Comptant parmi les rares spécialistes dans le monde des tubes de carters de boîtes de vitesse, le fabricant basé au Technoland d’Etupes engrange ses premières commandes dans d’autres secteurs liés à la signalisation et à l’énergie. Tout en continuant à servir son marché principal, pour lequel il poursuit un processus de modernisation qui a mobilisé plusieurs millions d’euros d'investissements depuis son rachat par Jean-Pierre Moret en 2016.
L’automobile a fait la prospérité de Technitube. Et Jean-Pierre Moret, le président de la PME d’Etupes (Doubs), entend bien que cette collaboration perdure, sur un mode gagnant. Mais les mutations à venir de cette industrie ne lui ont bien sûr pas échappé, pas plus qu’il n’a oublié les vertus du dicton invitant à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

La diversification du fabricant de tubes, qu’il a engagée en conséquence, commence à porter ses fruits. Technitube est entrée, en ce début 2024, dans le secteur des panneaux de signalisation, grâce à l'entreprise Signaux Girod, avec laquelle elle a signé un marché pour la fourniture de leurs supports. « Nous allons également démarrer l’activité dans les supports des bouteilles de gaz et nous répondons à un important appel d’offres pour l’équipement de pompes à chaleur », annonce Jean-Pierre Moret.
Ce nouveau débouché amènerait la PME de 100 salariés permanents à travailler davantage l’inox, l’aluminium et le cuivre, matières complémentaires à celle qui prédomine chez lui, l’acier sans soudure, la base sur laquelle elle fonde son développement grâce à sa maîtrise technique dans les tubes métalliques servant principalement d'inserts dans les carters de boîtes de vitesse pour leur refroidissement. Et ce, à une échelle internationale. Pour son entreprise, Jean-Pierre Moret annonce la détention de « 25 % du marché mondial », auprès des constructeurs qui ont conservé - pour l’heure - la fabrication en direct des boîtes de vitesse tels Stellantis et Renault, ainsi que pour les équipementiers de rang 1 en cas d’externalisation, notamment l’Allemand ZF.
Technitube réalise ainsi 80 % de son activité hors de France, en Allemagne par exemple, mais aussi « en Australie, en Chine, au Brésil, au Mexique… » L’énumération, non-exhaustive, du dirigeant a son importance : elle signifie que le fournisseur d’Etupes se déploie aussi hors de l’Union européenne, c’est-à-dire là où la bascule de l’automobile vers l’électrique n’est pas inscrite dans l'échéance rapprochée d’une décennie.« Je ne crois, ni à l’effondrement du marché automobile dans nos pays, ni à la fin généralisée du moteur thermique dans le monde », affirme Jean-Pierre Moret avec la gouaille qui caractérise celui qui se qualifie - ironiquement bien sûr - de « grand fan des écolos et des bobos. »

Son marché des tubes d’insert, l’entreprise a su en devenir l’un des leaders par l’effet de ses investissements réguliers, depuis la montée en puissance de cette activité au milieu des années 2010. L’enveloppe au cumul, se situe « entre 6 et 7 millions d’euros » en sept ans. Elle a permis de développer les process de cintrage et de formage ou encore de brasage, et de fortement automatiser les ateliers sis au Technoland, aujourd’hui jalonnés de nombreux îlots robotisés.
La PME a constitué depuis bientôt dix ans un bureau d’études (8 personnes aujourd’hui) qui lui assure d’être à la page et de gagner son autonomie. « Nous fabriquons nos propres lignes de production », signale Jean-Pierre Moret.
Croissance externe dans la découpe laser

La croissance du marché des tubes pour boîtes de vitesse se trouve avoir coïncidé avec l’arrivée de Jean-Pierre Moret à la tête de l’affaire, après une carrière éclectique dans l’industrie. L’entreprise, dont l’origine remonte aux années 1930, demandait à être restructurée. « Elle perdait 800.000 euros. Nous en avons fait une société rentable, certes avec une marge limitée, et une société en croissance », souligne le dirigeant. Son chiffre d’affaires a ainsi été porté à 15,8 millions d’euros en 2023.
La rentabilité primant sur le volume, le président de Technitube a fait le « choix assumé » d’une probable diminution du chiffre d’affaires cette année, préparée par la suppression des équipes de week-end début 2024 et la non-reconduction induite d'une vingtaine de contrats d'intérim. « Je n’ai pas oublié le scénario de 2018, lorsque nous avions embauché en CDI une vingtaine d’intérimaires avant de devoir les licencier un mois plus tard suite à la perte d’un contrat », rappelle Jean-Pierre Moret. Prudence donc quand même de mise face aux perspectives du marché principal, et en attendant un décollage des autres.
La diversification trouvera aussi son relais dans le Centre de la France : à Varennes-Changy (Loiret), le tubiste franc-comtois a procédé, début 2023, à l’acquisition d’une société, Metal Service, dont le dirigeant partait en retraite. « Une pépite trois plus fois rentable », souligne Jean-Pierre Moret ainsi qu’on peut l’imaginer au regard de son ratio : un chiffre d’affaires annuel de 5 millions d’euros pour un effectif de seulement 8 salariés.
Cette filiale assure la découpe de tôles laser. Elle permet ainsi à Technitube de maîtriser la fourniture en cette matière de base pour elle, qu’elle achetait jusqu’alors à l’étranger. De plus, Metal Service exerce son activité dans plusieurs pans de l’industrie. Elle peut ainsi ouvrir à sa maison-mère les portes de marchés jusqu'alors inconnus de celle-ci.

Il fait partie de ces hommes qui ont vu du pays, et à qui on ne l'a fait pas. L’industrie, Jean-Pierre Moret en a vécu depuis plus de 30 ans les mutations et ses capacités à rebondir, ce qui lui permet de garder une analyse distanciée de telle ou telle crise traversée à l’instant t. Cet ingénieur centralien (à Lyon) a démarré au sein du groupe Bosch dont il est devenu chef de production de pompes à injection, avant de prendre la direction d’une usine d’étirage de Saarstahl, le sidérurgiste allemand limitrophe de la Lorraine.
La présidence, par la suite, d’une société de chaudronnerie-tuyauterie industrielle a précédé une séquence d’innombrables créations, reventes et rachats d’entreprise, toujours pour l’essentiel dans la métallurgie, en dernier lieu une tôlerie à Grosbliederstroff « en Moselle, pas en Lorraine, s’il vous plaît », avant de poser les valises durablement à Etupes. « Technitube a assouvi mon intérêt pour le cintrage. J’ai découvert un métier complexe, au sein d’une entreprise bien développée, mais qui devait relever un défi de restructuration », témoigne-t-il. Autant de cases qui se cochaient pour Jean-Pierre Moret, assez pour l’installer là, depuis.


















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