La PME de 80 salariés à Donzy dans la Nièvre a vécu en l’espace de dix-huit mois un bouleversement qui aurait pu sonner le glas de son activité suite à la loi Agec du 10 février 2020 qui interdisait l’usage unique de pailles en plastique dès le 1er janvier suivant. Acteur historique dans ce domaine, le fabricant a investi 12 millions d’euros pour transformer son modèle vers la confection de pailles en papier et de pots en carton destinés à l’agroalimentaire.
Les pailles en plastique, c’était tout ou presque pour Soyez Frères. De cette spécialité, la PME de Donzy (Nièvre) tirait 90 % de son chiffre d’affaires (oscillant entre 8 et 12 millions suivant les années). Elle a dû réinventer complètement son activité en un temps record en conséquence de la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) du 10 février 2020 qui a interdit l'usage unique de ces pailles, avec effet dès le 1er janvier 2021.
Du jour au lendemain, machines, savoir-faire et approvisionnements conçus pour le polypropylène ne correspondaient plus aux exigences légales. Les fournisseurs, habitués aux mêmes matériaux, n’étaient pas non plus préparés. « C’était une remise à plat totale : de nos lignes, de nos outillages, et même de notre vision du produit », résume Frédéric Soyez le président
Jusque-là, la PME familiale employant 80 salariés concevait elle-même ses machines, ce qui lui permettait de se positionner face à une concurrence sévère de l’Asie. Au lieu de se résigner et d’abandonner, l’entreprise a investi, dès l'entrée en vigueur de la disposition de la loi Agec, un montant de 8 millions d'euros dans le but de réorienter sa production vers des pailles en papier. Dans ce virage, elle a su conserver des clients historiques comme Mc Donald's ou Candia, pour atteindre aujourd'hui un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros. « Nous avons choisi de nous battre pour notre entreprise et nos employés », affirme Frédéric Soyez.
Le papier et le carton, une matière vivante

La route vers cette nouvelle destinée n’a pas été linéaire. La seule alternative viable était d’opter pour le papier, matériau désormais conforme à la réglementation. Loin d’être une simple adaptation, ce changement a impliqué une réelle volonté de se réinventer. La mise au point a été longue et délicate : contrairement au plastique, le papier se comporte différemment selon l’humidité ou la chaleur, et il a fallu concevoir des traitements et des assemblages nouveaux.
Le personnel a dû acquérir de nouvelles compétences. « Nous avons dû former nos employés et les accompagner dans cette période de changement », ajoute le dirigeant. La transition vers le papier a également permis à Soyez d’attirer de nouveaux clients, désireux de s'adresser à des fournisseurs respectueux de l’environnement. « Nous avons su convaincre des marques importantes en leur offrant une alternative fiable et locale », précise Frédéric Soyez.
Pour faire face à ce défi, la société nivernaise a choisi de diversifier sa production. Depuis un an, elle s’est lancée dans la fabrication de pots en carton pour yaourts, glaces et produits frais 100 % recyclables, un projet auquel elle a consacré un nouvel investissement de 4 millions d'euros. La cible porte sur les producteurs locaux et régionaux mais aussi la grande distribution et les chaînes de restauration soucieuses d’intégrer des emballages plus durables, adaptés à chaque client. Les pots sont conçus pour être hermétiques et conserver toutes les propriétés organoleptiques des aliments, garantissant ainsi la sécurité sanitaire.

Le passage à cette production de pots alimentaires a été d’une toute autre complexité que le lancement de celle de paille en papier. Il a nécessité la construction d’un atelier ultra-propre, l’intégration de process qualité très stricts et le choix d’équipements permettant l’operculabilité et l’étanchéité, indispensables à des denrées fragiles. Contrairement à des contenants pour boissons consommées rapidement, certains produits demandent des durées de conservation pouvant atteindre plusieurs mois : l’enjeu sanitaire et la maîtrise des contaminations sont donc majeurs. L’entreprise a choisi d’investir dans des process proches de salles blanches, de sorte à garantir herméticité, absence de poussières et longévité des DLC (dates limites de consommation).
Soyez Frères a su trouver ses nouveaux clients rapidement, comme la SNCF pour les pots de ses yaourts vendus à l’espace restauration des TGV. Elle est parvenue à transformer une menace réglementaire en opportunité stratégique, même si le défi perdure face à la concurrence, asiatique notamment.
Président depuis cinq ans, Frédéric Soyez représente la sixième génération dirigeante de cette entreprise créée en 1832 en région parisienne. Dans ses premiers temps, elle travaillait des plumes d’oie pour la mode, la literie et le sport (les volants de badminton). Progressivement, elle s’est mise à fabriquer des cure-dents en plume d’oie. C’est ainsi qu’elle a effectué un premier pas dans l’univers de la restauration puis identifié un marché possible pour elle sur la paille. En 1920, elle en a fabriqué de premières gammes recouvertes de paraphine avant de se tourner vers le polypropylène. Elle a aussi développé de nouveaux produits comme les paillons pour l’affinage et la présentation des fromages, qu’elle continue à commercialiser. En 1958, Roger, le grand-père de Frédéric, a installé l’entreprise à Donzy. Située au bord d’un cours d’eau arboré, l’entreprise bénéficie d’un cadre environnemental paisible.













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