Deux cas se présentent parmi les entreprises qui continuent leur activité, lorsqu’elles ne sont pas considérées comme vitales aux besoins de la population, comme l’agro-alimentaire. Soit elles font partie d’une chaîne à ne pas interrompre, soit elles relèvent de la volonté de la direction d’honorer les commandes en cours. Pour ces dernières, les syndicats restent mobilisés pour qu'elles fassent marche arrière.


• Le centre mondial de pièces détachées du groupe PSA à Vesoul poursuit au ralenti


Chez PSA, on travaille ! Non pas dans les usines de montage de Sochaux et Mulhouse en sommeil depuis le 16 mars (*), mais à Vesoul (Haute-Saône), siège du centre mondial de pièces détachées du groupe. Servir des zones moins touchées de la planète et, surtout, garantir la réparation des véhicules notamment ceux de personnels soignants justifient la poursuite d’activité. Toutefois, la cadence se ralentit de jour en jour. Le site tourne à 40 % de sa capacité désormais selon la direction, qui fait état d’un effectif proportionnel se rendant chaque jour sur place pour travailler : un peu plus de 1.000 personnes se rendent sur un total habituel de 2.800, composés de salariés de PSA, de prestataires et d’intérimaires.
Les syndicats avancent un taux d’activité inférieur. Il se concentre largement dans la partie logistique pour les pièces détachées, alors que les secteurs fournisseurs des voitures neuves, équipements internes et pièces pour les véhicules hybrides rechargeables, ont cessé leur activité très rapidement. Les quelque 200 salariés qui les emploient sont au chômage partiel.
Selon les syndicats FO et CFTC, toutefois, l’absentéisme a grimpé à 30 %, ce qui crée des entorses à la règle fixée du volontariat en cette période exceptionnelle. Tel n’est pas le cas, avance de son côté la direction, qui évalue le taux d’absences « entre 20 et 25 % ». Mathieu Noyer

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• Les services études et R&D de PSA dans le Doubs pas tous en télétravail


À Sochaux même, tous les bureaux ne sont pas vides, puisqu’une part d’activité est maintenue dans les services études et R&D répartis entre l’usine et le site voisin de Belchamp. Elle est exercée en télétravail ou sur place par environ 200 personnes.
Celles-ci bénéficient depuis vendredi de mesures de protection qui ont été appliquées progressivement à Vesoul depuis lundi dernier : distribution de deux masques par tournée (et deux autres en cas de covoiturage), marquages au sol pour respecter la distance de sécurité d’un mètre notamment à la cafétéria, prise de la température chez soi avec présentation du résultat en usine, nettoyage des postes de travail toutes les heures, etc.
Ces dispositions inspirent le protocole préparé par le groupe PSA pour le retour au travail dans les usines (*). Les syndicats estiment qu’il est encore urgent d’attendre. Mathieu Noyer

(*) Le groupe PSA envisageait en fin de semaine dernière de rouvrir certaines usines de boîtes de vitesse et de moteurs dans le nord de la France et la région parisienne.

 

BPBFC


• General Electric à Belfort a repris malgré la contestation des syndicats

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© Genral Electric fabrique des turbines pour les centrales électriques : la direction fait valoir que l'énergie est un secteur vital. © GE

Les sites de General Electric de Belfort et de Bourogne, dans le Territoire de Belfort, qui fabrique des turbines pour les centrales électriques, ont repris leur activité le lundi 23 mars, mais non sans mal. L'activité avait été suspendue le mardi précédant, après que quelque 250 salariés aient exercé un « droit de retrait », jugeant que leur santé était mise en danger.
Une centaine de salariés étaient présents dans les ateliers ce jour-là, cependant, l'après-midi même, le CSE (comité social d’entreprise) a adopté à l'unanimité un « délit d'entrave » ouvrant ainsi la possibilité aux syndicats d'ester en justice. « Nous sommes au cœur de la crise sanitaire et on n’a pas encore atteint le pic, dénonçait lundi dernier Philippe Petitcolin, responsable de l'intersyndicale CFE-CGC, Sud - CGT à LeTrois.info, « et on nous dit que pour sauver des vies, il faut rester à la maison. » Le responsable syndical s’étonne surtout que la direction se pose la question de la poursuite d’activité alors qu’il y a « des cas de malades avérés dans l’entreprise. »
Depuis le début de cette semaine, la prise de poste se fait à nouveau par équipes, soit 100 à 120 personnes (une vingtaine de plus que la semaine dernière). Le responsable syndical concède que les arrivées des salariés ont été échelonnées, qu'ils bénéficient de gants, voire de masques si nécessaire, et qu'ils travaillent dans des zones séparées. « Mais le risque n'est pas nul, tempère-t-il. Et surtout, rien de ce qui est produit n'est essentiel à la nation : aucune centrale ne risque d'être à l'arrêt. On nous dit que c'est possible à travers le monde, mais on ne nous apporte aucune preuve tangible. »
Selon le responsable de l'intersyndicale CFE-CGC-Sud, la Direccte de Bourgogne-Franche-Comté a demandé à la direction des précisions sur les mesures mises en place et de produire un registre des risques professionnels actualisé pour faire face au risque du covid-19.
La CGT conteste aussi la reprise de l'activité : sur sa page Facebook, elle publie un tract dans lequel elle réclame « un confinement pendant 15 jours et la fermeture de tous les sites, sauf production vitale, la prise en charge de l'intégralité des salaires, des mesures strictes de sécurité pour les salariés qui seraient amené à travailler pour des productions vitales. »
Sollicitée, la direction de General Electric à Belfort n'a pas souhaité répondre à nos questions sur ce sujet. Pierre-Yves Ratti

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• Gemdoubs, une organisation comme en période de vacances

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La papeterie de Novillars poursuit son activité avec la quasi totalité de son personnel pour approvisionner les fabricants d’emballages, à 70% fournisseurs des industries alimentaires ou pharmaceutiques. © Laurent Cheviet

Quelques jours après le début du confinement, Laurent Grenier, le directeur général de Gemdoubs, la papeterie de Novillars, avait reçu un courrier du préfet lui indiquant que son entreprise était considérée comme indispensable à la vie de la nation. « Même si on ne se compare pas aux infirmières ou aux médecins, nous avons une activité nécessaire. Nous sommes en effet indispensables aux chaînes agroalimentaire et sanitaire », explique-t-il. « Nous recyclons du papier que nos clients transforment en carton ondulé pour l’emballage, à 70% pour des activités alimentaires ou pharmaceutiques. Notre carnet de commandes est toujours plein, puisque ces secteurs en hausse compensent les baisses dans l’industrie automobile. »
Chez Gemdoubs, pas de chômage partiel et 60 des 70 salariés sont à leur poste – seules manquent les personnes à risque ou celles devant garder leurs enfants. La production, toujours sept jours sur sept, est réorganisée en quatre équipes (contre cinq habituellement), comme en période de vacances, pour s’adapter à l’effectif. Et le nombre de vestiaires est passé de un à quatre (un par équipe), pour éviter les croisements et donc les contaminations. « Le message général est : toute personne à risque ou présentant des symptômes doit rester à la maison », poursuit le dirigeant.
« On est aussi passé à un ménage deux fois par jour, et chacun désinfecte son poste de travail à l’arrivée. » Le matin, le partage de croissants n’est plus à l’ordre du jour et chacun a sa propre tasse à café. Un point est fait quotidiennement pour s’adapter au contexte « et il y a désormais une bonne compréhension du personnel, c’est important. » Monique Clémens

 

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• Reprise de l’activité d’ArcelorMittal à Florange

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ArcelorMittal à Florange avait arrêté son activité pendant une semaine, au début du confinement. En photo : L’atelier de galvanisation. © Philippe Bohlinger

Le premier sidérurgiste mondial a engagé mercredi 25 mars une reprise progressive de l’activité sur son site de Florange, en Moselle. Le redémarrage des installations qui emploient 2.500 salariés, intervient après une semaine complète d’arrêt. Cette période a été mise à profit pour former les personnels d’encadrement à l’application du mode opératoire défini au niveau du groupe, afin de limiter l’exposition au coronavirus, indique la direction de l’établissement de Florange.
Unique exception à la règle, une centaine de salariés de la cokerie de Serémange-Erzange avait continué à travailler, les fours ne pouvant être arrêtés sans dommages irréversibles.
La demande en produits plats fabriqués par l’aciériste en Moselle (aciers pour l’automobile, l’emballage et la construction) demeurerait certes à un niveau plus faible qu’avant la crise, mais « ArcelorMittal adapte sa production aux besoins de [ses] clients qui évoluent de manière changeante », pointe un porte-parole de la direction. PSA a en effet annoncé vendredi dernier envisager une reprise de son activité en Europe.
Outre la nécessité de conserver ses positions sur ses marchés, la direction doit composer avec une forte pression des organisations syndicales qui ont majoritairement refusé le 24 mars, lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire, la levée du « danger grave et imminent » déposé par la CGT qui estime que les protections mises en place pour les salariés ne sont pas à la hauteur. La direction départementale du travail de Moselle, saisie pour arbitrer ce désaccord, invite ArcelorMittal Florange « à la plus grande prudence quant à une reprise trop rapide de l’activité de production. » Philippe Bohlinger

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