L’ancienne filiale des œufs Coquy, spécialisée dans les préparations culinaires pour les professionnels, a changé de modèle. Elle a investi à Flagey (Doubs) dans une ligne de stérilisation à ultra-haute température et de conditionnement en briques. Ce nouvel outil lui a déjà permis de diversifier ses marchés et sa gamme de produits prêts à l’emploi.
« Je me suis toujours dit qu’à partir de l’œuf, je ferai autre chose », avoue Georges Bourgon, le président d’Agrodoubs. Le dirigeant fait ainsi référence à la création de cette société, en 1989 à Flagey, près d’Ornans (Doubs). À l’origine, elle devait valoriser les surplus de Coquy, l’entreprise familiale de production et de distribution d’œufs. Désormais indépendante, l’ancienne filiale, spécialisée dans les préparations culinaires haut de gamme pour les restaurateurs et boulangers-pâtissiers, s’est métamorphosée.
Son nouveau virage, la PME de 25 salariés l’a engagé après la cession en 2019 de Coquy au groupement de coopératives agricoles Alliance BFC. Entre 2020 et 2022, les deux associés à la tête d’Agrodoubs, Georges Bourgon et Arnaud Lavergne, le directeur général, ont décidé de consacrer 6 millions d’€ à l’agrandissement des locaux et à l’augmentation des capacités de production.
Les investissements ont porté principalement sur l’acquisition de la technologie Tetra Pak® de traitement thermique des aliments – la stérilisation à ultra-haute température (UHT) – et l’automatisation du conditionnement en briques de 1 litre, opérée au rythme soutenu de 6.000 litres par heure.

Une vraie révolution pour la société franc-comtoise qui procédait jusque-là par pasteurisation et commercialisait ses appareils à tarte et préparations pour desserts dans des poches souples. « La brique UHT est beaucoup plus pratique pour nous, comme pour les clients. La conservation s’effectue à température ambiante, avec une date limite de consommation à six mois et non au frais, d'un délai réduit à trois ou quatre semaines, ou en surgelé, détaille Georges Bourgon. Cette évolution nous ouvre de nouveaux marchés via d’autres circuits de distribution. »
Une diversification pertinente au moment critique de la crise sanitaire

La mue récente d’Agrodoubs repose aussi sur une diversification intelligemment opérée à un moment critique en 2020, période de fermeture administrative des restaurants traditionnels qu’elle fournit en crèmes brûlées et tiramisus. « Nous avons eu l’idée de proposer une sauce fromagère prête à l’emploi pour remplacer les petits carrés de fromage dans les burgers, sur les pizzas ou les frites », relate le président. Cette orientation vers la street food a permis à l’entreprise de Flagey de prendre « une position très importante en France » sur le marché des sauces pour la restauration rapide et ethnique.
Le récent changement de modèle a fait décoller l’activité de la PME franc-comtoise. Son catalogue compte aujourd’hui une trentaine de références, dont huit en UHT. Elle a enregistré une croissance record de 60 % de son chiffre d’affaires entre 2021 et 2022, passant de 5 à 8 millions d’€. La trajectoire ascensionnelle devrait se poursuivre en 2023 avec des projections à 11 ou 12 millions d’€.
Si 30 % des ventes sont déjà réalisées à l’export (Europe et Etats-Unis), Georges Bourgon se verrait bien mettre un pied également en Asie et au Moyen-Orient. Une nouvelle manière pour ce chef d’entreprise avisé de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. » La métaphore s’imposait…

après la prise d'indépendance de la PME. © Laurent Cheviet

Le packaging du lait UHT demi-écrémé qu’Agrodoubs commercialise depuis mars 2022 est explicitement corrélé à son territoire : couleurs jaune et bleu empruntées au blason de la Franche-Comté et photo d’une vache montbéliarde devant un village coiffé d’un clocher comtois. Local, ce Lait de pays franc-comtois est collecté par la fromagerie Milleret autour de son site de Charcenne (Haute-Saône), dans une dizaine d’élevages engagés par une charte « grand pâturage. » Il est aussi équitable, puisque l’industriel assure verser une « juste rémunération » aux agriculteurs, sur le modèle de la marque nationale à succès C’est qui le patron ?! Ce projet territorial vertueux a incité la région Bourgogne-Franche-Comté à apporter une aide de 800.000 € au programme d’investissement dans la ligne de fabrication UHT.
En rayons chez une centaine de distributeurs (Intermarché, Super U, Leclerc et le groupe régional Schiever) de Franche-Comté, l'unique production d’Agrodoubs pour le grand public est « une vraie réussite » selon son président, avec 10.000 briques vendues par semaine.









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