L’entreprise de grande distribution se lance dans la création d’une station à l’hydrogène à Magny, près de son siège d'Avallon. L'infrastructure couvrira notamment une partie des besoins de sa flotte de camions. Le projet bénéficie des financements de l’Ademe et de la région Bourgogne-Franche-Comté.
L’agenda de Schiever est européen. L’entreprise de 7.000 salariés basée à Avallon (Yonne) qui exploite près de 160 magasins dans le Nord-Est de la France (aux enseignes Auchan et Maximarché notamment), se projette dans le temps en anticipant la fin programmée de la vente des véhicules neufs à moteur thermique en 2035 telle que décidée par l’Union européenne, certes moyennant des concessions à l’Allemagne arrachées en fin de semaine dernière.
L'enjeu de ce tournant n'a pas échappé à Schiever. Le groupe a répondu, avec succès, à un appel à projet de l’Ademe sur les « écosystèmes territoriaux hydrogène. » Son statut de lauréat de la consultation, annoncé il y a quelques semaines, lui permet d’empocher 4 millions d’€ de l’Ademe puis 600.000 € de la région Bourgogne-Franche-Comté pour implanter une station alimentée par cette énergie du futur.
« D’une capacité de 2,5 mégawatts, l’infrastructure située à Magny (Yonne) doit permettre de produire une tonne d'hydrogène par jour, dont la moitié sera réservée à l’entreprise », précise Raja Derham, responsable service projet en charge de la transition énergétique dans le groupe Schiever. Selon elle, l’hydrogène est « l’énergie qui s’impose et qui est adaptée à notre profil : nous avons des camions qui fonctionnent en 2/8 et 3/8 pour lesquels nous recherchions une solution de recharge rapide, sans avoir à immobiliser trop longtemps ces véhicules qui parcourent en moyenne 350 à 450 km par tournée, à raison de 2 à 3 boucles par jour. »
Ainsi, 13 poids lourds, soit la moitié de la flotte pour les produits frais, seront propulsés par l’hydrogène. Les travaux d'installation se déroulent en deux parties. La construction d’une station en septembre 2024 pour cinq véhicules forme la première étape visant à se roder, avant la deuxième partie du projet, fin 2025/courant 2026, qui prévoit d’équiper le reste des camions.
Une production ouverte aux particuliers sur un axe géographique stratégique

Le groupe ne sait pas encore s’il optera pour l’achat de poids lourds neufs ou s'il préférera la version rétrofit (conversion des anciens moteurs thermiques). La filière hydrogène qui n’est pas encore mature peut vite changer de profil suite aux décisions européennes. Par ailleurs, les camions rétrofits coûtent actuellement 3 à 4 fois le prix de leurs homologues neufs à propulsion thermique. Dans ces contextes, l’entreprise se laisse le temps avant d’effectuer son arbitrage.
La moitié de la production d’hydrogène de la station sera destinée aux camions de 44 tonnes de Schiever, et l'autre aux particuliers et à d'autres sociétés. Située au bord de l’A6, près des entrepôts de l'entreprise à Magny, elle jouit d’un emplacement prometteur, au croisement des axes Paris-Lyon et Nantes-Strasbourg. Une station d’hydrogène existe déjà à Auxerre, elle est vue par le groupe comme une source complémentarité en cas de déficit de capacité de son côté.
Pour l’heure, Schiever commence à former ses chauffeurs à la conduite et à l’entretien des camions à lhydrogène. Et dans la foulée de son premier exercice réussi en matière d'appels à projet, il prépare sa réponse à un second, devant déboucher cette fois-ci sur des financements européens.
Photos fournies par l'entreprise.

























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