La SCIC Ferments Communs, à Malain (Côte-d'Or) est une coopérative agriculturelle qui réunit une épicerie, un café associatif, des boulangers, une brasserie, une biscuiterie, des paysans qui élèvent des brebis, des cochons, des ânes ou cultivent la terre. Récit avec Léo Coutellec, l'un des initiateurs de ce projet atypique.


La belle histoire de Malain débute en 2014. Enseignant-chercheur en philosophie des sciences à l'Université Paris-Saclay, Léo Coutellec a un projet d'installation agricole en tête avec son ex-femme et un couple d’amis. Depuis la région lyonnaise, ils visitent de nombreux villages jusqu'au coup de coeur pour celuin de Côte-d'Or : son charme, sa gare - et sa proximité avec Dijon - les séduisent, et surtout la maison secondaire d'un Parisien mise en vente avec un four à pain du milieu du XIXe siècle et ses trois hectares de terre agricole. Début 2015, ils décident d’acheter et d'impliquer les habitants avec eux.

DOMAINE WALLER 1
Le prochain objectif de la coopérative : l'achat pour 500.000 euros d'un nouveau lieu qui hébergeait un ancien moulin. © Léo Coutellec


« En février 2015, nous avons organisé une réunion publique en mairie, où, surprise, la salle était pleine ! Il y avait une vraie attente des habitants. En quelque sorte, nous avons été l'étincelle, pour la création d'un groupement foncier agricole (GFA) citoyen pour acheter la terre »
, se souvient  Léo Coutellec. C'est ainsi que 103 associés ont rejoint le GFA, en achetant la part sociale minimale de 100 euros. Aujourd'hui, le groupement compte 270 associés, pour 180.000 euros de capital social et il a racheté du foncier supplémentaire pour aboutir à un total de 45 hectares. L'ensemble des activités à Malain génèrent un chiffre d'affaires annuel de 540.000 euros, un peu plus de neuf équivalents temps-plein ont été créé et neuf entreprises cohabitent avec le GFA : deux artisanales, cinq agricoles et deux coopératives.

700x110px_Forum Hydrogen Business for Climate


Très vite, Jennifer Langlois, qui portait un projet de brasserie, décide de s'installer avec eux. Elle produit aujourd’hui 90 hectolitres par an sous la marque Microbrasserie de la Roche Aiguë et vend dans un rayon de 30 km autour de Malain, auprès des Amap (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), épiceries, cavistes, sur les marchés de producteurs... « Le volume que je réalise et les débouchés sont plus importants que ce que j'aurais imaginé au départ. J'apprécie notre esprit collectif et même si je ne gagne pas 2.000 euros par mois, j'aime ce que je fais ! », résume-t-elle. 

 

3.500 heures de bénévolat pour l’épicerie

LEO ET JENNIFER
Léo Coutellec et Jennifer Langlois de la Microbrasserie de la Roche Aiguë qui a rapidement rejoint le projet.  © Déborah Levy
YOURTE
Léo Coutellec pratique l’accueil à la ferme dans une yourte mongole - pouvant héberger  jusqu'à six personnes - et propose des balades en ânes autour de Malain. © Déborah Levy


Sous le nom insolite de « Chauffe savates », le collectif a également redonné vie au café du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) qui faisait belle figure dans le village jusqu'à la fin des années 1950.

La SCIC (société coopérative d'intérêt collectif), dénommée Ferments Communs, porte aussi de nombreuses initiatives paysannes : Emilien Prévot-Ledrich élève des cochons, produit de la farine et des pommes de terre ; Julie Ledrich fabrique viennoiseries et biscuits ; le paysan boulanger Cyril Beaulieu cultive des céréales, produit de la farine et 14 tonnes de pain par an ; Coline Faugerolle, éleveuse de brebis laitières, transforme le lait en fromages, yaourts et fromages blancs. Enfin, trois maraîchers - Baptiste Ricci, Florian Garel et Manon Virot -  lancent leur deuxième saison de production de légumes bios, vendus intégralement au marché à la ferme du village géré par le collectif et au sein de l'épicerie coopérative La Tourniquette. Celle-ci fonctionne grâce à des bénévoles, à hauteur de 3.500 heures par an, et génère un chiffre d'affaires d'environ 25.000 euros par mois. 

Quant à Léo Coutellec, il cultive des plantes oléagineuses (colza, tournesol, lin, chanvre, cameline) pour la transformation en huile au sein d’une huilerie bio-paysanne qu’il aménage actuellement. En parallèle, dans le cadre du réseau « Accueil paysan », il pratique l’accueil à la ferme dans une yourte mongole - pouvant héberger jusqu'à six personnes - et propose des balades en ânes autour de Malain.

 

Souscription pour l'ancien moulin jusqu’au 29 juin

FOUR A PAIN
Un four du milieu du XIXe siècle est un luxe pour manger du bon pain aujourd'hui ! © Déborah Levy


Dernier objectif de la coopérative : l'achat pour 500.000 euros d'un nouveau lieu qui abritait un ancien moulin. La SCIC souhaiterait développer sur ce lieu de nouvelles activités et permettre de consolider les existantes.

Une souscription citoyenne est lancée. « Nous recherchons de nouveaux associés coopérateurs pour rentrer au capital social de la coopérative avec un projet qui a un fort impact social et écologique car il s'agira de continuer à soutenir les installations paysannes et artisanales dans le village », explique Léo Coutellec.

CCI 2171-tetiere-formation 635x106 AVRIL 2024


La coopérative porte  aussi le projet de créer une cuisine professionnelle pour faire de la restauration. « Depuis dix ans, les gens nous font confiance, avec eux nous apportons la preuve que nos plus belles utopies peuvent devenir très concrètes », plaide l'initiateur de la nouvelle vie de Malain. L'objectif à atteindre est de 250.000 euros, jusqu'à la clôture qui intervient ce 29 juin.
 

 

Commentez !

Combien font "4 plus 8" ?