A Nancy, Urbanloop a conçu des capsules biplace pilotées par l’intelligence artificielle qui se déplacent sur un rail électrifié en basse tension. A Dijon, Symone veut mettre les voitures individuelles sur des camions à motorisation hydrogène, qui transportent également les passagers dans un module dédié.


Le 28 mai prochain, la capsule biplace d’Urbanloop pourrait atteindre 75 km/h en vitesse de pointe sur le circuit démonstrateur de Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), dans l’agglomération de Nancy. Mais c’est un record du monde de consommation énergétique au kilomètre que ce véhicule autonome sur rail tentera d’homologuer ce jour-là.


Le challenge marque une nouvelle étape pour cette solution de transport urbain imaginée il y a trois ans par des élèves-ingénieurs de l’École nationale supérieure d’électricité et de mécanique de Nancy (Ensem). La société Urbanloop (8 personnes) issue de ce projet pédagogique entend désormais passer la vitesse supérieure. Jean-Philippe Mangeot, co-fondateur de l’entreprise en 2019, espère convaincre des agglomérations d’expérimenter à plus grande échelle ce service de mobilité individuelle – sans arrêt et sans correspondance – pensé pour lutter contre l’utilisation de la voiture en ville.

Cet enseignant-chercheur à l’Ensem évoque ses premières applications possibles : desserte de parkings déportés, de sites touristiques ou encore des lieux d’activités etc. L’innovation semble sur de bons rails. Le dossier préliminaire de sécurité devrait être validé d’ici la fin de l’année par les services techniques du ministère des Transports ouvrant la voie à l’installation de ce système de transport public en zone urbaine.

 

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Jean-Philippe Mangeot raconte la genèse de ce projet qui associe désormais l’ensemble les écoles d’ingénieurs de l’Université de Lorraine, la métropole du Grand Nancy, Bpifrance et la région Grand Est. « L’avènement des moteurs synchrones à aimants permanents qui combinent à la fois les performances de traction et de précision, a élargi le champ des possibles ! On les retrouve notamment dans les planches motorisées sans guidon et sans selle appelées hoverboards », explique-t-il.
Mais le cœur de la technologie d’Urbanloop réside dans son intelligence artificielle, capable de piloter une flotte de petites capsules. Il s’agit concrètement d’amener une capsule vide avant qu’un voyageur n’arrive à la station, de gérer des statistiques de trafic annuelles, des données météo, d’optimiser le flux en temps réel, etc.



Les écoles d’ingénieurs de l'Université de Lorraine au capital

 

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Deux configurations de l'infrastructure des capsules à l’abri sous un tube en polycarbonate, au sol ou semi-enterrée. © Urbanloop


La société Urbanloop qui compte à son capital les écoles d’ingénieurs de Nancy a levé un peu plus de 200.000 d’€ depuis sa création. Elle ne devrait pas s’arrêter-là. A eux-seuls, les travaux de construction d’un circuit d’un kilomètre à Tomblaine mobilisent 330.000 € HT.

A nouveau circuit, nouvelles capsules. Les trois modules de deuxième génération fabriqués par l’école d’ingénieurs InSIC à Saint-Dié (Vosges) peuvent embarquer deux passagers ou une personne à mobilité réduite ou encore un passager et son vélo. Dans le détail, les modules circulent à 60 km/h de moyenne sur un rail électrifié en basse tension, pour un coût inférieur à 1 centime d’€ du kilomètre, annonce Urbanloop.
Les voies fournies par l’entreprise de construction métallique CMV à Void-Vacon (Meuse) peuvent être posées selon trois modes : au sol à l’abri sous un tube en polycarbonate, de manière semi-enterrée ou en tunnel. Pour ces deux derniers modes, Jean-Philippe Mangeot chiffre le coût d’investissement à 4 millions d’€ le kilomètre, un montant qu’il met en perspective aux 20 millions d’€ nécessaires à la construction d’un kilomètre de ligne de tramway. Philippe Bohlinger

 

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• Symone veut transporter voitures et passagers sur des camions hydrogène

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Les voitures individuelles embarquées sur une remorque tractée par un camion à hydrogène et simulation de la cabine de transport des passagers. © Symone.


La toute jeune SAS, fondée le 1er février dernier par trois associés trentenaires, Romain Coispine, Yohann Lacombe et Benjamin Rouillon compte surfer sur la vague hydrogène. Elle développe un projet ambitieux de « mobilité de demain ». Son idée ? Organiser des lignes de transports régulières, d’abord entre Paris et Marseille, assurées par des poids lourds roulant à l'hydrogène qui transportent voitures et passagers, à la façon d’une ligne de train ou de bus.

« Nous comptons améliorer le bilan carbone des voyages, mais aussi leur sécurité et leur confort », résume Romain Coispine, le CEO de Symone. Avec leur voiture individuelle, les utilisateurs rejoignent un point de chargement, situé à proximité des entrées d’autoroute. La voiture est chargée sur un camion, qui peut en transporter jusqu’à 6 autres, tandis que les passagers –  une vingtaine – prennent place dans un module cabine luxueux. Arrivé à destination, tout ce petit monde remonte dans sa voiture individuelle pour poursuivre son trajet.

 

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Présenté pour la première fois à l’Université d’été 2018 du Medef 21, le concept de Symone a évolué. Initialement, ses concepteurs rêvaient de navettes autonomes, capables de se déplacer seules. L’idée a cédé la place à une version moins futuriste où le camion de transport est conduit par un chauffeur humain, mais continue de fonctionner à l’hydrogène. Le projet gagne en faisabilité ce qu’il perd en innovation. « Nous avons voulu répondre aux mêmes problématiques, mais en partant sur des systèmes existants », note Romain.

Avec 70.000 € de fonds propres et une aide de 8.000 € de l’AER (Agence Économique Régionale de Bourgogne-Franche-Comté), Symone a bénéficié de l’accompagnement de l’incubateur Deca-BFC, qu’elle complète par celui de l’incubateur T,  piloté par France Active Bourgogne. Des aides essentielles pour développer un projet consommateur de capitaux. « Il nous faut entre 1,5 et 2 millions d’€ pour mettre Symone sur la route. Nous allons monter en capital et faire également une levée de fonds institutionnelle », précise le CEO.


L’équipe conduit actuellement une étude réglementaire qu’elle complètera par l’élaboration d’un cahier des charges. Un premier prototype pourrait suivre dans les 9 mois avec pour objectif un premier modèle sur la route pour la fin 2022. Le pari peut sembler très ambitieux : la filière hydrogène reste balbutiante, les camions à hydrogène sont encore en phase de test, et le champ réglementaire sans doute pas encore prêt pour ce type de transport hybride. L’équipe de Symone est consciente des difficultés, mais compte beaucoup sur les soutiens financiers et les appels à projets pour assurer son développement. « Il y a de nombreuses aides pour les jeunes entreprises, et c’est encore plus vrai sous le double angle des nouvelles mobilités et de la filière hydrogène », estime Romain Coispine. Arnaud Morel

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