La Maison de l’émail à Morez, fruit d’une poignée de bénévoles, réimplante une activité historique, l’émaillage sur métal dont la cité du haut-Jura s’était fait une spécialité avec les plaques de cimetière et les cadrans d’horloge. Les trois premières artisanes se sont installées, avec le coup de pouce de la municipalité.
Il possédait des qualités aujourd’hui recherchées dans l’espace public avant même qu’on ait pu imaginer en avoir besoin un jour. « L’émail est antitag et 100% recyclable », clame à un groupe de visiteurs, Jean-Christophe Piffaut, le directeur de la Maison de l’émail à Morez (Jura). Une description succincte de la technique de l'émaillage sur métal suffit à comprendre cette propriété inaltérable. L’émail se fabrique avec des éclats de verre broyés mélangés à des oxydes métalliques qui protègent le métal de la corrosion et en colorient la surface après une cuisson à 840 degrés.
La discrète adresse (*), dans une maison cossue des faubourgs de la cité du haut-Jura, est l’antre d’une association dont les membres sont à la fois émailleurs, guides touristiques et administrateurs. Car avant de tirer sa propérité de l’horlogerie, puis de la lunetterie, la ville proche de la Suisse avait fondé sa dynamique, au milieu du 18e siècle, sur les « coeurs de Morez » : des plaques de cimetière en métal émaillé (le plus souvent de la tôle) où était écrit le nom du défunt, et parfois insérée sa photographie. La commune s’était également fait une spécialité des cadrans d’horloges après l'installation sur place d'un émailleur suisse, sollicité par les horlogers locaux.

A la fin du 19e siècle, Morez fabriquait aussi des enseignes commerciales, des plaques de rues, ou encore des panneaux de signalisation pour la SNCF et le métro parisien. Dans l’entre deux-guerres, près de 400 personnes étaient employées à cette activité dans une vingtaine d’entreprises artisanales ou industrielles. La dernière survivante, la centenaire Forestier Père et Fils a fermé ses portes en 1983. L’une des plus importantes perdure pour avoir su faire évoluer la technique et les marchés : Signaux Girod à Bellefontaine (Jura), devenu l'un des premiers fabricants de panneaux de signalisation routière, en 1957.
Une renaissance avec trois émailleuses artisans d’art

La Maison de l’émail présente une jolie collection d’objets de cette activité d’antan qui s’est érodée avec l’arrivée de l’aluminium, que l’on peut émailler mais selon une autre technique, et l’essor de l’émaillage artistique (fabrication de bijoux, de vases etc.) qui ne mobilise pas les mêmes compétences.
La spécialité de Morez s’éteint ainsi peu à peu. Jusqu’à ce que des collectionneurs et des amateurs ne décident qu’une renaissance de cet artisanat n’a rien d’incongru. Soutenue par la municipalité de Morez qui met à disposition les locaux du musée et encouragée par des crédits dégagés par le label Pôle d'excellence rurale – un dispositif d’Etat de la fin des années 2000 –, une poignée de bénévoles se retrousse les manches avec la ferme intention de faire renaître l’activité d’émailleur. C’est chose faite depuis trois ans.
Trois émailleuses artisans d’art se sont en effet installées dans une partie des locaux de la Maison de l’émail, devenue pépinière d’entreprise. Marion Gaudin, la présidente actuelle de l’association, créé des bijoux et des tableaux. Elsa Monturier, qui fut gérante de la Maison de l’émail jusqu’en 2017, fabrique des bijoux et des objets. Ancienne ingénieure en physique et docteure en sciences de la matière, Stéphanie Lucas a concrétisé une reconversion en installant son atelier dans les lieux.

En plus de l’émulation, les unes et les autres ont trouvé dans ce lieu une cabine de pistolage (pour projeter la poudre d’émail au pistolet) et deux fours dont un de grande dimension. Ces équipements sont également mis à disposition des émailleurs confirmés de la France entière, des Pays-Bas, de Suisse, d’Espagne… qui viennent réaliser des pièces grand format ou des séries de petites pièces.
Devenue centre de formation agréé par le Ministère du travail, l’association forme à l’émail sur métaux des étudiants en études supérieures de design. Mais aussi des amateurs, à travers des stages collectifs d’initiation (dont une formule à la journée pendant les vacances scolaires) et, dans le cadre du Compte Personnel de Formation (CPF), des stages individuels. « L’association effectue également des travaux à façon », précise Jean-Christophe Piffaut. Elle a trouvé son créneau, la reproduction des vieilles enseignes commerciales. « Dans la décoration, le marché des plaques émaillées explose », se réjouit le directeur.

(*) Adresse : 171 rue de la République, Morez - Joignable par téléphone 06 23 26 72 63, du lundi au jeudi de 9h à 18h et le vendredi de 9h à 13h - Visites guidées des ateliers sur rendez- vous tous les jours de la semaine. maison.de.email@orange.fr
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