La PME de 43 salariés créée au voisinage de GE dans le Techn’hom belfortain s’est faite un nom à l’échelle internationale en matière de sous-traitance haut de gamme pour les fabrication et la maintenance de turbines à gaz. Elle vient d’investir 1,5 million d’euros pour l’augmentation de capacité et la modernisation de son parc de machines. Consciente des retournements possibles de marché, elle travaille à des diversifications ciblées.
Les turbines à gaz ont encore un bel avenir devant elles, et c’est tant mieux pour Milgred. La PME fabricante de pièces spécifiques à ce type d’installations tire parti d’un contexte favorable à celles-ci, du moins si l’on adopte un regard mondial, bien au-delà des frontières hexagonales. « Tous les pays ne sont de loin pas dotés du nucléaire et les énergies renouvelables ne suffisent pas à couvrir l’ensemble des besoins. Pour les compléter, le gaz, certes aujourd’hui le plus souvent d’origine fossile mais demain disponible par l’hydrogène par exemple, apparaît bien plus vertueux que son « concurrent » le charbon. De telles configurations se retrouvent dans de nombreux endroits de la planète », analyse Arnaud Lepage, directeur général.
La croissance caractérise ainsi l’activité du moment de Milgred, dont le chiffre d’affaires se situe en moyenne annuelle à 6 millions d’euros avec un effectif de 43 salariés. Il n’en a pas toujours été ainsi. L’entreprise a traversé des phases difficiles sur le plan économique durant les années 2010. Alors fragilisée, la crise sanitaire lui a asséné un coup de grâce. Elle a été placée en redressement judiciaire en 2020 dont elle est sortie par un plan de continuation qui a constitué son socle vers le rebond.
Celui-ci est donc plus que confirmé, et les perspectives positives ont semblé suffisamment durables pour inciter les propriétaires de Milgred, des investisseurs privés, à donner un « coup de collier » aux investissements. En conséquence, une enveloppe d’1,5 million d’euros a été consacrée à l’acquisition, ce printemps, d’un centre d’usinage à commande numérique et d’une rectifieuse, ainsi qu’à la refonte en profondeur (le « rétrofit ») du principal centre d’usinage 5 axes de l’entreprise. Milgred compte désormais un parc de 22 équipements d’usinage à commande numérique. « Le processus de modernisation va se poursuivre », assure Arnaud Lepage.
Procédés pointus appliqués aux superalliages

La force de la PME belfortaine vient en effet, en bonne partie, de sa capacité à cumuler plusieurs procédés exigeants, appliqués à des matières particulières : les superalliages, constitués de nickel et de divers métaux haut de gamme comme le cobalt ou le titane. Dans cet univers dit « non-conventionnel », ses équipes savent réaliser la rectification à passe profonde - consistant à combiner dans une même opération une ébauche de premier niveau et la finition - ainsi que l’électro-érosion et le perçage électrochimique.
« Nous sommes les seuls à ma connaissance à appliquer ce dernier procédé en France et nous comptons parmi ses très rares spécialistes dans le monde », souligne Arnaud Lepage. Il permet le refroidissement des aubes de turbinew par la circulation d’air au moyen du perçage de trous en recourant à l’acide sulfurique.
Milgred pratique également le fraisage des superalliages. Elle complète ses prestations, ponctuellement par du soudage et systématiquement par le contrôle et l’inspection des pièces au moyen de technologies poussées comme les ultrasons, afin de garantir l’indispensable traçabilité. « Nous réunissons plusieurs types de transformations qui étaient traditionnellement disséminées entre une multitude de sous-traitants, un mode opératoire vecteur de complexité pour les clients », expose Arnaud Lepage.
Les prestations d’usinage de la PME s’appuient sur une organisation intégrée en amont, compte tenu que la fonderie spéciale Turbine Casting au Creusot (Saône-et-Loire), son principal fournisseur de « bruts », partage avec Milgred le même actionnaire.
A la recherche d’usineurs
Les productions belfortaines sont livrées pour 80% à l’export (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Corée du Sud…), à destination de deux profils de clientèle. D’une part les fabricants eux-mêmes des turbines, parmi lesquels General Electric, au voisinage duquel Milgred s’est créé en 2003, au Techn’hom dont il occupe 4.500 m2.
D’autre part, les entreprises de maintenance des turbines. Leur poids a augmenté sur le marché ainsi que dans le portefeuille clients de la PME, pour en représenter en moyenne 70 % chaque année. « Au départ purs spécialistes de la maintenance, ces opérateurs ont évolué vers la fabrication de pièces et composants qu’ils contrôlaient… et dont ils détectaient éventuellement les défauts. Désormais, leurs contrats incluent suivent la fourniture de pièces de rechange », relate le dirigeant de Milgred. De tels acteurs atteignent eux aussi une taille conséquente, à l’exemple du client EthosEnergy.
La densité du carnet de commandes aurait lieu de se traduire également en croissance des effectifs. Le directeur général y est prêt : « Nous recrutons, des usineurs avant tout. De 43 personnes aujourd’hui, nous pourrions passer à 48 ou 49. » Mais le conditionnel est de mise : Milgred n’échappe pas à la problématique de la pénurie de main d’œuvre qualifiée dans ce type de spécialités. En tout cas, les postes sont toujours grands ouverts aux candidatures…

Si les turbines à gaz tirent la PME vers le haut, leur statut de débouché unique crée une situation de dépendance dont les risques en cas de retournement n’ont pas échappé à Arnaud Lepage. Celui-ci engage une diversification, bien ciblée dans l’aéronautique. « Nos procédés se retrouvent en bonne partie dans ce secteur, mais s’agissant de l’aviation civile, les volumes en jeu sont tels qu’ils obéreraient nos capacités et nous replaceraient vite dans une autre dépendance. En revanche, l’aéronautique de défense constitue un univers plus restreint, plus proche du profil de « niche » dans lequel nous savons évoluer », justifie le dirigeant.
Le processus s’enclenche. Tôt ou tard, avant ou après la signature de premiers contrats, il passera par la certification propre à l’aéronautique, l’EN-400.


























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