La vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune est toujours l'occasion pour les professionnels du négoce et de la viticulture de livrer le bulletin de santé des marchés de la filière. Le voici, malgré l'annulation de l'événement contre toute attente, la veille au soir de son organisation. Elle devrait avoir lieu dans les « meilleurs délais », sans aucune autre précision de calendrier.


L’entêtement du maire de Beaune, Alain Suguenot, à vouloir une vente des vins des Hospices de Beaune en présence des acheteurs, a été fatale à l’événement qui devait se dérouler, hier dimanche 15 novembre. La veille à 19h, elle a été annulée sur décision préfectorale.
Il y a deux semaines, le maire et François Poher, le directeur de l'hôpital de Beaune, avaient pourtant réussi à convaincre le préfet de Côte-d’Or de la maintenir malgré l’interdiction des grands rassemblements pendant le deuxième confinement, en lui assurant un protocole strict : seulement un tiers des sièges (250 sur 568) de la grande halle occupés et prise de température avant l’entrée. (Lire ici, l’article de Traces Ecrites News).



Selon le maire de Beaune, une vente uniquement en ligne et par téléphone, comme elles se pratiquent partout depuis la crise sanitaire, n’était pas envisageable. Il estime qu’un format à distance, moins festif, aurait fait baisser les recettes de 30%. Or, les Hospices qu’il préside ont plus que jamais besoin de cette collecte : cette année, les visites touristiques à l’Hôtel-Dieu ont fondu comme neige au soleil (entre 2 et 3 millions) et l’hôpital, propriétaire du domaine viticole dont les vins sont vendus tous les ans aux enchères, a des projets immobiliers coûteux.

Le scénario écrit a été bouleversé vendredi 13 au soir, par le Comté des Ventes Volontaires (CVV), l’autorité de régulation des maisons de ventes aux enchères. Pourquoi Beaune fait-elle exception alors que toutes les ventes aux enchères se déroulent en ligne ou par téléphone depuis la crise sanitaire ?
Malgré sa réaction très tardive, l’organisme dont dépend Christie’s, l’opérateur mandaté depuis quinze ans par les hospices civils de Beaune, a obtenu gain de cause. Selon lui, un déroulement en présence d’un public viole « les dispositions du décret du 29 octobre prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19.»


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Un compromis avait pourtant été trouvé samedi 14 en début d’après-midi, annonçait la direction des Hospices de Beaune : les commisseurs-priseurs étaient isolés dans une salle tandis que les acheteurs pouvaient prendre place dans la grande halle. Ainsi, ces derniers ne seraient pas sous la responsabilité du CVV, mais de la ville de Beaune. Dont acte : Les enchères des quelques 200 acheteurs présents à Beaune s’ajouteraient à celles faites par téléphone et par Internet, une pratique que Christie’s utilisait depuis plusieurs années déjà pour les acheteurs étrangers qui ne pouvaient se déplacer.


Deux heures plus tard, le préfet de Côte-d’Or fait savoir qu’il a décidé de reporter la vente à une date ultérieure, « dans des délais aussi rapprochés que possible. » Plus que la déception, c’est une totale incompréhension que ressentent les professionnels du vin. Plus gros acheteur de la vente, la maison Bichot (Lire ici l’article de Traces Ecrites News)  avait, assure t-elle, largement plus d’un million d’enchères confirmées par une soixante d’acheteurs. Dans un communiqué, Christie’s indique de son côté que « les promesses de la cuvée 2020 avaient été accueillies dans le monde entier avec enthousiasme et de nombreuses enchères et lignes téléphoniques avaient déjà été réservées. »

Les grands perdants de ce coup de semonce sont « l’hôpital et les familles des soignants décédés du Covid à qui s’adressaient les recettes de la pièce de charité », relève Albéric Bichot, pressenti comme futur président de la Fédération des Négociants-Eleveurs de Grande Bourgogne (FNEB). Reste à savoir maintenant quand elle pourra être organisée. D’ici, la fin de l’année espèrent les professionnels. Car la reporter d’une année n’est pas forcément la meilleure solution. Cela reviendrait à faire deux ventes en une : il faudrait trouver des acheteurs pour les 630 pièces de 228 litres qui auraient dues être vendues ce dimanche et la future récolte 2021. 


 

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Beau coucher de soleil sur le domaine Labet au Vos Vougeot (Côte-d'Or). Entre nuages et éclaircies, comme le marché du bourgogne.



Le marché américain plombe les exportations du vin de Bourgogne


L’année dernière, les superlatifs étaient de mise : pour la première fois de son histoire, le chiffre d’affaires à l’exportation des vins de Bourgogne avait dépassé le milliard d’€. Une belle satisfaction car les exportations représentent près de 50 % de la commercialisation des vins de Bourgogne.  Cette année, les résultats des ventes sur les neuf premiers de l’année montrent que le coronavirus a enrayé une machine bien huilée habituée aux performances.

Fin 2019, le chiffre d’affaires à l’export affichait une belle progression : + 10,4% par rapport à 2018, et les volumes grimpaient de 9 % (89,8 millions d’équivalents bouteilles de 75 cl). Depuis le confinement du printemps, les marchés font du yoyo : chute brutale des ventes entre mars et mai (chiffre d’affaires en baisse de 21%), redressement au moment du déconfinement (+ 6,8% en chiffre d’affaires), nouvelle baisse à la rentrée.
Résultat, sur les 9 premiers mois de 2020, la baisse des exportations se chiffre à - 3,9 % en volume et - 9,3 % en chiffre d’affaires (plus de 70 millions). La casse est à relativiser, car finalement les niveaux se retrouvent comparables à 2018. Sauf sur certains marchés.

 

• Les marchés en baisse

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Le bilan des sorties de propriété de la campagne 2019-2020, à fin juillet, est à la baisse de 11 % / campagne 2018-2019.  En photo, l'une des caves de la Maison Bichot. © Traces Ecrites


Premier marché à l’export depuis de longues années, les Etats-Unis s’effondrent (moins 21% en volume) mais la surtaxe douanière de 25 % ad valorem sur les vins tranquilles de moins de 14° degrés, créée suite au contentieux Airbus/Boeing est autant responsable de cette chute que la Covid-19. Ce qui représente un manque à gagner d’environ 52 millions d’€ à ce jour par rapport aux 9 premiers mois de 2019 (moins 29%).  Les représentants de la filière  – François Labet, président délégué du BIVB, Pierre-Henry Gagey, représentant du négoce, et Thiébault Huber, président de la viticulture –, habitués à un langage modéré, n’hésitent pas à dire que les neuf premiers mois 2020 sont « mauvais. »

Le Japon, 3ème marché export, qui disputait l’année dernière la place de n°2 avec le Royaume-Uni perd du terrain. Le marché nippon ralentit aussi, mais dans des proportions moindres : - 4,5 %  en volume depuis le début de l’année et - 6,4 % en chiffre d’affaires.

En Chine, le ralentissement depuis le début de l’année est flagrant : - 41,3 % en volume et - 21,1 % en chiffre d’affaires (9 mois 2020 / 9 mois 2019).

L’Allemagne qui avait affiché une belle croissance de ses achats l’année dernière ralentit fortement ses importations : - 26,4 % en volume et - 13,6 % en valeur / 9 mois 2019, retrouvant les niveaux de 2014 et 2015.

D’autres marchés dégringolent mais ils représentent des petits volumes, comme l’Arabie Saoudite, l’Australie et la Finlande.

 

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• Les marchés qui gardent la tête haute


En perte de vitesse depuis la crise économique de 2008 et ces dernières années à cause des incertitudes du Brexit, le marché britannique est sur le point de rattraper les Etats-Unis (+11,6% en volume, +1,3% en chiffre d'affaires à fin septembre). S’ils préfèrent toujours le vin blanc (84% des achats), les Britanniques se sont pris de gourmandise pour les bulles du Crémant de Bourgogne  (+ 54% en volume ne représentant toutefois que 3% des exportations).

Très en forme, le Canada et en particulier le Québec où sont consommés  70% des bourgognes, conserve sa 3ème place en volume sur les 9 premiers mois 2020, avec une belle croissance : + 8 % en volume et de + 7,7 % en valeur / 9 mois 2019.

La Belgique reprend sa place dans le top 5 des pays export du bourgogne sur les 9 premiers mois 2020, grâce à une baisse circonscrite en volume (- 1,8 % / 9 mois 2019), et une petite hausse en valeur (+ 1,2 % / 9 mois 2019). En cette période psychologiquement difficile, les belges semblent vouloir retrouver le moral avec des Grands Crus de Côte de Beaune et Côte de Nuits (+ 21,6 % en volume depuis début 2020)

La Suède et la Suisse poursuivent leur croissance de 2019 à un bon rythme, avec respectivement + 17,1 % et + 2,5 % en volume sur les 9 mois 2020 par rapport à la même période de 2019. Les chiffres d’affaires réalisés sont également à la hausse : + 9,7 % pour la Suède et + 8,2 % pour la Suisse.


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Les deux tableaux, de la campagne 2019/2020 (en haut) et de la campagne précédente, 2018/2019, montrent que les marchés en baisse (chiffres en rouge) sont deux fois plus nombreux cette année. © BIVB

 

En France, une résistance encore mal mesurée

Le bourgogne qui était le seul vin français à maintenir ses positions en grande distribution en France continue de bien se vendre dans ce réseau
(+ 4,8 % en volume et + 5,5 % en chiffre d’affaires par rapport aux 8 premiers mois de 2019). Mais les lieux d’achats se sont logiquement déplacés depuis le confinement. Il s’est vendu davantage dans les petits supermarchés que les hyper ainsi qu’en drive (+77%).

Mais pour confirmer cette tendance favorable, il faudra attendre le renouvellement des cartes des restaurants où l’étendue de la mévente est encore difficile à mesurer avec ce deuxième confinement. La restauration est un débouché majeur avec une présence forte des bourgognes sur les cartes (19 % des références, surtout du blanc).

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