Un projet d’usine d’embouteillage est dans les tuyaux à Dieuze, dans l’Est de la Moselle. La municipalité espère contracter dans les prochains mois avec Aquamark, filiale d’eaux minérales et eaux de source de l’enseigne de la grande distribution E.Leclerc.


C’est une vieille lune liée à la revitalisation économique du territoire de Dieuze (Moselle) qui a ressurgit depuis quelques mois : exploiter les forages existants dans la nappe souterraine en vue d’embouteiller de l’eau. L’ancienne ville de garnison, à l’Est de la Moselle, est en effet dans l’attente de la signature d’un accord avec la société Aquamark, une filiale de l’enseigne de la grande distribution E. Leclerc, spécialisée dans la production d’eaux de source et d’eaux minérales.

« Rien n’a été acté pour le moment, mais nous maintenons des contacts réguliers avec Aquamark et espérons signer une convention d’exploitation d’ici à la fin de cette année ou début 2024 », livre Jérôme Lang, le maire de Dieuze. « Nous conserverions la propriété des forages et en confierions l’exploitation et l’entretien à Aquamark. Nous en avons déjà creusé un premier en 2011. Un permis de construire avait même été déposé à cette époque et une autorisation d’exploiter délivrée en 2016 par les services de l’Etat », poursuit l’élu.

 

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Le nouveau projet pourrait extraire jusqu’à 500.000 mètres cubes du sous-sol annuellement. Par comparaison, dans les Vosges, 130 km au sud-ouest de Dieuze, Nestlé Waters puise 2,4 millions de m3 chaque année pour ses marques Vittel, Contrexéville et Hépar.

Le projet Aquamark s’appuierait sur deux forages existants. Le premier est partiellement exploité par l’entreprise Heng Sieng, un producteur local de pousses de soja. Le second est laissé en l'état, ce qui contraint la municipalité à pomper l’eau pour éviter son colmatage, puis à rejeter la ressource dans la rivière.

 

Des forages confrontés au « Plan eau »

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Le forage a été creusé en 2011 à Dieuze pour accueillir un précédent projet d’usine d’embouteillage, resté mort-né. Celui qui lui succède ambitionne d'extraire jusqu'à 500.000 m3 par an du sous-sol lorrain. © Eau Secours


En décembre 2022, le conseil municipal de Dieuze a autorisé le maire à signer avec Aquamark une première convention fixant les conditions de location et d'exploitation pour les deux forages existants. Mais le projet, pour lequel aucune indication n'est avancée en  nombre d'emplois, ne fait pas l’unanimité. Il n’a pas manqué de susciter la création d’un collectif de citoyen baptisé « Eau secours ». « Nous sommes sur la même nappe souterraine que celle qui a été surexploitée pendant des années par Nestlé Waters dans les Vosges : celle des grès du trias inférieur (GTI). Si l’état de cette ressource ne suscite pas d’inquiétudes sur notre territoire à l’heure actuelle, le risque pour les générations futures est indéniable. En effet, il s’agit d’une nappe profonde, captive, qui renferme d’importants volumes d’eau, mais qui se recharge grâce aux apports des nappes plus superficielles. Or, ces dernières sont directement fragilisées par le réchauffement climatique », alerte Bernard Hopp, le porte-parole du collectif.

 

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Ce militant invoque également le « Plan eau » présenté le 30 mars dernier par le président de la République Emmanuel Macron visant à adapter la politique de l’eau aux enjeux du changement climatiques. Et avec lequel le projet de Dieuze entrerait en contradiction, et constituerait même une « absurdité », selon lui.

Contactée, la société Aquamark se refuse à tout commentaire. « Nous souhaitons faire rayonner d’autres missions menées au quotidien par la marque », se contente d’indiquer un porte-parole de E. Leclerc. Le groupe a créé cette filiale en 2005 dans l’optique d’embouteiller des eaux de sources et eaux minérales en marque de distributeur et contrebalancer ainsi l’influence des poids lourds du marché, Danone ou Nestlé Waters.

Aquamark emploie une soixantaine de salariés pour un chiffre d’affaires de 44,8 millions d’€ en 2022. Elle exploite deux sites dans le Puy-de-Dôme : une usine d’embouteillage d’eau de montagne à Laqueuille et une autre d’eau gazeuse à Saint-Diéry. Elle produit ainsi 350 millions de litres d’eau de source par an.

 

Des précédents en échec 

L’annonce d’un plan national de modernisation de la défense en 2008 s’est traduite, trois ans plus tard, par le départ de Dieuze du 13e Régiment de Dragons Parachutistes (RDP). En conséquence, le territoire a recherché des opportunités de développement économique qui ont pu s’appuyer sur un contrat de redynamisation de site de défense (CRSD). Il a prospecté en particulier dans le domaine agroalimentaire. Un premier projet d’embouteillage avait déjà fait parler de lui localement. La société irlandaise Shannon Biotechnologies avait promis la mise en service en 2007 d’une usine de « médicaments prêts à boire » et de boissons énergisantes, avec une soixantaine d’emplois à la clé. Mais il ne s’est pas concrétisé.

La municipalité a accompagné un second dossier en 2011, en lui consacrant 1,3 million d’€, en vue de forer un puits à 710 m sous terre, avec les subventions du Fonds pour les restructurations de la défense (FRED). Il devait permettre à la Société d'exploitation agroalimentaire du Saint-Augustin d’ouvrir en 2012 une usine d’embouteillage destinée à l’export, vers le Maghreb et le Moyen-Orient entre autres. L’entreprise a rencontré des difficultés telles qu’elles ont conduit à son placement en redressement judiciaire, puis à sa liquidation.

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