L’entreprise Douze Cycles à Longvic en périphérie de Dijon (Côte-d’Or), connue pour ses vélos électriques de type cargo, a signé un contrat avec la marque japonaise pour vendre des vélos rallongés (longtails) en concession automobile. Elle se développe dans le contexte de croissance du marché des vélos à assistance électrique.


ARTICLE DÉJÀ PUBLIÉ LE 2 AVRIL 2024.
Une voiture ou un vélo cargo ? Douze Cycles permet aux concessionnaires Toyota de poser cette question a priori surprenante à leurs clients et prospects. Ceci, grâce au contrat en cours de la PME de Côte-d'Or avec le grand constructeur japonais pour commercialiser, par son canal de ventes, des vélos longtails, cette version allongée à l’arrière qui permet de transporter deux enfants assis sur un siège. Le marché porte sur 5.500 exemplaires pour la période 2022-2025.

Cette gamme diffère quelque peu de celles produites habituellement par Douze Cycles. Ce vélo cargo dédié de couleur rouge, dénommé Verso, possède un moteur Yamaha, alors que les cycles Hêta en marque propre de la PME dijonnaise sont propulsés par des moteurs de marque Shimano, un autre fournisseur nippon. Imaginé après le Covid, ce partenariat s’avère très porteur pour l’entreprise, souligne son dirigeant et fondateur Thomas Coulbeaut. « Il est ainsi possible d’acheter un vélo de la même façon qu’on peut acquérir une Yaris ou un véhicule utilitaire. Ce montage offre à Toyota un complément de gamme. »

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Douze Cycles conçoit et assemble ses nouveaux vélos cargos dans deux ateliers de Longvic où elle a installé la majeure partie de ses capacités de production pour gagner en place. La société au chiffre d’affaires de 11 millions d’euros l’an dernier conserve son siège à Ladoix-Serrigny (Côte-d'Or), la commune où elle s'est créée, fin 2012. Elle est particulièrement connue pour ses vélos biporteurs, conçus avec une structure pour le transport de fret volumineux ou de personnes. Les enfants en sont particulièrement friands.

L’histoire personnelle du dirigeant ramène, hasard des choses, en partie à l’empire du soleil levant. Thomas Coulbeaut exerçait le métier de designer industriel sur des prototypes d’instruments de musique et l'électronique pour Yamaha au Japon, lorsqu’en 2011, il a remporté le premier prix du concours de Copenhague, lancé pour imaginer un vélo électrique en libre-service. Lors de la remise, il se rend dans la capitale danoise, où il découvre des types différents de vélos cargos. Il imagine alors son premier exemplaire, qui marquera le début de l'aventure industrielle Douze Cycles. Le modèle sera produit à 100 unités avant que bien d’autres lui emboîtent le pas.

 

Une entreprise embarquée avec Peugeot/Stellantis

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Dans l'atelier de Douze Cycles, un modèle biporteur produit en France. A droite : un opérateur en serre les vis de tension des câbles.
© Sabrina Dolidze

 

Peu de temps après Toyota, Douze Cycles a conclu un autre contrat, avec Beweel, une société chargée de commercialiser des vélos Peugeot de type cargo, pour un volume de 700 longtails. Mais ce partenaire a été placé en liquidation judiciaire ce début 2024. La PME côte-d'orienne doit gérer désormais directement la distribution et la commercialisation de la marque Peugeot. Malgré cet imprévu, l’expérience l’amène à franchir un pas supplémentaire auprès des géants de l’industrie automobile comme Stellantis, en vue d’apporter sa contribution à la mobilité douce.

Le fabricant évolue sur un marché porteur pour l’instant. Plus de 5,5 millions de vélos à assistance électrique ont été vendus en France en 2022 pour une valeur totale de 21,3 milliards d’euros, en hausse de 7,4% sur un an. Tout comme ses homologues, Douze Cycles a connu une forte croissance de son activité ces dernières années, dans le contexte où les vélos cargos ont été présentés comme une solution d’évasion pour les familles. L'emploi a suivi la cadence : les effectifs sont passés de 20 collaborateurs en 2020 à 54 aujourd’hui.

 

Une production relocalisée pour répondre à l’explosion des ventes 

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A gauche : un salarié assemble un vélo cargo "Verso" spécifiquement conçu pour la marque Toyota, avec un moteur Yamaha. A droite : installation de la chaîne d'un vélo Peugeot dans les ateliers de Douze Cycles qui a repris la distribution des modèles de cette marque suite à la liquidation du partenaire commercialisateur en début d'année. © Sabrina Dolidze


La filière s’est tellement emballée qu’elle a dû faire face à des ruptures de stocks, accentuées par la crise des semi-conducteurs. L’entreprise produisait ses cadres de vélo à Taïwan et les durées d’acheminement étaient devenues trop longues face à l’explosion du marché. Il fallait trouver une autre solution. Douze Cycles a alors dressé un état des lieux de son activité, accompagné par l’Ademe et le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), en vue de ramener la production en France. De cette démarche est née le projet Hêta sur les biporteurs : « nous avons travaillé une manière complètement différente de confectionner un vélo. Nous avons dessiné son cadre en fonction du process industriel et de ses contraintes »., expose Thomas Coulbeaut.

Alors que les cadres des bimoteurs étaient précédemment fabriqués avec des tubes coupés, le modèle Hêta donne naissance à des pièces de fonderie en aluminium moulé. Il génère un petit écosystème autour de lui. Environ 12 entreprises locales - coïncidence, le même chiffre que celui inscrit dans le nom de l’entreprise -contribuent dorénavant à sa production. Le cadre en alu recyclé est fabriqué dans la fonderie SAB de Montmerle-sur-Saône dans l’Ain, tandis que Protoform à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) approvisionne les pièces en plastique à partir de produits recyclés, et que l'entreprise adaptée Promut à Dijon subvient aux besoins en bois ou en matière textile. Concernant le modèle des longtails, le cadre est, quant à lui, produit au Portugal.

 

De nombreuses collectivités séduites

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Thomas Coulbeaut, fondateur en 2012 et dirigeant de l'entreprise Douze Cycles, a débuté l'aventure industrielle de la PME après avoir remporté un concours de conception de vélos en libre-service. © Sabrina Dolidze


Douze Cycles travaille avec une vingtaine de collectivités. Ainsi, Ile-de-France Mobilités lui a acheté 800 biporteurs et longtails pour son dispositif Véligo qui propose des vélos à assistance électrique en location moyenne durée. Les collectivités de Brest et Vannes en Bretagne, Besançon ou encore Reims ont elles aussi été convaincues.

À l’heure où la politique de la mobilité douce se dessine progressivement, Douze Cycles est au rendez-vous des nouvelles échéances, issues notamment de la règlementation. Le 4 octobre 2023, la commission des transports du Parlement européen a adopté une stratégie du vélo à l’échelle de l’Union européenne déclinée, en huit axes et 36 engagements. On peut supposer que ces avancées procureront des perspectives de production croissantes pour l’entreprise. Même si le marché, qui s’est un peu affolé au moment du Covid, a tendance dorénavant à stagner. 

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