Les travaux de restauration dans les galeries monumentales de l’ancienne exploitation de sel à Salins-les-Bains avancent en direction de leur achèvement en octobre ou novembre prochains. Le site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, « petit frère » de la Saline royale d’Arc-et-Senans, bénéficie ainsi de ses interventions d’urgence, avant une revalorisation d’ensemble planifiée.

La cathédrale au service du sel a bien engagé son relifting. La Grande Saline de Salins-les-Bains (Jura) fait battre le plein des travaux de consolidation qui s’avéraient nécessaires pour bien garantir la préservation de ce joyau, reconnu nationalement et internationalement avec son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, comme témoin de 1.200 ans d’extraction locale de la précieuse matière, jusqu’en 1962.  

Les riverains, curieux et visiteurs qui peuvent continuer à admirer l’ouvrage pendant le chantier – ils sont 80.000 à en franchir les portes chaque année -  profitent en partie de son spectacle. Depuis avril, les travaux en surface se succèdent sous un grand chapiteau du public, agissant comme un « parapluie. ». « Cette structure permet d’assurer la protection des intervenants en les séparant du public tout en permettant à celui-ci de se rendre compte des opérations en cours des entreprises et des archéologues », souligne Anne Ackermann, la directrice de la Grande Saline.

grande saline exterieur
Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, la Grande Saline accueille 80.000 visiteurs chaque année. © Mathieu Noyer

L'opération d’un coût d’1,5 million d’euros HT est dominée par la restauration de six voûtes de la galerie souterraine. Ces travées portant les numéros 33 à 38 font partie des 48 qui parcourent les 165 mètres de galeries. Leur forme romane inspire le comparatif avec une cathédrale. Elles sont situées au niveau du « puits à grès », l’un des deux du site avec le puits d’Amont qui abrite quant à lui le système de pompage datant du XIXème siècle continuant à montrer fièrement son fonctionnement tel qu’il fut dans la réalité, à 246 mètres de profondeur, avec sa roue à augets alimentée par la rivière souterraine actionnant un balancier en bois.

BF


Retirer la mousse des voûtes

Or ces six voûtes hautes de 9 mètres sont livrées aux effets des intempéries et des infiltrations depuis 1940 lorsqu’elles ont cessé d’être surplombées de bâtiments de production qui leur procuraient l’étanchéité. Fissures et autres dommages de maçonnerie sont apparues, requérant l’intervention des entreprises. « La mousse les envahit », résume Anne Ackermann. Décapages, reprise des joints un à un à la truelle, nettoyage des pierres, réfection des enduits se succèdent avec minutie.

grande saline parapluie travaux1
Une partie des travaux et les fouilles archéologiques se déroulent en extérieur à la vue du public, sous un grand chapiteau blanc de protection faisant office de "parapluie". © Mathieu Noyer
grande saline travaux extérieurs
Le chantier en surface permet d'atteindre la partie supérieure des voûtes à reprendre. © Syndicat mixte de la Grande Saline

C’est l’excavation de 300 m2 pour atteindre la partie supérieure des voûtes qui dévoilent les travaux à l’extérieur, sous le parapluie blanc. Les entreprises installent des drains de sorte à récupérer les eaux de ruissellement, ils posent une chape d’étanchéification au mortier et installeront une membrane géotextile avant le dernier comblement.

Une autre restauration concerne le mur de l’ancien magasin des sels, les « greniers. » L’épais mur de 30 m de long séparant les parties ouverte et fermée au public de cet espace, en fait un ancien rempart de la saline, est gorgé de sel, si bien que l’état de son parement s’est dégradé : des joints et des pierres s’effritent. Un nettoyage et des remplacements de pierres sont opérés, ainsi des interventions sur des poutres pluriséculaires reposant sur ces parements.  Enfin, les six portes de la salle des poêles sont déposées et remplacées.

 Mieux voir le système de pompage 

grande saline voûtes
La majestueuse galerie donne au site l'image d'une cathédrale, ou d'une église romane. © Mathieu Noyer

Les collectivités (commune, communauté de communes, département du Jura) réunies dans le Syndicat mixte de la Grande Saline saisissent l’occasion pour améliorer l’accès aux galeries et mettre en valeur les éléments les plus remarquables. Ainsi, dans le puits d’Amont, l’escalier en bois du XIXème siècle va faire place à une passerelle métallique. L’espace dégagé de ce fait va « améliorer l’expérience de découverte des visiteurs » et valoriser les voûtes, la roue, le grand balancier en bois et le système de pompage.

Cette phase, nécessaire se vit comme une étape vers un réaménagement plus large. Elle se terminera en octobre-novembre. « Nous avons engagé les travaux urgents, destinés à consolider les ouvrages. A quoi ressemblera la suite ? ce sont les études…et les capacités financières qui le diront », souligne Anne Ackermann. L’étude de diagnostic rendra ses conclusions en octobre et le Syndicat mixte prévoit d’engager  dans la foulée celle de programmation.    

Les acteurs du chantier 
grande saline mur
L'épais mur du magasin des sels doit également être réhabilité. © Mathieu Noyer

Pour le compte du Syndicat mixte de la Grande Saline maître d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre est conduite par le cabinet d’architectes du patrimoine Archipat, tandis que les opérations archéologiques sont pilotées par Evéha. Les trois grandes parties de travaux ont donné lieu à autant d’ensembles de marchés attribués en lots séparés. La consolidation des voûtes souterraines, principal morceau avec son montant de près d’1,1 million d’euros HT voit intervenir les sociétés Jacquet (maçonnerie-pierre de taille), Hussor Erecta (échafaudages), Benetruy TP, Nouveau & Myotte (charpente-couverture), Electricité Villemagne, Oudot Développement (métallerie) ainsi d’Evéha.
Oudot, Jacquet, Hussor Erecta et Villemagne se retrouvent pour la dépose de l’ancien escalier en bois et l’installation du nouvel accès public en métal. Enfin, Nouveau & Myotte et Jacquet assurent la réfection du mur du magasin des sels. Le financement de l’opération est assuré par les collectivités membres du Syndicat mixte, l’Etat et la région Bourgogne-Franche-Comté.  

Les visites se poursuivent sans interruption durant les travaux, offrant la plongée dans cet univers et, peu après l’accueil, l’accès aux expositions temporaires. Après celle sur la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs) avec laquelle la Grande Saline a eu histoire liée, l’actuelle jusqu’en novembre 2026 porte sur le grand incendie de juillet 1825, il y a donc deux siècles exactement. Ce sinistre avait ravagé un tiers de la ville de Salins-les-Bains., faisant partir 306 maisons en fumée.

(

Commentez !

Combien font "3 plus 8" ?