Le constructeur bois vosgien collabore à la conception du pavillon innovant « Ram’eaux » commandé à l’école d’architecture de Nancy dans le cadre des Jeux olympiques de Paris 2024. Ce projet est réalisé selon une technique inspirée de l’impression 3D. L’entreprise la développe avec plusieurs associés vosgiens : le spécialiste du lamellé-collé Weisrock, le centre de recherche en fabrication additive Cirtes et l’Ecole nationale supérieure des technologies et industries du bois d’Epinal.


Les enjeux de décarbonation de la construction font sortir du bois des acteurs innovants comme Charpente Houot 
à Sainte-Marguerite (Vosges), près de Saint-Dié-des-Vosges. L’entreprise issue de l’ex-groupe vosgien Houot repris par l’homme d’affaires François Pinault en 1986 puis cédée par appartements (cuisine, construction, charpente, etc.), a su évoluer à partir de son métier historique de charpentier.

Wattwiller Mémorial 01
L’entreprise a réalisé la charpente du mémorial franco-allemand de la Grande Guerre installé sur l'ancien champ de bataille du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin). © Charpente Houot


La PME de 38 salariés (chiffre d’affaires de 8,2 millions d’€ en 2023) s’est bâtie une solide réputation régionale dans la construction bois pour le secteur tertiaire, gagnant au passage la confiance de gros donneurs d’ordres nationaux comme Pierre & Vacances, la Compagnie des Alpes, Courtepaille, McDonald’s, etc. Elle a fondé en 2015, avec sept consoeurs françaises, la société Maître Cube afin de pouvoir se positionner sur les grands marchés nationaux du bois, face aux géants du BTP.

Mais ce n’est pas la croissance « à tout prix » qui fait courir Philippe Roux, le président de l’entreprise dont le chiffre d’affaires se maintient d’année en année dans une fourchette de 8 à 9 millions d’€. « Mon ambition est davantage de stabiliser le volume d’activité de l’entreprise, ce qui constitue déjà une performance en soi sur un marché de l’emploi particulièrement tendu. La ressource la moins renouvelable pour nous, c’est l'humaine », résume-t-il.

 

 CCI SAONE DOUBS - IA

 

Face aux aléas conjoncturels, le dirigeant de 64 ans aime prendre de la hauteur, à l’instar de l’immeuble passif de dix étages (27 logements) à la construction duquel Charpente Houot est associé à Saint-Dié-des-Vosges. Le chantier de cette opération de 7,8 millions d’€ HT portée par le bailleur social Le Toit vosgien a démarré à l’automne 2023 en vue d’une livraison en 2025.

Plus qu’à la performance individuelle, Philippe Roux carbure à l’innovation collective. Son entreprise met par exemple ses savoir-faire en commun avec ceux du groupe Derrey (600 salariés) négociant de matériaux de construction basé à Etival-Clairefontaine (Vosges) , mais également dans la fabrication de bétons. Les deux sociétés ont cofondé en 2019 APB2 en vue de mettre sur le marché, dans les prochains mois, une solution de plancher mixte bois-béton.

 

Montage du pavillon d’aviron en mai

Pavillon stratoconception bois
Les formes du futur pavillon olympique de l'aviron sont découpées dans les panneaux contreplaqués en bouleau. © Philippe Bohlinger


Mais son plus surprenant challenge demeure un projet collaboratif en « stratoconception » mêlant impression 3D et construction bois. « L’objectif consiste à réaliser des formes architecturales non standard en bois et d’industrialiser cette technique. Concrètement, nous reconstituons couche par couche des formes complexes dans lesquelles il va être possible de faire passer des réseaux, des circuits de fluides, etc. », s’enthousiasme le président de Charpente Houot.

Le projet de recherche-et-développement cofinancé par la région Grand Est associe le spécialiste vosgien des bois lamellés-collés Weisrock (groupe Morlot), le centre de recherche en fabrication additive Cirtes à Saint-Dié-des-Vosges, l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Nancy (Ensa) et l’Ecole nationale supérieure des technologies et industries du bois (Enstib) à Epinal.

Les Jeux olympiques de Paris 2024 offrent à cette innovation une opportunité unique de faire ses preuves. En effet, chacune des 22 écoles d’architecture s’est vue confier par le ministère de la Culture la réalisation de l'un des pavillons qui représenteront les différentes fédérations sportives au parc de La Villette à Paris. L’Ensa de Nancy a hérité de celui de de la Fédération française d’aviron. 

Baptisé Ram’eaux, l’ensemble de 100 m², dont le montage est prévu au mois de mai prochain, reprend les symboles de ce sport nautique : bateaux, rames, eau. Il est composé d’une toiture en polycarbonate supportée par une charpente en bois-treillis. Les poutres formant cette dernière seront liaisonnées entre elles et reliées aux poteaux porteurs par des nœuds d’assemblage réalisés en stratoconception. Au total 55 nœuds sont en cours de fabrication, le plus imposant d’entre eux affiche 50 cm de diamètre pour 23 kg. Ils permettront aussi l’installation des systèmes d’éclairage et la descente des eaux pluviales.

Des machines de taille numérique trois axes découpent les formes dans les panneaux contreplaqués en bouleau. Celles-ci sont ensuite disposées à la main sur des bancs de collage, « avec un taux de colle similaire à celui du contreplaqué ». Les formes en négatif issues de la découpe seront recyclées dans la réalisation d’un moucharabieh sous toiture apportant de l’ombrage.

Les partenaires du projet espèrent à terme s’ouvrir de nouveaux marchés grâce à cette innovation, comme celui des nœuds structurels utilisés pour les charpentes bois-treillis, qui sont traditionnellement en acier.

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