Dans l’usine ex-Jacob-Delafon de Damparis dans le Jura, l’activité avait été suspendue en mars 2022 afin de préserver la trésorerie de la jeune filiale du groupe lorrain Kramer. Depuis début décembre, les 58 salariés ont réintégré leurs postes et lancé les premières productions pour répondre à la demande de céramique sanitaire de fabrication française.
Restée silencieuse pendant près de neuf mois, l’usine de Belvoye à Damparis, l’un des plus anciens sites industriels du Jura, reprend vie. Début décembre, les agents de production ont regagné leurs ateliers et remis en route les machines pour fabriquer les premiers éléments sanitaires – vasques, toilettes, receveurs de douche – qui seront vendus à partir de ce mois de janvier par la Jurassienne de Céramique Française.
Début mars 2022, le groupe de robinetterie Kramer, qui avait concrétisé quelques mois plus tôt le sauvetage du site (Lire notre article ici), annonçait « la mise en sommeil jusqu’à nouvel ordre » de sa nouvelle filiale. De quoi alimenter les craintes quant à la survie même du tout jeune projet. Cependant, Manuel Rodriguez, le président-fondateur de la PME lorraine (180 salariés, chiffre d’affaires annuel de 30 millions d’€) affirme n’avoir pas douté une seule seconde. « Je n’ai jamais imaginé qu’on allait fermer, assure-t-il aujourd’hui. La décision de mars dernier était la meilleure pour protéger l’emploi et la trésorerie de la société. »
A ce moment-là, l’usine située en périphérie de Dole était prête à lancer, quelques semaines plus tard, la fabrication de ses six premiers produits. Mais avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les cours du gaz se sont affolés, multipliant par dix la facture énergétique de Jurassienne de Céramique Française. « Le prévisionnel sur ce poste nous faisait passer de 400.000 € à 4 millions d’€ sur l’année, détaille Manuel Rodriguez. La production n’aurait pas été suffisante pour amortir des charges aussi exorbitantes. Au lieu de démarrer en mars-avril, nous avons dit à nos clients que la livraison serait reportée d’au moins six mois. »
Un tiers d'économies d’énergies trouvé

Le personnel de production, soit trois-quarts de l’effectif, est alors placé en chômage partiel. Seuls continuent de travailler les salariés en charge du développement des produits et les agents de maintenance. Les premiers profitent de cette période pour concevoir et mettre au point une trentaine de modèles supplémentaires.
Et les seconds font « la chasse au gaspi » ; ils mesurent toutes les consommations de cette immense usine de 60.000 m2 à l’activité en outre particulièrement énergivore. Outre les fours et les séchoirs, le travail de la céramique nécessite en effet une température élevée dans les ateliers pour maintenir la barbotine (*) à l’état liquide.
« Auparavant, l’usine était chauffée entièrement, explique le président de Kramer. Grâce aux relevés effectués, nous avons pu définir des zones de production prioritaires et identifier huit « boucles de chauffe » indépendantes. » A la clé : des économies d’énergie de l’ordre de 35 %.
Un haut niveau de commandes

Le 1er décembre dernier, les 58 salariés ont pu « rallumer les lumières » pour une reprise encore partielle. « Nous avons abandonné l’idée que les prix allaient baisser à court terme, mais on n’est plus dans les délires de février-mars, justifie Manuel Rodriguez. Ce n’est pas encore la panacée. Notre visibilité est toutefois suffisante pour permettre à tout le monde de participer à l’effort. »
Malgré la mise sur pause prolongée de son outil industriel, la seule entreprise qui conçoit et fabrique encore des céramiques sanitaires en France engrange les commandes : 90.000 pièces, selon le dirigeant, soit « l’équivalent de ce que Jacob-Delafon produisait en 2019 avec 150 salariés. »
Pour ce démarrage, la société se concentre sur des produits de moyenne gamme, commercialisés via des réseaux de distribution professionnelle. Les vasques et toilettes haut de gamme seront développés dans un second tempsn sous la marque Horus, le nom de la filiale alsacienne de Kramer dédiée à la robinetterie de luxe. À condition que Jurassienne de Céramique Française devienne rentable. « Si nous n’avions pas pris la décision de suspendre l’activité, nous n’aurions pas tenu six mois. Là, on devrait passer l’exercice 2023 », espère Manuel Rodriguez.

Manuel Rodriguez s’inquiète des conséquences à venir de la crise énergétique.
Pourtant grosse consommatrice de gaz et d’électricité, la Jurassienne de Céramique Française n’est pas éligible au dispositif de soutien de l’État. L’aide est calculée à partir des consommations et du chiffre d’affaires de 2021, or la société a été créée en septembre de cette même année. Le président du groupe Kramer basé à Etain, dans la Meuse, s’inquiète de l’absence de solution à court terme pour faire face à une situation qui semble intenable. Les entreprises ne pourront plus continuer à enregistrer une inflation aussi importante de leurs coûts de production, impossible à répercuter dans les mêmes proportions sur leurs prix de vente. « Attendons-nous à une véritable hécatombe en janvier-février, alerte Manuel Rodriguez. À long terme, l’industrie française va se casser la figure et j’ai l’impression que personne ne s’en rend vraiment compte. »
(*) Enduit de ciment qui sert à assurer l'assemblage de deux couches d'enduits ou le collage de céramique
Photos fournies par l'entreprise.









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