Jean-Claude Balès, président de la Brasserie de France, à Beaune (Côte-d'Or), dirige une entreprise pas tout à fait comme les autres. Fondée il y a trois ans et demi, elle ne fait pas que produire 10.000 hectolitres de bières par an pour ses marques et d’autres clients. Elle est surtout un formidable outil de formation. 


La franchise n’est pas un vain mot chez Jean-Claude Balès. Mais il la déploie tout en sourire et en empathie. Avec l’envie chevillée au corps de conduire les jeunes à se révéler, il les guide pour qu’ils se posent des questions, tel un philosophe (ses études initiales). Et ceci, dès leurs premiers pas dans sa brasserie située à Beaune (Côte-d'Or), qui, n’est donc pas, vous l’aurez saisi, un simple lieu de production de bière. 

« Quand les jeunes entrent ici, je leur fais monter les escaliers où des verbes sont écrits sur chaque marche : ignorer à se justifier, assumer, pallier, analyser, apprendre et imaginer… » 

 

BPBFC_bannière-BTE-635x106-px

 

Comme Anthony Verdureau, son fidèle complice depuis une vingtaine d’années, Jean-Claude Balès est passé d’une vie parisienne dans l’univers du numérique à la Bourgogne. 

« Nous portions ce projet d'un campus industriel, où la production de bière constituerait un support autour de la création, de l’éducation et de la formation pour tous (grand public ou entreprises) et plus spécifiquement pour les jeunes », développe le président de la Brasserie de France. « Je suis allé présenter notre pôle d’éducation, qui est en même temps, un projet entrepreneurial, au plus grand nombre : rectorat, chefs d’établissements... » 

brasserie bières et escaliers
A gauche : Les escaliers de l’apprentissage pour les jeunes. Des verbes pour devenir acteurs de sa vie : et vous, sur quelle marche, pensez-vous vous situer ? © Déborah Levy
A droite : Les lycéens de l’établissement Etienne-Jules Marey à Beaune ont inventé deux boissons : une citronnade – nommée L’adorée – et une bière sans alcool, La Marey’veuse. © Brasserie de France

 

De l'idée à la commercialisation

Usine Brasserie de France
Quelques-unes des bières et boissons non alcoolisées de la gamme issue de la production de la Brasserie de France. En arrière-plan, l’usine. © Déborah Levy


Cette démarche de formation est labellisée par le Medef Côte-d’Or dont Jean-Claude Balès est le vice-président Jeunesse, Formation et Métiers. Ainsi, dans le cadre de leur « chef d’œuvre », dixit l'entrepreneur, les lycéens des classes de première de l’établissement Etienne-Jules Marey, qui préparent des bacs pro de commerce et vente, ont inventé deux boissons : une citronnade – nommée L’adorée – et une bière sans alcool, La Marey’veuse. 

« Ici, ils ont découvert des métiers (designer, graphiste, secrétaire générale, adjointe de direction, commercial, chef de produits…). Je leur dispense aussi un cours de gestion, de marketing, de fiscalité, ainsi qu'un cours juridique de propriété des marques. En somme, je veux que les jeunes deviennent acteurs de leur vie en choisissant leurs études et leurs métiers en connaissance de cause ! » 

 

MEDEF TPE PME V2

 

Et cela a fonctionné, selon le dirigeant, puisqu’ils ont non seulement « découvert qu’une usine, ce n’est pas forcément sale », mais de plus, ils ont vendu l’intégralité des boissons (produites à 2,49 euros l’unité) en animation au centre Leclerc de Beaune : 100% des recettes ont été reversés aux associations scolaires. « Avec l’équipe du Leclerc de Beaune et son directeur Cyril Putigny, qui a également présenté les métiers de la distribution à cette occasion, nous avons décidé de ne rien gagner financièrement », annonce Jean-Claude Balès.

Les élèves du collège beaunois Gaspard Monge se sont lancés dans la même aventure en ce mois de septembre 2024 après avoir bénéficié, l'an dernier, de nombreuses visites du campus Brasserie de France. De même, la brasserie a accueilli et animé des sessions de travail avec les étudiants de l'Institut Agro Dijon et de l’IAE (Institut d'administration des entreprises) de la capitale régionale.

 

Plus de trente bières différentes

brasserie beaune leclerc
Le produit de la vente des boissons produites avec les lycéens au centre Leclerc de Beaune a été intégralement reversé à des associations scolaires. © Brasserie de France


Jean-Claude Balès précise ne pas vouloir faire appel à l’État pour l’aider à conduire ses projets. « Nous ne demandons pas un euro d’argent public, pas de subvention, afin de garder notre liberté de ton, de discours et d’action , avance-t-il.

Avec 15 salariés pour un chiffre d’affaires de 1,5 millions d’euros, l’usine ouverte il y a deux ans a nécessité 5,2 millions d’investissement pour sa mise en service. Elle produit 31 bières différentes représentant un volume de 10.000 hectolitres par an. Deux personnes travaillent au sein du pôle de recherches, notamment sur les procédés de désalcoolisation afin de confectionner des kombuchas ou des bières sans alcool avec levures fainéantes qui bloquent la fermentation alcoolique.

 

CCI 2171-tetiere-formation 635x106 AVRIL 2024

 

« Notre force vient de notre profil artisanal : nous fabriquons des bières et autres boissons sans arome, ni colorant ni conservateur. Le plus important est l’analyse sensorielle afin de retrouver en bouche ce que l’on sent au nez », précise Jean-Claude Balès.

Brasserie de France adopte un positionnement particulier, dans la mesure où 65% de sa production est réalisée pour d’autres entreprises. Les marques sont La Beaunoise, la 21 (100% Côte-d’Or), l’Authentique, l’Intense en canette, ainsi que les limonades Bioz et les bières sans alcool, Soif de toi. Le site abrite aussi la fabrication de la bière au sarrasin au pinot noir d'Armand Heitz, et la confection des boissons bio sans alcool Noctua.

brasserrie de France jean-Claude Bales
Jean-Claude Balès, président de la Brasserie de France, déploie beaucoup d’énergie et d’envie pour faire bouger les jeunes qui viennent dans son entreprise en formation pour créer des boissons de A à Z. © Déborah Levy

 

Bière-expérience(s), pour du team building sur-mesure et des ateliers grand public

La brasserie beaunoise propose au grand public des ateliers pour brasser sa propre bière ou de dégustation croisée entre bières et vins, tous les samedis. « Nous voulons aussi être un lieu de transmission de savoirs et de partage des connaissances », explique Jean-Claude Balès. Il invite, par là même, les entreprises à y organiser des séminaires et des séances de team building. 

Commentez !

Combien font "4 plus 1" ?