VITICULTURE/EST. La Bourgogne vit sur un petit nuage entre abondance et qualité. Les vins du Jura retrouvent fort heureusement du jus. La Champagne bénéficie du réchauffement climatique avec une récolte précoce et d'excellente facture qui augure un millésime exceptionnel. L'Alsace, préservée des aléas climatiques, regonfle ses chaix avec de futurs vins au top.

 

• La Bourgogne rêve toute éveillée à son éden viticole.

 

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Vendanges au Château de la Commaraine, dont le manoir construit en 1112 par le duc Eudes de Bourgogne et l’exploitation viticole ont été acquis l’an dernier par le couple d’Américains, Denise Dupré et Mark Nunnelly. A noter que la propriété des vignes, un monopole de 3,75 hectares en Pommard 1er cru, restent la propriété de Pierre et Nicole Jaboulet-Vercherre. Le domaine, en conversion bio, pourrait passer à terme en biodynamie. © Commaraine.

 

Le vignoble bourguignon bénéficie d’une récolte pléthorique, vraisemblablement entre 1,5 et 1,8 million d’hectolitres. « Une divine surprise », selon François Labet, le président du Bureau Interprofessionnel des vins de bourgogne (BIVB), car elle se double d'une très belle qualité grâce à une clémence météorologique qui a permis à presque tous les vignerons de vendanger à parfaite maturité.

 

Les blancs devraient donner un millésime exceptionnel, comparable à ceux de 1982 et 1999. Les rouges offrent en regard moins de jus en raison d’une peau épaisse. Ils seront sans doute plus difficiles à vinifier.

 

Cette abondance retrouvée devrait faire baisser les prix, à l’exception des premiers et grands crus, très demandés. « Il faudrait toutefois un atterrissage en douceur pour avoir en entrée de gamme des vins commercialisés entre 7 et 15 € en prix public », ponctue pour sa part Louis-Fabrice Latour, président délégué de l’interprofession.

 

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De belles grappes de Pinot noir. © Commaraine.

 

A l’export, les vins de Bourgogne continuent de battre des records en valeur. Le chiffre d’affaires réalisé sur les sept premiers mois de 2018 atteint 532 millions d’€ (+7,6%). Ce résultat provient à 51% des vins blancs, 46% des rouges et 3% des crémants.

 

En France, la commercialisation en grande distribution explose aussi les compteurs. La Bourgogne est la seule région à progresser en volume (+2%). En six mois, un peu plus de 11,32 millions de bouteilles ont été vendues (hors drive discount et supérettes), pour un chiffre d’affaires de 89,54 millions d’€. D.H.

 

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• Les vins du Jura sortent la tête de l’eau.

 

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Vue du vignoble de Château-Chalon. © Xavier Servolle.

 

Si l’expression est ici quelque peu inappropriée, elle illustre la situation de ce vignoble d’environ 2.000 hectares. Après quatre années de disette, dont celle terrible de l’an dernier, en raison d’un gel carabiné, le millésime 2018 devrait permettre de reconstituer un peu les stocks.

 

Les 43.000 hectolitres seulement récoltés en 2017 (-51% par rapport à la récolte 2016), laissent place à une récolte de plus de 100.000 hectolitres de belle facture, sauf peut-être pour le Savagnin (8% du vignoble), victime de la canicule.

 

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« Nos vignes sont à 99% plantées en AOC et nous en avons sept, dont quatre géographiques, comme Arbois ou encore L’Étoile », précise Daniel Cousin, le directeur de la Société de Viticulture du Jura.

 

L’activité économique s’est ressentie du manque de vin. Mais les ventes à l’export progressent toutefois de 13%, portées par les marchés nord-américains, japonais et scandinaves. Le Royaume-Uni permet au crémant de tirer son épingle du jeu.

 

« Nous devons être plus ambitieux, mieux exploiter l’attractivité de notre territoire viticole et multiplier les canaux de distribution », argumente Baudoin de Chassey, directeur du Comité Interprofessionnel des Vins du Jura (CIVJ). D.H.

 

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Paysage viticole Arbois-Pupillin. © Xavier Servolle.

 

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• En Champagne, un millésime exceptionnel.

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La Côte des Blancs, dans les environs d'Avize. © Traces Ecrites.

 

Précoce, mais aussi magnifique : c’est en ces termes que le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) qualifie la vendange 2018, achevée depuis une quinzaine de jours.

Un climat « exceptionnel, (…) du à une insolation et des températures largement supérieures à la moyenne décennale » en fait la cinquième plus précoce depuis 15 ans et d’une qualité incontestable. Les raisins étaient dans un état sanitaire « parfait », avec « des richesses en sucre et aromatiques bien au-dessus de la moyenne. » Les professionnels le millésime « exceptionnel ».

 

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Le rendement était aussi au rendez-vous. L’étalon de 10.800 kg/ha est atteint presque partout. Les vignerons et les maisons pourront reconstituer leur réserve interprofessionnelle qui consiste à mettre des vins de côté les bonnes années pour compenser les plus petites récoltes.

Cette bonne vendange fait suite à une année de commercialisation d’excellente facture. En 2017, les expéditions de vins de Champagne, stables en volume (+0,4%), avec 307,3 millions de bouteilles, ont généré un chiffre d’affaires record de 4,9 milliards d’€ (+3,5%/2016).

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Remuage des bouteilles de champagne.© Traces Ecrites.

 

Le champagne se vend à peu près à égalité en France et à l’export, ce dernier se divisant également en deux, entre l’Union européenne et les pays lointains.

L’érosion entamée en 2011 sur le marché français se poursuit. En 2017, il s’est vendu 3,9 millions de bouteilles de moins qu’en 2016. Cependant le chiffre d’affaires se maintient (-0,4%) à 2,1 milliards d’€ (près de 43% du chiffre d’affaires de la filière). Ce qui signifie que la bouteille se vend plus cher : c’est le résultat d’une stratégie des maisons qui réduisent les gammes à bas prix, concurrencées par d’autres vins effervescents comme le Crémant.

A l’export les expéditions augmentent, en moyenne, de 3,6% par an depuis 2013, mais de manière différenciée selon les pays. Par exemple, la Suède et l’Allemagne (4ème marché en volume) reculent, tandis que la Chine, le Japon, les États-Unis (1er marché en valeur) et l’Italie augmentent fortement. C.P.

 

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• L'Alsace regongle ses chaix.

 

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Vendanges dans le vignoble d'Alsace. © Dumoulin-Conseil Vins Alsace.


En Alsace, les vendanges ne sont pas finies, même si elles ont commencé tôt : peu après le 20 août pour le Crémant, tout début septembre pour les vins tranquilles. Cette précocité rime avec qualité et quantité. « Nous rentrons des raisins dans un état sanitaire parfait en raison d'une climatologie idéale : journées chaudes et nuits fraîches, et cela augure des vins fruités et aromatiques », explique Thomas Fritsch, ingénieur oenologue auprès de l'Interprofession. La récolte finale devrait dépasser 1,1 million d'hectolitres et permettre de reconstituer les stocks après plusieurs années de déficit.

En 2017, le vin d’Alsace a perdu du terrain sur les marchés. Le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace (CIVA) ne communique pas le chiffre d’affaires, mais uniquement les volumes. Il s’est commercialisé 942.380 hectolitres l’an dernier, une baisse de 7,6% en volume, la plus forte baisse touchant les crémants. L’AOC Alsace constitue cependant toujours l’essentiel de la production : 72 % de la production totale dont 90 % de vins blancs.

 

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L’Alsace viticole exporte peu comparativement à ses voisins champenois et bourguignons : 242.000 hectolitres, environ un tiers de la récolte. Ce niveau baisse pour la seconde année consécutive.  Les trois principaux pays importateurs de Vin d’Alsace (toutes AOC) sont la Belgique, l’Allemagne et les Pays Bas.


En France, les ventes atteignent à peu même niveau depuis deux ans, mais loin derrière les belles années, début 2010, où la commercialisation flirtait avec les 600.000 hectolitres. C.P.

 

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Sur la route des vins d'Alsace. © Traces Ecrites.

 

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