La start-up belfortaine a mis au point un moteur à apport de chaleur externe basé sur le principe de la cogénération. Il convertit la chaleur perdue (ou fatale) d’un process industriel, en électricité et chaleur réexploitable. Les quatre associés d’Ananké espèrent une montée en puissance rapide avec un objectif de 60 modules en 2022 et 15 à 20 salariés.

Créée en septembre 2017 par quatre ingénieurs passionnés : Brice Bryon, Thibault Cartigny, Mathieu Doubs, Pierre Ranc, Ananké repose sur un brevet délivré en 2015 pour un moteur destiné à récupérer la « chaleur fatale », autrement dit la chaleur non exploitée et perdue dans le process industriel. Ils estiment que rien qu'en France, le secteur industriel, dégage 51 TWh (térawatt-heure, égal à 1 milliard de kWh) de chaleur perdue ce qui représente la production électrique de six réacteurs nucléaires.
La technologie mise au point permet de récupérer cette chaleur dans l'air ambiant, grâce à un Moteur à Apport de Chaleur Externe (MACE) développé en collaboration avec la société Assystem, dans laquelle ils ont travaillé, et le laboratoire Femto-ST/CNRS installé à Belfort. Ce cogénérateur produit simultanément de l'électricité et de la chaleur « utile »  – c’est-à-dire qui peut donc être réexploitée – à partir de n’importe quelle source de chaleur supérieure à 450 degrés. Jusqu’à 90% de la chaleur fatale peut être revalorisée, assure les ingénieurs.

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« L’avantage principal du moteur est la non utilisation d’un arbre à cames contrairement à une motorisation conventionnelle, expliquent-ils. « Nous avons choisi d’utiliser un système de distribution complètement piloté par un vérin pneumatique, ce qui permet de gérer une cylindrée variable et de moduler la puissance du moteur en fonction de la source de chaleur sans dégrader son rendement. Enfin l’utilisation d’un soufflet permet de s’affranchir de toute lubrification. »


L'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre où les coûts de l'énergie sont plus élevés


Encore en phase de lancement, l'entreprise vient d'être désignée parmi les lauréats de la dernière promotion du Réseau Entreprendre Franche-Comté. Et cette année doit marquer le début de son développement et de l'affranchissement progressif des aides indispensables à l'amorçage de toute start up.
En décembre 2018, Ananké a recruté sa première salariée, sur une fonction commerciale et communication. Thibault Cartigny, directeur général, espère atteindre un effectif de 8 personnes d'ici fin 2019. Avec pour corollaire la signature des premières commandes. Des « courriers d’intérêt » de quatre entreprises et des échanges avec plus de cent industriels le rendent plutôt confiant. « Un moteur de cogénération de 40 kw revient à environ 120.000 € installé, avec un retour sur investissement après environ trois ans », affirme t-il.

 

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Avec un objectif de 60 unités en 2022, Ananké envisage d’ores et déjà de sortir du marché français. L'un des associés, Brice Brion, a ainsi participé à un voyage exploratoire organisé par CCI Export au Japon, et pris des contacts auprès d'une centaine de PME à la clef. Selon lui, le potentiel en Asie est important. En Europe, Ananké vise prioritairement l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre, pays où les coûts de l'énergie sont les plus élevés qu’en France et où l’efficacité énergétique peut être un réel centre d’intérêt.

Qui sont les quatre associés d'Ananké ?

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De gauche à droite: Mathieu Doubs, Pierre Ranc, Brice Bryon, Thibault Cartigny. © Ananké.

Brice Brion, président. Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur en aéronautique et spatial à l’IPSA en 2006, il intègre l’entreprise Assystem à Belfort où il reste jusqu’en 2015. Il débute comme ingénieur mécanique et évolue vers la fonction de business unit manager et responsable innovation. Depuis 2015, il occupe le poste de directeur de l’ingénierie et de l’innovation au sein de Fives Cinetic, à Héricourt.

• Thibaut Cartigny, directeur général. Avant d'obtenir son diplôme d'ingénieur ESSTIN, il a commencé sa carrière par deux expériences dans le transport de gaz, en Suède, et sur l'efficacité énergétique des bâtiments, à Dijon. Il a ensuite rejoint Assystem, à Belfort, au sein du secteur énergie et a travaillé pour GE sur des postes de gestion d'affaires, d'ingénieur qualité et de coordinateur technique. Après avoir été chef de projet R&D, il est maintenant responsable R&D pour Assystem et manager technique pour un bureau d'études de 80 personnes.

• Mathieu Doubs, directeur Innovation. Titulaire d'un master d’Ingénierie Thermique et Énergie, depuis 2012, il est doctorant chez Assystem et le laboratoire FemtoST. Sa thèse porte sur la réalisation et modélisation d’une machine Ericsson. Ses recherches, mais aussi ses différentes expériences, lui ont permis de développer et de conforter ses compétences informatiques et techniques. 

• Pierre Ranc, directeur technique. Après un master d’Ingénierie Thermique et Énergie, il prépare une thèse de doctorat en génie énergétique sur l’intégration d’un compresseur au sein d’une machine à apport de chaleur externe modulable. La mécanique des fluides compressibles, les turbines à gaz et cycles combinés n'ont plus un secret pour lui.

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