Dans les ateliers d'Alstom Power à Belfort. Photo : Traces Ecrites.
Dans les ateliers d'Alstom Power à Belfort.
Photo : Traces Ecrites.

ENERGIE. Plus que nulle part ailleurs, Belfort est dans l'attente du sort réservé d'ici mercredi matin au groupe Alstom : la cession à l'Américain General Electric ou à l'allemand Siemens. Voire une autre alternative…

Malgré un démantèlement dans les années 2000 des activités de l'ancienne société alsacienne de construction mécanique (SACM) devenue Alsthom avec un H - déjà en partie au profit de General Electric - , l'énergéticien et constructeur ferroviaire est un acteur de tout premier plan dans le nord Franche-Comté.

Alstom Power, fabricant de turbines à vapeur et Alstom Transport emploient près de 3000 personnes à Belfort. Et environ 4600 dans l'Est, entre le Haut-Rhin, le Doubs et la Saône-et-Loire.

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Désabusés, c'est ainsi que se disent les salariés d'Alstom Belfort au lendemain de l'annonce du P-DG d'Alstom, Patrick Kron, de sa volonté de céder le groupe à l'Américain General Electric (GE).

« Nous l'avons appris par la presse et le lendemain, lors d'un bureau du forum européen du groupe, le P-DG a démenti être en négociation avec GE », regrette Olivier Kohler, délégué CFDT à Alstom Transport.

Certes, les représentants du personnel n'ignoraient pas les difficultés du groupe qui a besoin de cash pour survivre.

Après la suppression de 1300 postes décidée en novembre dernier (affectant peu les sites français), « d’autres vagues de réorganisation vont venir », révèle un rapport du cabinet Secafi Alpha commandé par les représentants du personnel après les résultats semestriels 2013-2014 et rapporté par Les Echos du 27 avril.

Les experts pointaient « une période de turbulences commerciales, industrielles et surtout financières » à différents degrés selon les activités : un marché en retrait pour les activités thermiques (Alstom Power et autres filiales de services) « avec de fortes incertitudes sur l’atteinte des objectifs » ; l'absence de marges suffisantes dans les énergies renouvelables (hydraulique et éolien en mer) et un carnet de commandes dégarni pour la branche Grid (les réseaux de transmission d’électricité).

Quant au ferroviaire qui représente 30% du chiffre d'affaires du groupe, il engendre commandes sur commandes, toutefois, selon le rapport, sans apporter non plus les marges attendues.

En outre, précisent les syndicats, « les usines sont réparties dans plusieurs pays et toutes ne profitent pas des contrats ».

Les ateliers d'Alstom Transport à Belfort. Photo : Traces Ecrites.
Les ateliers d'Alstom Transport à Belfort.
Photo : Traces Ecrites.

C'est le cas de certains sites en France, car tous sont spécialisés. Fabricant de locomotives classiques et de motrices TGV, Belfort s'attend à une baisse des charges en 2016-2017, tandis que l'établissement alsacien de Reichhoffen qui fabrique des wagons et des TER serait débordé, selon le délégué CFDT.

General Electric ou Siemens, le rachat augure des suppressions d'emploi, estiment les syndicats.

Et c'est encore plus vrai à Belfort qu'ailleurs où cohabitent le siège européen de General Electric et le berceau historique d'Alstom.

Des élus locaux démunis et discrets

Le fabricant américain de turbines à gaz s'est installé à grand renfort d'argent public dans le parc industriel du Techn'Hom, là où s'étalaient historiquement les multiples activités d'Alstom.

Anecdote amusante, pas plus tard que l'été dernier, General Electric a pris son autonomie énergétique en se faisant construire une chaufferie indépendante de celle de son voisin, à côté de la halle où vient de sortir le premier exemplaire de sa nouvelle turbine à gaz  cycle combiné.

La nouvelle a aussi laissé les élus locaux démunis. Si l'ancien maire de Belfort, le sénateur Jean-Pierre Chevènement - ardent défenseur du TGV qui fut du voyage inaugural en 1981 -, s'est ému auprès du Premier ministre « de l'abandon par la France, d'un des derniers pans de son industrie d'équipement » - Lire ici MaCommune.info -, le nouveau, Damien Meslot ne peut qu'espérer « des garanties, au premier rang desquelles figure la question de l’emploi », a t-il déclaré à L'Est Républicain.

Interrogé par notre partenaire Webaireinfo, Yves Ackerman, président du conseil général du Territoire de Belfort se dit doublement concerné de la cession, qu'elle en soit l'issue : en tant que premier actionnaire de la société d'économie patrimoniale du Territoire de Belfort (Sempat), propriétaire du siège de General Electric sur le Techn'Hom et par la garantie d'emprunt accordée à cette opération.

Alstom dans l'Est

Alstom emploie 93 000 personnes dans une centaine de pays, 18 000 en France, a réalisé un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros en 2013 et enregistré pour près de 24 milliards d’euros de commandes en 2012/13.

Vue aérienne du site historique à Belfort.  photo : Sempat.
Vue aérienne du site historique à Belfort.
Photo : Sempat.

Dans l'Est, Alstom Transport emploie environ 2500 salariés dans 4 établissements.

Belfort fabrique des locomotives classiques et des motrices de TGV (600 salariés) ; Ornans (Doubs) fabrique des moteurs à traction pour les trains et les bus (400 salariés) ; Reichhoffen (Haut-Rhin) les wagons des motrices et des TER (890 salariés), Le Creusot (650 salariés) les boggies du TGV.

Alstom Power fabrique des turbines à vapeur et emploie 2000 salariés à Belfort, sur le site du Techn'Hom.

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