AGROALIMENTAIRE. Le président de la société André Bazin (*), numéro un français des ingrédients de charcuterie pour l’industrie du plat cuisiné implanté à Breuches (Haute-Saône), dénonce l’absurdité d’une législation européenne plus laxiste que le code des usages imposés aux producteurs français.

Bilan des courses : des pertes de volume au profit d’un concurrent autrichien moins cher et qui convainc certains acheteurs en flattant leur âpreté au gain.

Qu’à cela ne tienne, l’homme qui a vendu sa société en avril 2011 au groupe Fruiterroir (Yabon et EP Fromatis), mais reste aux manettes, rebondit.

Ses produits de charcuterie cohabitent dorénavant avec d’autres au saumon et aux légumes. Le tout sur un segment très qualitatif.

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Quelle mouche vous a piqué Philippe Wagner ?

J’en ai ras le bol d’avoir à affronter une concurrence européenne qui ne se bat pas avec les mêmes contraintes productives, qui est évidemment moins chère et séduit certains de mes clients avec des produits bas de gamme. Cette  situation, sans mettre en péril la société que je dirige, ne favorise plus son développement et ce n'est pas acceptable.

Pourriez-vous être plus précis ?

Je vous campe le décor. En France, la fabrication de salaisons et autres produits de charcuterie obéit à un code des usages qui réglemente le pourcentage de viande, le choix des morceaux nobles, la sélection des ingrédients… Parallèlement, le prix du kg de porc français flambe (**) et nous avons de grosses difficultés à répercuter les hausses à nos clients de l’industrie du plat cuisiné. Dernier élément, un concurrent autrichien en profite parce qu’il est moins cher pour nous ravir du volume (10 000 tonnes).

N’est-ce pas la loi logique, voire cruelle, du marché dans une économie libérale ?

S’il se battait avec les mêmes arguments que nous, il n’y aurait rien à redire. Toutefois, il n’obéit pas aux mêmes contraintes productives car la législation européenne qui le régit est beaucoup plus laxiste. Il peut ainsi utiliser des rétenteurs d’eau et ajouter des protéines végétales au jambon. C’est pourquoi, je monte au créneau, fait procéder à des analyses et envisage même de saisir les services de la concurrence et de la répression des fraudes.

N’allez-vous pas vous mettre à dos une partie de votre clientèle ?

Je ne le crois pas car je dénonce avant tout un système absurde qui risque à terme de flinguer un autre pan industriel national où nous avons un savoir-faire unique au monde. Et puis, il faut savoir ce qu’on veut : jouer les moutons, pratiquer la politique de l’autruche ou réagir. Notre monde a changé, il n’y a plus de foi ni loi, mais une perte de repères et surtout de valeurs qui fait vraiment peur. C’est pourquoi, je veux rebondir en défendant notre identité, nos collaborateurs, nos savoir-faire. En un mot notre âme.

Comment la société André Bazin décide t-elle de rebondir ?

En faisant ce qu’elle sait faire de mieux : des produits culinaires de qualité, mais plus uniquement à base de porc. Nous fabriquons aujourd’hui des merguez de saumon, des saucisses aux légumes entiers, ce qui va permettre aux enfants d’en manger de façon ludique.

Quant au jambon, finies les tranches sous  plastique. On propose une noix pâtissière de 400 g, fourrée à ail des ours, aux cinq baies, aux griottines et flambée au kirsch. On la mange en famille après une découpe à la planche. Bref, on essaye d’anticiper un marché où, au final, la qualité le dispute à la convivialité.

Relire nos articles : Andre Bazin fait aimer sa charcuterie dans toute l'Europe et Pourquoi Bazin rejoint-elle Fruiterroir ?

(*) L’entreprise affiche un chiffre d’affaires de 82 millions d’€ et emploie 270 personnes.

(**) Il est passé de 1,25 à 1,75 €

Crédit photos : André Bazin

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