« L’intelligence collective » a constitué le fil rouge de l’événement annuel de l’Agence économique régionale de Bourgogne-Franche-Comté (AER BFC). Créer demain, ce sont des conférences et des rencontres business pour « faire du réseau » pendant deux jours. Et un mini-salon autour des start-ups qui,se positionnent, presque toutes, dans le champ de la transition écologique, comme le montre ce tour d'horizon.


Le métier originel de MCF, à La Chapelle-sur-Furieuse (Jura), c’était, depuis 20 ans, la charpente et la menuiserie.
Classique. En 2021, Benoît Gilles, le nouveau gérant de l’entreprise, et son épouse Anne-Fleur accueillent leur quatrième enfant… et auraient bien besoin de pousser les murs. Trop compliqué. Ils imaginent alors une solution temporaire originale : une petite maison d’appoint.

Ainsi est née la « Tiny House MCF » : une vraie maison mobile avec tout le confort, 15 ou 18 m2 selon le modèle, à ossature bois et recouverte d’un aluminium poli grâce auquel elle se fond dans le paysage. « L’art d’unir l’habitat et l’environnement », résume Benoît Gilles. La commercialisation a débuté, principalement auprès de structures touristiques ou de loisirs, de même que la production : les premières livraisons sont prévues au printemps, quatre emplois sont créés pour compléter une équipe qui compte désormais 16 personnes. Ainsi, la mini-maison écologique est née dans le Jura !

 

« Créer la confiance et travailler ensemble »

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 La Tiny House MCF, une maison mobile à ossature bois couverte d’une peau en aluminium qui lui permet de se fondre dans le paysage. © MCF Bois


MCF a exposé son concept au salon  « Créer demain », mercredi et jeudi derniers au palais des congrès de Dijon. Comme d’autres start-ups de Bourgogne-Franche-Comté qui ont répondu à l’invitation de l’Agence économique régionale (AER), organisatrice de cet événement reposant sur le principe de la mise en réseau. « C’est le moment de se rencontrer, d’échanger, de créer de la confiance, d’avoir des idées nouvelles et de mieux travailler ensemble », souligne Martine Pleux, directrice générale de l’agence.

Cette édition 2022 comprenait une conférence sur le thème de l’intelligence collective par Martin Duval, cofondateur et coprésident de Bluenove, société parisienne de technologies et de conseil et auteur d’un livre de référence sur le sujet, deux tables rondes, quatre ateliers, deux master classes, dix pitches et des rendez-vous B to B. Deux cents professionnels y ont répondu présent, en étant appelés à échanger avec les fondateurs d’une bonne dizaine de start-ups.

Le réseau, c’est précisément ce qui a permis de repenser une brosse pour autolaveuse en utilisant du plastique recyclé. Les lycées Janot et Curie de Sens ont fait plancher leurs étudiants de BTS, au sein de la plateforme technologique O3PI (Optimisation des processus de production et des produits industriels), sur la conception de ce nouveau produit, avec Plastiques Delvallée à Villethierry (Yonne) et Éco-Logistique Réemploi, basé à Courtenay (Loiret). « Le produit fini est 50 % moins cher, plus résistant et meilleur pour la planète », résume Christophe Brissot, chargé de projet à O3PI.

 

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Covoiturage d’entreprise et revêtements de parking innovants

L’exposant voisin, Colleag, vient de lancer, depuis Besançon, la commercialisation d’un concept de covoiturage domicile-travail à l’échelle d’entreprises ou de zones d’activités économiques. Un dispositif complet reposant sur une plateforme internet, un challenge inter-entreprises et des actions de sensibilisation et intégrant un système de mesure de l’impact sur le bilan carbone.

La transition écologique est également au cœur même de la création de Purple Alternative Surface, à Belfort. Le principe consiste à récupérer une partie des déchets plastiques et composites non recyclables d’une collectivité pour en faire des dalles perméables pour parkings, selon un procédé technique maison qui a nécessité près de deux ans d'élaboration.

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La start-up belfortaine Purple Alternative Surface transforme des déchets plastiques voués à être brûlés ou enterrés en dalles de revêtement de parkings.© Purple


« En six mois, nous avons déjà posé 5.000 m2 de dalles, se réjouit Pierre Quinonero, cofondateur. Chaque tonne posée fait économiser trois tonnes de CO2 pour l’atmosphère. » La société franc-comtoise va maintenant commercialiser son concept et sa machine.

 

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Réutiliser les bouteilles plutôt que les recycler

Et pendant ce temps, dans le Jura, J’aime mes bouteilles se lance dans le réemploi des bouteilles en verre. « Nous recréons une filière basée sur un modèle d’économie circulaire, durable et solidaire, dans lequel la bouteille est lavée et réemployée plutôt que d’être jetée, détruite et reproduite à l’identique », explique Muriel Charlet, fondatrice en 2017 de l’association qui porte ce projet.

Le lavage  est opéré à Beaune (Côte-d'Or). Dix entreprises jouent le jeu, en achetant les bouteilles collectées par la structure dans une vingtaine de sites du Jura. Il a fallu lever quelques obstacles techniques pendant la phase de test, reste à convaincre le grand public que la consigne a de nouveau de l’avenir.

Réconcilier l’alimentation, notre santé et celle de la planète, c’est le credo de Fungu’it, start-up basée à Dijon qui développe un ingrédient original à base de champignons fermentés pour l’industrie agroalimentaire, « une source de protéines saine et écoresponsable permettant de retexturer des produits ou de les enrichir en protéines », résume Jeanne Baudevin, directeur des opérations. La jeune pousse, hébergée à l'incubateur régional Deca-BFC, a engagé une levée de fonds de 400.000 € et prévoit le lancement de la commercialisation à la fin de l’été 2023. 

 

Symone lève plusieurs centaines de milliers d'euros

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Le bus à hydrogène vert de Symone pourrait à l’avenir transporter des passagers et leur voiture sur de grandes distances.
© Symone


La start-up dijonnaise Symone, également présente à Créer demain, élabore un concept de transport à bord d’un bus à hydrogène vert embarquant des passagers mais aussi leur voiture. Le train-auto d’antan en somme… sauf qu’il s’agit là de parcourir de grandes distances sur autoroute. Après avoir obtenu une subvention de la Région Bourgogne-Franche-Comté de 110.000 € et bouclé, auprès d’investisseurs privés, une première levée de fonds de 240.000 €, le fondateur de la société, Romain Coispine, engage une deuxième levée de fonds de 350.000 € qui lui permettra de financer son prototype de bus révolutionnaire. 

 

Un réseau de coworking

Parce que préserver la planète implique « de ne pas concentrer toutes les activités dans les grandes villes », Servanne et Yves Régent déploient, eux, un concept d’espaces de coworking en milieu rural. « Le principe, c’est de dire qu’on peut travailler là où on a envie de vivre », résume Servanne Régent. Le modèle économique repose sur la constitution de « grappes de lieux », la première ayant tout récemment vu le jour sur la Côte viticole avec trois espaces créés à Comblanchien, Nuits-Saint-Georges et Beaune, en attendant l’ouverture de deux autres à Gevrey-Chambertin et à Chagny. La Réussite est dans le pré, clame cette start-up qui porte la conviction que l’équilibre est essentiel à la vie et aux territoires et repose sur la constitution de communautés jouant la carte de la synergie. L’intelligence collective en action.

 

Les lauréats des premiers prix Innov’BFC 

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Arnaud Marthey (deuxième à gauche), conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté en charge de l'intelligence économique, de l'innovation et du transfert de technologie, entouré des lauréats du trophée Innov'BFC. © Marie Vollot

Pour la première édition, les prix Innov’BFC récompensant des parcours exemplaires de création d’entreprises innovantes ont été remis jeudi soir en clôture de Créer demain.
Avec la mention Deeptech : l'entreprise Sintermat à Venarey-les-Laumes (Côte-d'Or), créée par Foad Naimi en 2016. La start-up industrialise un procédé innovant issu de la métallurgie des poudres, appelé le frittage Flash (ou frittage SPS) qui permet de concevoir des matériaux augmentés à partir de poudres métalliques, composites et naturelles, et dont les applications sont multiples : aéronautique, défense, industrie, luxe, énergie, santé, etc.
Avec la mention Parcours Strat-up : E-Collant, implantée à Auxerre (Yonne) et dirigée par Agathe Rouzaud. Cette lauréate icaunaise est spécialisée dans le recyclage des collants et développe un procédé de rupture technologique afin de recréer de la matière première à partir de collants usagés. 
Avec la mention Impact emploi : Pixee Medical de Besançon (Doubs), dirigée par Sébastien Henry. Crée en octobre 2017, elle travaille au développement de solutions de chirurgie orthopédiques assistés, intégrant les technologies de computer vision et de réalité augmentée.

 

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