rütschi qui s’est situé à 25,7 millions d’euros à l’issue du dernier exercice clos le 31 mars 2024 (en croissance de 22 % sur un an). Elles forment la spécialité de la filiale française, tandis que son homologue en Suisse, Rütschi Fluid AG, est fortement tournée vers les projets pour le domaine militaire, nucléaire et conventionnel, portant celui-ci à un tiers du chiffre d’affaires total.

 

L'inventeur des pompes à rotor noyé 

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Patrice Woelffel, directeur général, décrit la pompe fonctionnant selon le principe du rotor noyé inventé par le fondateur de Rütschi.
© Traces Ecrites


La division « projets » complète l’activité. On y retrouve, entre autres, à nouveau le nucléaire pour des développements par exemple du CEA avec son réacteur de recherche Jules Horowitz ou pour l’équipement d’EDF au titre de l’adaptation des centrales aux nouvelles règles découlant de la catastrophe de Fukushima. Enfin, le levier de croissance attendu dans un futur plus ou moins proche vient donc d’une business unit « nouveaux réacteurs », à faire décoller avec Newcleo.

La présence de Rütschi dans le domaine nucléaire découle de sa propre technologie mis en œuvre depuis son origine et dont son fondateur Karl Rütschi fut même l’inventeur : les pompes à rotor noyé. Elles s’ajoutent à son offre de pompes classiques dites à « garniture mécanique » - qui restent légèrement majoritaires en volume de production. Elles offrent une étanchéité annoncée absolue. Leur technologie repose une recirculation interne du fluide pompé qui assure à la fois un refroidissement du moteur et une lubrification des paliers. Elles peuvent être utilisées dans des milieux immergés et procurent compacité (encombrement limité), rigidité et silence (absence de bruit de vibrations).
 

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Une des « clés » de mise en œuvre réside dans la séparation entre la chemise de stator et celle du rotor. Elle est assurée par une fine tôle de quelques millimètres. « Nous la fabriquons nous-mêmes, par soudage, expose Patrice Woelffel. Nous ne cherchons pas à tout produire, nous nous concentrons sur quelques points-clés, dont l’arbre du rotor, mettant en œuvre des savoir-faire de soudure, tournage et fraisage, et garantissant la réussite des tests en sortie. »

Ces expertises sont entretenues par des investissements réguliers, comme l’an dernier l’acquisition pour 70.000 euros d’une machine de contrôle dimensionnel.

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