La question d’une alliance Les Républicains / La République en Marche comme en Provence-Alpes-Côte-d’Azur ne se pose pas dans le Grand Est. Jean Rottner, président sortant a déclaré sa candidature le 3 mai, quelques jours après la ministre déléguée à l'Insertion, Brigitte Klinkert qui représente la majorité présidentielle. La gauche ne part pas non plus sur la même ligne. Le grand rassemblement envisagé, des écologistes à La France Insoumise en passant par le PS, n’aura pas lieu.

 

Comme Marie-Guite Dufay, présidente du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté (Lire ici l’article de Traces Ecrites News), Jean Rottner, président du conseil régional  du Grand Est a laissé le suspens s’installer sur sa candidature à sa succession. Il l’a levé le 3 mai en soirée. L’élu Les Républicains (LR) présente au scrutin des 20 et 27 juin, une liste d’union de la droite et du centre, « avec des composantes écologistes et de la société civile », sous la bannière "Plus forts ensemble". Cette fois, en première ligne et à l’échelle régionale : en 2015, il accompagnait Philippe Richert qui quitta son siège de président deux ans plus tard, pour des raisons de santé.

Opposé au départ à la grande région Grand Est réunissant l’Alsace, la Lorraine et Champagne-Ardenne, l’ancien maire de Mulhouse (2010-2017), âgé de 54 ans, a fini par l’incarner. Jusqu’à se faire connaître du grand public au plan national avec la crédibilité de son ancien métier de médecin urgentiste lorsque, au printemps 2020, la Covid-19 mit le Grand Est en confinement quinze jours avant l’ensemble de la France – on se souvient de l’hôpital de campagne dressé de toute urgence à Mulhouse pour soulager les services hospitaliers haut-rhinois.

 

M2A

La crise du Covid fait d’ailleurs partie du plan de campagne de Jean Rottner, ou plutôt le « retour à la vie normale. » Invité de France Bleu Lorraine hier 4 mai, il a affirmé que la crise est une des raisons qui l’ont conduit à se présenter. Il a exprimé « l’envie (…) de redonner de l’espoir et d’insuffler de l’espérance aux citoyens de ce territoire (…)

Référence à la menace de l’extrême droite qui avait emporté le premier tour en 2015 et se place selon un sondage Harris Interactive (*) encore en tête des intentions de vote (28% contre 24% à Jean Rottner) ? Le président sortant fait de la sécurité un axe majeur de son programme : sécurité de l’emploi, rappelant toujours au micro de France Bleu Lorraine, qu’en cinq ans, 220.000 personnes ont été formées avec l’aide de la région (compétente en formation professionnelle) dont « les 2/3 ont trouvé un emploi. » ; sécurité des personnes avec le renforcement de la vidéosurveillance dans les lycées et, sécurité sanitaire en formant davantage d'infirmiers, d'aides soignants et aides à domicile. Jean Rottner insiste aussi sur la politique volontariste de la Région pour dynamiser l’économie, citant « 650 millions d’investissements réalisés en moins d’un an » par les entreprises du Grand Est.


Choc frontal avec Brigitte Klinkert

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Brigitte Klinkert, ancienne présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, a quitté Les Républicains lorsqu'elle a rejoint le gouvernement en juillet 2020. © Ministère de l'Emploi


Face à Jean Rottner, en choc frontal même, puisque les deux mèneront la section alsacienne de leur liste régionale respective, Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion auprès d'Elisabeth Borne, ministre du Travail et de l’Emploi, est la chef de file d’une liste « sans étiquette », rassemblant le plus large possible, au centre, à droite et à gauche. Nul ne doutera cependant qu’elle incarne la majorité présidentielle. Ancienne présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, cette Alsacienne de 64 ans a quitté Les Républicains avant de rentrer au gouvernement en juillet 2020.

 
Défenseure acharnée de la Collectivité Européenne d'Alsace née en janvier 2021 de la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert veut « décentraliser » le pouvoir régional. « Je nommerai à mes côtés un président délégué pour l'Alsace, un pour la Lorraine, un pour la Champagne-Ardenne, et nous voterons des budgets de développement par territoire pour que chacun se sente respecté et considéré », a t-elle déclaré à France 3 Grand Est.

 

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L’absence d’accord sur la droite de l’échiquier politique se retrouve à son extrême. Le Rassemblement National et Les Patriotes présentent chacun leur liste. Le premier sera défendu par Laurent Jacobelli, 51 ans, ancien directeur de TV5 Monde, qui s’était présenté sous l’étiquette Debout la France aux régionales de 2015. Les Patriotes, eux, sont représentés par Florian Philippot, conseiller régional sortant. L’ancien bras droit de Marine Le Pen avait été élu en 2015 avec l’étiquette Front National et était arrivé en tête au premier tour.

Pas d’accord non plus à gauche, pourtant débattu pendant plusieurs semaines, mais qui n’a pas abouti au « Pacte Grand Est ». La gauche devait être incarnée par un large spectre de formations, d’Europe Ecologie Les Verts à La France Insoumise en passant par L’Appel Inédit d’Aurélie Filippetti, l’ancienne ministre de la Culture de François Hollande. En fait, il y aura deux listes.

 

Pas de Pacte Grand Est à gauche

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Visite de l'entreprise Urbanloop à Nancy, le 4 mars dernier, par les candidats de L'Appel inédit. © Lucas Charliquart


La Mosellane Eliane Romani, chef de file d'Europe Ecologie Les Verts a pris les devants en annonçant hier 4 mai qu’elle allait déposer sa liste le 12 mai à la préfecture de Strasbourg.
Une liste étendue à des candidats PS, PC, Génération écologie, Alternative Alsacienne, Cap Ecologie et Mouvement des Progressistes, mais qui laisse de côté L’Appel inédit pour le Grand Est, une démarche conjointe de la députée La France Insoumise de Meurthe-et-Moselle Caroline Fiat, de l’ancienne ministre PS Aurélie Filippetti et de Pernelle Richardot, présidente du groupe socialiste à la Région.
D’ici là, l’écologiste qui voulait avant tout préserver la conduite de la liste par son parti, laisse la porte ouverte « jusqu’à un tiers de la liste » pour accueillir « toutes celles et ceux qui se reconnaîtront dans ce projet unitaire, progressiste et écologiste. »

L’Appel inédit pour le Grand Est n’empruntera pas ce chemin. Aurélie Filippetti sera la tête de liste en Moselle d’une formation qui veut dépasser « les logiques de parti pour mieux répondre aux problématiques régionales. »
Et sur laquelle se grefferont selon toute vraisemblance les candidats de La France Insoumise puisqu’ils en sont les co-auteurs.
 
Deux autres candidatures sont attendues : Louise Fève qui conduira une liste Lutte Ouvrière et Martin Meyer, chef de file d'Unser Land, le mouvement autonomiste qui veut que l’Alsace fasse scission avec la région Grand Est.

 

B 4.0


* Rappel des résultats de 2015 :

Au 1er tour, Florian Philipport, Front National, menait avec 36,06% des voix, suivi de Philippe Richert (Les Républicains) avec 25,83%, Jean-Pierre Masseret (PS), 16,11%, Sandrine Belier (EELV), 6,70%.
Au second tour, la liste de la droite et du centre menée par Philippe Richert avait largement emporté une triangulaire avec 48,40% des voix, devant le FN de Florian Philippot (36,08%) et le PS-divers gauche de Jean-Pierre Masseret (15,51%).

* Selon une récent sondage de Harris interactive (avril 2021), le RN, avec Laurent Jacobelli en tête de liste, se hisserait au premier rang avec 28 % des intentions de vote au 1er tour, devant Jean Rottner (24 %) et Brigitte Klinkert (18 %). La liste Europe Ecologie Les Verts obtiendrait 16% et L’Appel Inédit/LFI, 10%.

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