Mise à jour 22 décembre 2010. Lire le bilan à mi-parcours du débat public en fin d'article.

Infrastructures. Jusqu'au 4 février 2011, le public est convié à se prononcer sur le projet d'une concession autoroutière pour la Route Centre Europe Atlantique (RCEA) en Saône-et-Loire et dans l'Allier.

Cette consultation, émaillée de réunions publiques, est organisée sous la forme d'un débat public, selon la loi Barnier du 2 février 1995, dans le but d'éclairer le maître d'ouvrage -ici, l'État-  sur l'opportunité du projet.

Le président de la commission particulière qui l'anime rendra un avis dans les deux mois qui suivront la clôture du débat, et le maître d'ouvrage, dans les trois mois suivants. Autrement dit, en juillet 2011.

Si les élus de l'Allier ont unanimement donné un accord de principe pour une concession avec péages, ce n'est pas le cas en Saône-et-Loire où les maires et députés de gauche promettent d'animer le débat.

Ils refusent que la desserte des principaux pôles économiques de Saône-et-Loire : Chalon-sur-Saône, Montceau, Le Creusot et Mâcon (via les routes nationales 70 et 79), devienne payante.

D'un linéaire de 240 km, cette route transversale est progressivement mise à deux fois deux voies depuis une vingtaine d'années. Mais seulement un tiers est aménagé aujourd'hui.

Le prochain chantier concernera le raccordement au péage Chalon Sud de l'A6. Pas moins de trois échangeurs seront construits sur 2 kilomètres, à partir du second semestre 2011. Coût total : une soixantaine de millions d'euros.

Les sections non encore réalisées sont parmi les plus meurtrières de Bourgogne : 134 accidents graves entre 2005 et 2009, causant la mort de 69 personnes.

Le trafic y est dense : 12 000 véhicules par jour entre Paray-le-Monial et Mâcon, 18 000 entre Ciry-le-Noble et Chalon-sur-Saône. Entre un quart et un tiers sont des poids lourds.

Proposée par l'État, la concession autoroutière aurait l'avantage d'accélérer la mise à deux fois deux fois sur l'ensemble de l'itinéraire, dont le coût est de l'ordre du milliard d'euros.

Présidée par Jean-Claude Lagrange, président de la communauté urbaine Le Creusot-Montceau, l'ADRCEA 71 s'oppose à l'instauration de six péages qui pénaliseraient les allers et venues domicile-travail.

Elle déplore «le chantage implicite qui va sous-tendre ce débat public : concession ou pas de mise à 2x2 voies». Une pétition a réuni 15 000 signataires.

Partisan du projet de concession, Jean-Marc Nesme, le député-maire (UMP) de Paray-le-Monial annonce une possible mise en service à l'horizon 2018.

À mi-chemin du débat public, Claude Brévan, présidente de la Commission particulière du débat public RCEA fait un premier bilan des 6 premières réunions publiques. Extraits du rapport d'étape : «L’opportunité du projet  est largement partagée, mais des désaccords profonds résident sur les moyens de le réaliser. La mise à 2X2 voies est remise en cause de façon très minoritaire, mais étayée par la possibilité de recourir à des moyens moins coûteux pour améliorer la sécurité. L’opportunité de passer au statut autoroutier avec concession de l’ouvrage fait, elle, polémique. Les positions vont d’une contestation globale à une adhésion sans réserve, en passant le plus souvent, par un accord sous conditions. Les opposants parlent de «privation d'un service public aux profits d'intérêts privés», argument renforcé par une éventuelle subvention d'équilibre de l'État de 350 millions d'€ . Ils contestent le coût des péages avec la crainte d'un report massif sur le réseau départemental inadapté et s'inquiètent des  nuisances liées à une circulation à 130 km/h. Les adhérents au projet ne manifestent aucun enthousiasme à la concession, mais le principe de réalité prévaut, compte tenu des retards constamment pris par rapport aux engagements initiaux. Les conditions portent sur la tarification, l'accès à l'ouvrage et la réalisation d'aires de stationnements pour les poids lourds L'expertise juridique présentée par M. Chabanol, conseiller d'État honoraire, montre des risques sans conclure à l'illégalité de la concession. Il semble impossible légalement d'exonérer totalement de péages les riverains de la RCEA pour leurs déplacements quotidiens, au nom d'un manque d'équité des usagers. En revanche, des abonnements préférentiels sont possibles. L'avis des élus et institutionnels : Les deux conseils généraux concernés, la Saône-et-Loire et l'Allier ont adopté des positions opposées. Le premier rejette radicalement le principe d'une concession. Le second accepte la concession sous conditions : gratuité pour les échanges locaux, intégration de l'échangeur RN7/RCEA dans la concession. Le conseil régional de Bourgogne exprime sa totale hostilité. La majorité des parlementaires des deux départements sont favorables. Les CCI considèrent la concession comme seul  moyen d'une réalisation rapide. Très présents à toutes les réunions, les particuliers s'inquiètent principalement du prix du péage et du report de la circulation des poids-lourds sur les routes départementales. Les deux associations spécialement créées pour le projet ont une attitude opposée : accord sur le principe pour l'ARCEA avec des péages gratuits pour les circulations locales, rejet de la part de l'ADRCEA qui rassemble de nombreuses communes de Saône-et-Loire.»

www.debatpublic-rcea.org

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Xavier Chevallierdit :

    Thème passionnant et délicat ! Je suis perplexe. D'un côté on a l'exemple de la Bretagne qui a pu progressivement se bâtir un réseau qui fonctionne très bien sans péage, avec notamment la mise en service, il y a quelque-temps, de l'autoroute des estuaires au nord. D'un autre côté, cet axe RCEA aura une vocation de transit que n'ont pas les axes bretons. Si un système de péage défavoriserait les riverains au premier abord, ne serait-ce pas un moyen de "profiter" du grand transit ? En effet, ce sont les poids-lourds qui paient le plus cher et les routiers ne s'arrêteront plus autant dans les communes bourguignonnes qu'avant ! A suivre...

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