Avec la machine à masques qu’elle a achetée, la Région Bourgogne-Franche-Comté esquisse une filière du non-tissé, ce matériau filtrant indispensable aux masques chirurgicaux. Elle a la piste d’un bâtiment de 10.000 m2 en Saône-et-Loire pour implanter une unité de production à l’initiative d’OMV System France, l’entreprise qui exploite la machine à masques. Elle veut aussi s’appuyer sur le projet Meltblo de Montbéliard qui pense fabriquer du non-tissé au printemps 2021.


Les premiers masques chirurgicaux que la Région Bourgogne-Franche-Comté fait fabriquer à Dijon avec son propre outil de production devraient être distribués d’ici un mois. L’entreprise OMV System France (*) en Haute-Savoie qui l’exploite à travers une filiale spécialement créée, AMV Medical Care, est en train de faire les dernières mises au point pour obtenir la validation des autorités sanitaires et atteindre la cadence de 2 millions de masques par mois.
Deux employés ont rejoint fin août les locaux discrètement installés dans la zone industrielle Cap Nord sous la supervision du directeur industriel d’OMV, Sébastien Losse. « C’est assez compliqué de fabriquer un masque ; il y a de nombreuses mises au point à faire pour atteindre la cadence et la qualité de fabrication visée dans cette catégorie de protections de type 2R, réservée aux personnels soignants », explique t-il.

Au-delà de cette initiative inédite – qu’une collectivité publique achète une machine pour garantir un stock de masques pour les personnes de santé –, le conseil régional veut créer une filière de non-tissé. Aujourd’hui ce matériau filtrant également nommé meltblown qui entre dans la fabrication des masques chirurgicaux, est peu fabriqué en France (il y aurait une seule unité de production, Fiberweb dans le Haut-Rhin). La Turquie et la Chine sont les principaux fournisseurs et le gouvernement veut remédier à cette situation. 




bpbfcvirus

Partenaire de la région, OMV, spécialisé dans les machines spéciales et les automatismes, veut être de la partie. L’agence économique régionale (AER) est à la recherche de 10.000 m2 pour accueillir une production de non-tissé et en attendant stocker la matière première achetée en Turquie. Elle a des  pistes sérieuses en Saône-et-Loire.

Mais la région Bourgogne - Franche-Comté voudrait y associer l'initiative locale, celle de Nicolas Burny, ingénieur fondateur de la plateforme B to B de non-tissé e-nispe. Meltblo France, l'unité de production qu'il est en train d'installer à Montbéliard est dimensionnée pour fabriquer 500 tonnes de non-tissé (ce qui représente environ 500 millions de masques chirurgicaux par an).

La matière première représente 67% du prix d’un masque chirurgical

mgdmasques
Visite de l'atelier de masques par Marie-Guite Dufay, présidente du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté avec Gérard Chevalier, président de OMV Medical Care. © Traces Ecrites.


Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt de la Direction Générale des Entreprises lancé en avril dernier, l’investissement de Meltblo France s'élève à 4,5 millions d’€ et devrait être opérationnel en avril 2021. Il reçoit l’aide de l’Etat à hauteur de 1 million d’€ et de la Région pour 1,1 million. « Un accord est en cours pour qu’il fasse partie de nos fournisseurs », assure Gérard Chevalier, directeur général de OMV System France et président de la filiale OMV Medical Care.
Âpres discussions en perspective, car la matière première représente 67% du prix d’un masque chirurgical et « nous cherchons un prix de revient qui s’approche du masque chinois ce qui est réalisable si on inclut les coûts de transport et de distribution », poursuit-il.

Le fin du fin, pour Marie-Guite Dufay, la présidente du Conseil régional, serait de parvenir à un masque 100% Bourgogne-Franche-Comté. Citant jeudi dernier 17 septembre en conférence de presse, Les Tréfileries de Conflandey (Haute-Saône) et Metalis dans le Doubs, elle tend la main aux industriels régionaux pour fournir la tige de métal, ce petit élément indispensable pour bien maintenir le masque sur le nez.


flandria

« Sécuriser les approvisionnements de masques  chirurgicaux relève de notre responsabilité  », insiste Marie-Guite Dufay qui rappelle le contexte de l’émergence de ce projet, la rencontre d’un importateur sur le tarmac de Bâle-Mulhouse en avril – lorsque les marques achetés par la Bourgogne-Franche-Comté avaient été « détournés » par l’ARS Grand Est –, qui avait connaissance d’une machine à masques à vendre en Turquie et d’un industriel français capable de l’adapter.
La suspension des appels d’offres pendant la loi d’urgence avait permis à la Région de faire affaire avec OMV.  Après l’épidémie, l’entreprise savoyarde pense pérenniser son activité avec la fabrication d’équipements de protection individuelle, charlottes, combinaisons, surchaussures, utilisés quotidiennement dans l’industrie pharmaceutique, de l'électronique et de l'agroalimentaire.  


bobines
Le stock de non-tissé dans les locaux d'OMV à Dijon ; le volume permet de fabriquer 5 millions de masques, selon l'industriel. © Traces Ecrites


Dans cette opération, la Région a investi 314.000 € pour l’achat de  la machine, son automatisation et son installation dans une salle blanche de 300 m2 (selon la norme Iso 8 qui contrôle les particules dans l’air et la température).
Elle loue l’usage de la machine et les locaux à l’entreprise et achète à prix coûtant entre 1 et 7 millions de masques par an entre 0,12€ et 0,19 € l’unité, selon le cours de la matière première. Le reste de la production est directement commercialisée par l’entreprise.

francefilet

Comment fabrique t-on un masque chirurgical ?

enccadremasques
Les trois bobines de melblown qui forme les trois couches du masque, la partie la plus filtrante au milieu (bobine du haut). © Traces Ecrites
La matière première d’un masque chirurgical dédié aux personnels de santé est un non-tissé, produit à base d’un polymère thermoplastique. Il est composé de trois couches : deux couches de spunbond, la partie extérieure bleue en général, et l’intérieur, blanc, et entre les deux, du meltblown qui a des capacités filtrantes supérieures.
Le meltblown est issu d’une opération de l’extrusion-soufflage (to meltblown signifiant en anglais faire fondre) d’un thermoplastique, le polypropylène. Fondu, il est ensuite soufflé à l’air chaud sous forme de fibres. Puis, l’extrusion par électrostatique permet d’obtenir des nano-fibres (environ 1 et 2 microns) qui assurent la filtration des bactéries et des gouttes d’aérosols.
Le spunbond suit le même process industriel mais sa composition chimique est légèrement différente et l’extrusion moins fine donne des fibres plus « grossières ». La machine à masques assemble les trois couches en formant une bande de trois plis pour la bouche et le nez. La tige en métal du pince-nez est insérée en même temps. Puis les bords sont soudés par ultrason. La bande est ensuite découpée à la dimension du visage. Les élastiques sont insérés au final.

 
(*) OMV System France est une entreprise de Haute-Savoie, dont le siège est à Thyez, qui fait de l’ingénierie pour machines spéciales et des systèmes d’automatisation. Elle est présidée par Tayfur Yasar et a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 607.000 € (source : société.com). OMV Medical Care a été créée en juin 2020 et est présidée par Gérard Chevalier, le directeur général de OMV System France. Elle emploie deux salariés, cinq à terme.

Choisir la Côte-d'Or pour investir ? Plus d'informations en cliquant sur le logo

invest

Commentez !

Combien font "8 plus 9" ?