La maison de vin bourguignonne anime avec force et vigueur les enchères le troisième dimanche de novembre lorsque les célèbres Hospices de Beaune mettent en vente le millésime de l’année issu d’un domaine viticole de 60 hectares aux appellations souvent prestigieuses offertes en donation. Depuis l’an 2000, Albert Bichot se place en tête des acheteurs et entend bien, une fois encore, le demeurer ce dimanche 15 novembre.

 

On le sentait anxieux, presque angoissé quelques jours avant la décision officielle de savoir si la plus fameuse vente de charité au monde allait se tenir en raison de la crise sanitaire. Elle aura bien lieu ce dimanche 15 novembre à Beaune. Albéric Bichot a agi en ce sens et peut pousser un long soupir de soulagement.
Précisons que le président du directoire de la maison de vin beaunoise qui porte son nom, fait très fort ce jour-là - toujours le troisième dimanche de novembre -, en occupant sans discontinuer le rang de premier acheteur depuis ces vingt dernières années.

 

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Depuis l’an 2000, le négociant-éleveur a acquis pas moins de 1.000 pièces de vi du domaine viticole des hospices de Beaune. Autre chiffre révélateur : l’an dernier, le montant de ses enchères s’est élevé à 2,8 millions d’€, hors frais, 7% revenant à la société Christie’s qui organise la vente et, hors achat des fûts de vin de 228 litres facturés de 630 à 650 €.


Né aux Hospices de Beaune

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Cave voûtée à Nuits-Saint-Georges, là où Albert Bichot vinifie et élève les vins rouges de la Côte de Nuits. © Traces Ecrites


Une double raison préside à cette stratégie. Albéric Bichot n’achète pas pour lui, où très peu. Il le fait aux deux tiers pour le compte d’importateurs et de distributeurs originaires de quinze pays, et pour le reste à l’attention de particuliers passionnés par l’histoire des Hospices et amoureux du vin de Bourgogne. Tous lui indiquent un budget, la ou les appellations retenue(s) et donnent des ordres d’achat avec, à chaque fois, une limite financière.
Pour transformer l’essai, cet homme aussi sympathique qu’empathique convie chaque année « normale » et tous frais de séjour payés, 100 à 150 clients à assister à la manifestation. Mais pas que.  « J’en invite aussi aux Trois Glorieuses : Chapitre au Clos de Vougeot la veille ; dîner au bastion le soir même, Paulée de Meursault le lendemain », complète-t-il.

Et puis bien sûr il invite ses clients chez lui, car qu’elle magnifique opportunité de faire découvrir ses propres vins. On l’aura compris Albéric Bichot utilise la vente des Hospices comme une occasion de faire plaisir, de faire la fête et... de faire des affaires. Il nous vouerait toutefois aux gémonies si l’on indiquait pas son autre grande motivation : préserver l’hôpital de Beaune.


Candidat pour présider le négoce de la Grande Bourgogne

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Cuverie de vinification du domaine Long-Depaquit, à Chablis (Yonne), l'un des domaines de la Maison Bichot.


« Je suis né à l'hôpital de Beauneet je veux le défendre bec et ongles car il bénéficie d’un matériel et de services hors pair pour sa taille. De plus, il ne coûte pas grand chose en dépenses publiques grâce au fruit de la vente annuelle et des entrées aux hospices. » Voilà pourquoi, une fois encore, on le verra souvent lever la main pour soutenir les enchères ce dimanche sous la grande halle de Beaune.

 

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Cette tâche accomplie, Albéric Bichot patientera jusqu’à la fin du confinement pour candidater lors d’une assemblée générale à la présidence de la Fédération des Négociants Eleveurs de Grande Bourgogne (FNEB) qui fédère l’Union des Maisons de Vin de Grande Bourgogne. Comprenez les opérateurs de Bourgogne et du Beaujolais qui d'ailleurs, sont souvent les mêmes.

L’issue du scrutin n’est pas actée, mais étant le seul candidat, le suspense n’est guère insoutenable. « Si je suis élu, j’ai deux priorités : déjà aider les maisons de vin à passer cette crise sanitaire au mieux, car même si nous ne sommes pas parmi les  vignobles français les plus à plaindre, nos maisons perdent en moyenne 10% d’activité », explique Albéric Bichot.

Le négociant reconnaît certes les efforts de l’Etat : PGE, report des cotisations Urssaf et autres attentions bienveillantes des administrations, mais il voudrait surtout que l’on en finisse avec cette taxe de 25% imposée sur les vins français entrant aux Etats-Unis (*).

Le marché américain devenu le premier débouché international pour les bourgognes, soit un quart des exportations, affiche une chute de 30% en valeur. « La Covid-19 est certes pour partie responsable, mais je voudrais un appui sous forme de dotation ou de fonds de compensation pour organiser, à des fins de reconquête, une vaste promotion de nos produits outre-Atlantique. »

(*) Taxe découlant d’une décision de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) liée au conflit entre Boeing et Airbus.

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Quand le vignoble bourguignon s'embrase sous la lumière et les couleurs de l'automne. © Albéric Bichot

 

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Un exercice espéré à l’équilibre

Fondée en 1831 et installée à Beaune en 1919, la maison de vin Albert Bichot affiche en 2019 un chiffre d’affaires de 56 millions d’€, avec un effectif de 169 salariés. L’entreprise viticole espère atteindre l’équilibre sur l’exercice en cours. Un petit exploit avec en manque à gagner des ventes aux compagnies aériennes, croisiéristes, restaurants et cavistes qui privilégient le haut de gamme.
La maison de vin exploite 105 hectares en propre sur six domaines en Côte de Beaune, Côte de Nuits, Chablis et Beaujolais, convertis en bio depuis 2018 et dispose de cinq sites de vinification. Elle achète et vinifie par ailleurs l’équivalent de 400 hectares. 
Une force commerciale de sept collaborateurs voyage à travers le monde, sauf aux Etats-Unis où une filiale sans murs emploie huit personnes.
Albéric Bichot intègre la société au début des années 1990. Il en prend sa direction en 1996 imposant un management très participatif. Mais attention, signes qui ne trompent pas, lorsque les joues rougissent et les tempes battent la chamade, l’homme aura quelque reproche à exprimer. Et à ce moment-là, mieux vaut l’écouter religieusement...

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