Un centre d’interprétation consacré à Le Corbusier devrait sortir de terre en 2027 à l’arrière de l’usine dessinée par le célèbre architecte franco-suisse à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Cette manufacture exceptionnelle abrite dans ses murs Usine Duval, une bonneterie de 60 salariés spécialisée dans le prêt-à-porter de luxe.
Cette robe sans manches, à l'encolure plongeante et au design unique en forme de losange, portée il y a un an par l’actrice Angelina Jolie à la Mostra de Venise. Elle a été conçue à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) pour la maison Yves Saint Laurent. Elle constittue l'une des prouesses de confection de la bonneterie Usine Duval, dont les petites mains découpent, tricotent et confectionnent des robes pour les grandes maisons du luxe.
L’entreprise de 60 salariés (chiffre d’affaires de 4 millions d’euros en 2024) produit des séries de 50 à 1.500 pièces dans un écrin, la manufacture dessinée par Le Corbusier (1887-1965), un bâtiment classé aux Monuments historiques et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. D’ici deux ans, un centre d’interprétation consacré au célèbre architecte franco-suisse et baptisé « Le C » devrait mettre en valeur l’usine construite selon son dessin, entre 1946 et 1952.
L’investissement de 8 millions d’euros porté par une association présidée par Rémi Duval, filleul de Le Corbusier et président d’Usine Duval, devrait démarrer début 2026, par les travaux de terrassement début 2026. « Ce lieu signé de l’architecte norvégien Kjetil Thorsen donnera sur l’arrière de l’usine, ce qui permettra d’expliquer le projet de Le Corbusier dont mon père était un ami. Les 1.300 m² du centre permettront également de montrer des œuvres prêtées par la Fondation Le Corbusier et d’exposer notre expertise industrielle et celles d’autres entreprises locales emblématiques » résume le dirigeant.
La destruction de la manufacture en novembre 1944 au départ de l’occupant allemand, à l’instar d’une bonne partie de l’agglomération de Saint-Dié-des-Vosges, avait conduit Jean-Jacques Duval, le père de Rémi, à solliciter le célèbre architecte. Pour la petite histoire, le maître du mouvement moderne avait auparavant imaginé un nouveau plan d’urbanisme pour la ville, un projet rejeté par les élus de l’époque.

Dans cet écrin de 2.500 m² sur quatre niveaux auquel s'ajoutent 4.000 m² de stockage attenant, les équipes d’Usine Duval s’activent pour réaliser des travaux de bonneterie, autrement dit de tricotage, « une technique à ne pas confondre avec le tissage » avertit le dirigeanl. Sur le plan des savoir-faire, la force de la fabrique vosgienne réside dans la capacité de ses modélistes à rechercher des solutions avec les couturières pour concrétiser l’idée d’un styliste. Ces dernières sont pour moitié d’origine étrangère, venues du Maroc, de Tunisie, de Syrie, d’Ukraine ou encore de Russie.
Pour les travaux à la main, elles sont épaulées par une petite armée de couturières à domicile, soit 10 et 40 équivalents temps-pleins, selon les besoins. Pour une commande récente, une robe à smocks, elles ont réalisé 1.400 points par vêtement, un travail de patience représentant 50 heures de travail, d'une durée portée à 60 heures par pièce en incluant la découpe et la confection.
Une réorientation bienvenue dans les années 1980
L’envie de préserver le bâtiment Le Corbusier - dont même le mobilier signé Charlotte Perriand et Jean Prouvé est classé aux Monuments historiques - a motivé Rémi Duval à y maintenir une activité industrielle. La bonneterie a prospéré dans les sous-vêtements avant d’être reconvertie dans les années 1970 vers les vêtements de sports. Elle aurait pu être emportée par le vent des délocalisations qui a emporté l’industrie textile vosgienne. Il n’en a rien été grâce à l’intuition de Rémi Duval qui préside aux destinées de l’entreprise avec son épouse Béatrice.
Le représentant de la troisième génération de dirigeants familiaux a en effet réorienté la fabrication vers le luxe à l’aube des années 1980. Une première collaboration a été conclue à l’hiver 1982-1983 avec le styliste Jean-Jacques de Castelbajac. D’autres ont suivi avec Chanel, Hermès, Yves Saint Laurent, Balmain, Lanvin, etc.
La bonneterie vosgienne est-elle affectée par les remous sur le marché mondial du luxe ? Il n’en serait rien, en raison de la tendance des grandes maisons de prêt-à-porter à renouveler leurs collections plus rapidement que l’habituel rythme Printemps-été et Automne-hiver. « Il est possible d’avoir aujourd’hui jusqu’à six collections sur une année ! Pour autant, nous devons rester agiles et être capables de nous adapter lorsque qu’un nouveau directeur artistique est nommé à la tête d’une grande maison », prévient Rémi Duval.

La bonneterie a longtemps porté le nom d’Usine Claude-et-Duval, en référence à son rachat en 1907 par Paul Duval, le grand-père de l’actuel dirigeant, qui s'était associé à la famille Claude. Son petit-fils a choisi de la rebaptiser « Usine Duval » en 2017 en hommage à son père, Jean-Jacques. « La famille Claude qui a apporté une partie des capitaux au départ n’intervenait pas dans la direction. C’est mon grand-père et mon père qui ont piloté l’entreprise », rappelle l'entrepreneur, dont l’arbre généalogique a des ramifications communes avec les fondateurs des Pastis Duval (groupe La Martiniquaise).
A 77 ans, le dirigeant n’a pas l’intention de céder son entreprise à un major du luxe, comme cela été récemment le cas à Saint-Dié-des-Vosges, pour la manufacture de bijoux Aurigane reprise par lle groupe Richemont. Sa fille Rose Duval, diplômée en commerce international, pourrait reprendre un jour le flambeau. Passée par Hermès et la référence britannique du cachemire de luxe Barrie, la jeune femme est actuellement assistante industrialisation chez Lunas France, spécialiste de l’accessoire et de la décoration textiles.










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