INSERTION. Didier Michel appelle un chat un chat.

Le patron de l’entreprise auxerroise de BTP qui porte son nom explique que l’insertion ne doit pas être une simple B.A. qui donnerait bonne conscience.

Le rôle social d’une entreprise est à ses yeux une obligation, mais attention, il faut que cela fonctionne et conserve un volet économique.

Et de très bonnes surprises sont quelquefois au rendez-vous.

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Rencontrer Didier Michel invite à prendre son temps, écouter et réfléchir avant de parler. Ce patron de 56 ans, à la tête d’une entreprise du BTP qui porte son nom à Auxerre (Yonne), ne goûte guère les agités volubiles qui assènent à haute voix leurs points de vue telle parole d’évangile.

Et surtout lorsque le thème de la discussion lui tient particulièrement à cœur, comme l’insertion.

«Il y a 60 ans, ce type de problème n’existait pas, chacun avait sa place dans la société et celui qu’on appelait l’idiot du village travaillait et était intégré à sa communauté», explique Didier Michel.

Le culte de la performance économique à tout prix a, selon lui, tué ce bel équilibre social, laissant au bord de la route bon nombre de nos semblables, moins bien nés, peu doués pour les études et souvent malchanceux.

«L’entreprise doit nécessairement jouer un rôle social et offrir la possibilité à toute personne de se réinsérer sinon notre société ne peut tourner rond, faute d’un certain équilibre», défend le dirigeant.

Convaincu certes, mais avec lucidité, car Didier Michel est tout sauf un béni-oui-oui. Pour que cela fonctionne, il faut que les efforts soient partagés et «garder à l’esprit en permanence le volet économique : ce n’est pas de l’assistanat et, on ne peut justifier une main d’œuvre au rabais», ponctue t-il.

De très bonnes surprises

Présent au démarrage de Bourgogne Intérim, avec Patrick Tuphé, administrateur de l’entreprise d’insertion Renouer et fondateur du GIEQ (*) BTP de Bourgogne, Didier Michel sait de quoi il parle.

Au sein du petit groupe qu’il a constitué (20 millions d’€ de chiffre d’affaires, 150 personnes) et qui intègre, outre Michel SA, deux autres entreprises icaunaises du bâtiment et plusieurs autres  dédiées au recyclage, il accueille pas moins de 20 personnes en insertion.

Si cela engendre beaucoup de turnover et pas mal d’insuccès, les bonnes surprises existent aussi. «Certains de nos salariés ont démarré en contrat d’insertion et sont là depuis des années ; quelques-uns sont même devenus chef d’équipe», assure le dirigeant.

Pour l’anecdote, lui aussi est un destin contrarié. Il voulait faire de l’électronique et à 18 ans, il se met à son compte comme ferrailleur.

(*) Groupement d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification.

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AMR fait la bonne soudure au masculin SIAG fait la bonne soudure au féminin La clause d'insertion joue gagnant chez Sita Crédit photo : Michel SA et Traces Ecrites
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Christine Baillet-Bourdillatdit :

    Une certaine lucidité chez certains chefs d'entreprise. La rentabilité exigée aujourd'hui laisse peu de place à l'insertion des " sans grade " de toutes origines. Pour réussir à obtenir une insertion réussie dans une entreprise et que ce ne soit pas "au petit bonheur, la chance ", pourquoi, dans chaque entreprise susceptible d'avoir des candidats en insertion, ne pas créer un poste de tutorat, voire plusieurs, dédiés aux candidats à l'emploi en difficultés, ainsi ce tuteur aurait la charge de former cet(ces) employé(s) à l'entreprise, à la culture française et au savoir vivre en société, la réussite ne serait-elle pas décuplée, du moins pérennisée. C'est peut-être légèrement utopique mais, pourquoi pas ?

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