Après une décennie d’un chantier qui aura mobilisé 60 millions d’€, la ville de Dijon a inauguré, le 17 mai en présence de Franck Riester, ministre de la Culture, son musée des Beaux-Arts rénové. Muséographie repensée, nombreuses œuvres restaurées, surface d’exposition augmentée attendent les visiteurs. La ville espère 400.000 visiteurs par an.
C’est peu dire que l’événement est attendu des Dijonnais, et des amateurs d’art en général : le musée des Beaux-Arts de Dijon, l’un des seuls en France avec le Louvre, à être installé dans un palais urbain en plein cœur de ville rouvre après une décennie de travaux.
Le chantier a été aussi titanesque que son empreinte, sur le bâti, ne s’avère modeste : les seules interventions concernent l’ajout d’une petite extension au toit doré, cour de Bar, [ Lire ici l’article de Traces Écrites News ] et d’une autre, au-dessus du bâtiment fin XIXe de l’ancienne école de dessin de Dijon, qui domine la rue Longepierre et permet l’accessibilité par ascenseur de trois des quatre étages de la tour de Bar. Les contraintes urbanistiques, en plein cœur du secteur sauvegardé et au regard de l’histoire des bâtiments, pèsent à plein.

Le musée rénové offre une surface « accessible au public » de 6.356 m2, contre 4.239 m2 avant rénovation. L’espace dévolu aux collections évolue cependant peu, tandis que le nombre de pièces exposées se réduit. De 2.000 éléments, on passe à 1.530 après rénovation. « La réduction du nombre de pièces s’explique aisément : nous n’avons plus de salle antique, qui recelait de multiples objets, ni de salle d’armes. Globalement, nous exposons moins d’éléments, mais nous les présentons mieux », note Sandrine Balan, la conservatrice en chef du musée.
De nombreuses oeuvres sont exposées pour la première fois, par exemple un vaste lit réalisé par l’ébéniste bourguignon Jean Dampt en 1896, Le Lit des Heures. Extirpé des réserves, entièrement rénové, il s’inscrit dans le mouvement symboliste et art nouveau du début du XXe siècle et constitue la porte d’entrée vers la donation Granville. Cette étonnante collection privée du couple de collectionneurs Pierre et Kathleen Granville, confiée à la ville de Dijon, regroupe des artistes majeurs du XXe siècle, notamment plusieurs toiles de Nicolas de Staël. Elle emménage sous les combles, dans des salles entièrement blanches, aux parois amovibles.
Plus vaste, le nouveau musée est aussi plus lumineux, grâce à la rénovation de toutes les huisseries, et à l’ajout de puits de lumière, y compris artificiels. La salle des grands formats par exemple, emblématique des grands musées du siècle dernier a été entièrement refaite, à l’identique. En apparence du moins. Surplombée d’une vaste verrière donnant sur l’extérieur, la salle originale était très difficile à réguler sur le plan thermique.
Le choix des architectes des Ateliers Lion Associés (Paris), en dialogue avec l’architecte en chef des Monuments historiques, Éric Pallot, a été de conserver cette verrière, mais en l’isolant, et en remplaçant la lumière naturelle par une lumière artificielle, de la longueur d’onde exacte de la lumière naturelle. L’effet est saisissant.
Muséographie repensée

L’ensemble du chantier a mobilisé 60 millions d’€, 25,9 millions de la ville de Dijon, 16,6 millions de l’État, 8,4 millions de la Région, 8,3 millions de Dijon Métropole et 800.000 € de mécénat de Suez. Une part importante de ce budget - 1,5 million d’€ - a été consacrée à la rénovation de près de 1.900 œuvres de la collection du musée. On pourra par exemple redécouvrir la Dame à sa toilette (fin XVIe siècle) attribuée à un anonyme de l’École de Fontainebleau. La belle au teint d’albâtre, l’une des pièces maîtresses de la collection Renaissance, a d’ailleurs livré quelques secrets lors de sa restauration : des détails cachés sous les couches de vernis successifs et la poussière, comme une bague et d’autres éléments symboliques qui sont ressortis après restauration et permettent de penser que la dame s’apprêtait à se marier.
Les Ateliers Lion Associés avaient fait de la cour de Bar, autour de laquelle s’organisent tous les bâtiments du musée, le lieu nodal du parcours muséographique, véritable salle d’orientation à ciel ouvert pour desservir les salles de visite. Cette option a dû être écartée, notamment pour se conformer aux règles antiterroristes, se souvient François Rebsamen, le maire de Dijon (PS).
« Initialement, nous voulions plusieurs entrées, au niveau des porches. Mais c’était avant les questions de terrorisme. Nous avons donc repensé le parcours muséal pour n’utiliser qu’une entrée, du côté de la place de la Sainte-Chapelle ». Celle-ci, située à l’emplacement de l’ancienne Sainte-Chapelle du Palais, détruite pour construire l’actuel bâtiment XIXe du musée, devient piétonne et est même dotée de trois arbres. Une petite révolution dans le très minéral centre-ville dijonnais.

Le musée rouvre ses portes le vendredi 17 mai à 19 heures pour la nuit des musées, et consacre sa première exposition temporaire au célèbre peintre dijonnais Yan-Pei Ming, intitulée « l’homme qui pleure ». Les six salles d’exposition temporaire, au rez-de-chaussée du musée, accueilleront une trentaine de pièces du peintre, tandis que d’autres seront disséminées dans les salles permanentes, notamment la salle des grands formats. Trois portraits gigantesques de la mère défunte de l’artiste peuvent d’ores et déjà être découverts dans la salle du tombeau des Ducs.




Quelques images de l'exposition temporaire de Ming



Quelques images de l'inauguration























































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