ENERGIE/BOURGOGNE. Le chantier du gazoduc du Val de Saône met en oeuvre une technique de forage rarement utilisée, car coûteuse, pour franchir le canal de Bourgogne, au nord-est de la Côte-d’Or. En travaux depuis mars 2017, ce projet de GRTgaz doit être achevé pour le 1er novembre 2018, Visite en images avec l’interclubs Saône, un club de chef d’entreprises animé par la CCI Côte-d’Or.
Ces longs tubes blancs posés sur une digue de cailloux en plein champ, sur la commune d’Aiserey, au nord-est de la Côte-d’Or, sont destinés à franchir le canal de Bourgogne en passant sous son lit. GRTgaz, maître d’ouvrage du gazoduc du Val de Saône, une infrastructure de 188 km qui remplace l'ancien gazoduc entre Etrez (Ain) et Voisines (Haute-Marne), met en oeuvre une technique qualifiée d’exceptionnelle par le maître d’ouvrage : le “Direct Pipe” (littéralement guidage d'une conduite). Cette technologie permet de forer le sol et de poser simultanément la canalisation : accrochée à une tête de forage, celle-ci est poussée à l'intérieur de la galerie.
« Il y a 10 ans on n’envisageait pas ce type de creusement ; on faisait du forage dirigé ou on utilisait un tunnelier », a expliqué Rodolphe Libosvar, le directeur de projet du gazoduc Val de Saône, lors d’une visite de chantier, vendredi 22 septembre à l’initiative de l’interclubs Saône, un club de chef d’entreprises animé par la CCI Côte-d’Or. Les autres techniques de forage connues ont été utilisées ailleurs sur le parcours. Le lit de la Seille (Saône-et-Loire) a été franchi avec la technique du forage dirigé - on creuse une galerie puis dans un secoond temps, on pousse la canalisation à l'intérieur ; le passage sous la Saône et le Doubs a été creusé par un tunnelier - un engin qui grignote le sol -.
Pour franchir les 400 mètres du canal de Bourgogne, le “Direct Pipe" s’est révélé la solution la plus fiable à cause de la courbure de la canalisation et de la nature du terrain, fait de graviers et d’argiles. La technologie permet également du gagner du temps, puis le creusement et l'installation de la canalisation se sont simultanément.
La tête de forage (partie rouillée) guide la canalisation (partie blanche) formée de 11 tubes soudés entre eux sur place. L’avancement sous terre, à une profondeur de 8 mètres sous le lit du canal, est facilitée par l’injection de boues de forage qui sont du bentonite liquide et le guidage d'une machine baptisée truster.
En amont de la tête de guidage, les mâchoires du truster, appréhendent la canalisation et la pousse sur la zone de lancement, à l'orée du tunnel qui passera sous le lit du canal. Deux verrins hydrauliques la font avancer à une vitesse à peine perceptible à l’oeil nu, de 5 tours par minute. La canalisation s’enfonce de 2 à 5 cm par minute en fonction de la dureté du sous-sol. Il faudra 2 à 3 semaines pour étirer cette section de 450 mètres.
La boue de forage circule dans un double circuit de tuyaux de plus petit diamètre insérés à l’intérieur de la canalisation. Au fur et à mesure, les sédiments retirés sont évacués dans le sens inverse.
L’injection du bentonite sous pression permet de bien aligner le tube dans le sol pour lui faire suivre la bonne trajectoire.
Les boues et les matériaux extraits sont renvoyés dans une station qui sépare les argiles et les graviers, ensuite recyclés.
La canalisation a été hissée sur un “dos de chat” avec 8 grues de 250 tonnes. Au premier plan, le 2ème tronçon de canalisation, de même longueur (450 m) est soudé sur place par une machine. Chaque tronçon est formé de 11 tubes soudés entre eux et pèse 184 tonnes. Les tubes ont la couleur blanche d'un revêtement en polypropylène, très épais (10 millimètres) pour garantir une protection à la corrosion. Les parties soudées sont protégées d'une couche encore plus épaisse du même revêtement, appliquée à chaud pour assurer une étanchéité totale.
Ici, sur un autre tronçon du gazoduc - région de Binges/Mirebeau (Côte-d'Or), les tubes en acier d’un diamètre de 1200 millimètres sont posés dans une tranchée à 1,20 m de la surface, et soudés les uns aux autres par des soudeurs qui travaillent au fond de la tranchée.
En dehors des franchissements souterrains, les canalisations sont revêtues d’un revêtement noir en polyéthylène. L’intérieur est protégé d’une peinture expoxy pour éviter la corrosion et réduire la rugosité de la surface qui pourrait entrainer une perte de pression du gaz.
Le gazoduc du Val de Saône en chiffres
- 188 km d’Etrez (Ain) à Voisines (Haute-Marne) en passant par la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or. - Coût des travaux : environ 700 millions d’€ - Démarrage: mars 2017 - Mise en service : 1er novembre 2018 - 5 lots de travaux réalisés simultanément par le français Spiecapag (Vinci) associé au néerlandais A.Hak sur le tronçon nord (43 km) ; les allemands Max Streicher et PPS ainsi que A.Hak sur le tronçon médian de 66 km (2 lots) et le duo franc-belge Spac et Denys pour la partie sud (75 km), également en 2 lots.
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