Héritier de la grande tradition de la tabletterie dans le Jura, l’entreprise Marotte, dirigée par les descendants de son créateur en 1933, aura investi 5 millions d’€ sur son site de Passenans, pour y agrandir, restructurer et verdir ses installations.
Préfet, députée, élus locaux… il ne manquait personne, le 23 juin dernier, à Passenans, petit village du département du Jura situé entre Lons-le-Saunier et Poligny, pour célébrer les 90 ans de Marotte et inaugurer les dernières installations de l’entreprise. Sous l’impulsion de ses actuels dirigeants, Damien et Xavier Marotte, troisième génération à la tête de l’affaire familiale, la PME a bien grandi : depuis leur arrivée en 2011, son chiffre d'affaires été multiplié par deux pour atteindre 5,5 millions d’€ annuellement, dont 25 à 30 % à l’export.
La progression vient valider la stratégie déployée pendant les années 2010 pour diversifier les débouchés de la production maison : les coffrets en bois. « Nous sommes héritiers de la grande tradition jurassienne de la tabletterie, raconte Damien Marotte. Notre père, qui avait repris l’entreprise en 1976, l’a spécialisée dans le coffret pour l’industrie du tabac, qui nécessitait la production de gros volumes. Depuis notre arrivée, nous nous sommes plutôt redéployés sur le coffret haut-de-gamme. »
Les boîtes à cigares ne pèsent plus que 4 % du chiffre d’affaires. Les secteurs des vins et des spiritueux, du parfum, des jouets, de la joaillerie voire de la gastronomie constituent aujourd’hui les principaux clients de Marotte. D’élégants coffrets destinés à recueillir de belles bouteilles de champagne ou des bijoux sont exposés dans les bureaux ; d'autres partent régulièrement du côté de Cognac ou dans les distilleries antillaises ; des chocolatiers commencent aussi à s’intéresser fortement à ces emballages hautement qualitatifs.
Face à la hausse de l’activité, l’entreprise a dû pousser les murs. Le bâtiment historique, bien qu'agrandi au fil des années jusqu'à 2.400 m2, ne suffisait plus à suivre tous les besoins. Une nouvelle construction de 2.600 m2 a été érigée juste à côté, qui répond quant à elle pleinement aux normes exigées pour un bâtiment industriel dans le secteur du bois – il est doté notamment des équipements de sécurité anti-incendie indispensables, notamment des caméras thermiques capables de détecter tout départ de feu.
De nouveaux matériels ont été acquis par la même occasion, dont une machine d’usinage cinq axes. Mais surtout, les deux frères ont souhaité investir pour l’environnement. « Nous avons développé l’éco-conception sur la totalité de nos produits : nous optimisons nos process de sorte à réduire les pertes de matière première et nous réduisons au maximum les intrants chimiques », détaille Damien Marotte. C'est ainsi que la dernière machine de peinture acquise permet de réduire de 70 à 5 litres par jour le volume de solvants nécessaire.

en bonne partie vers des marchés premium. © Marotte
En reprenant les recettes du grand-père fondateur, la cellule R&D a redonné vie à des vernis issus entièrement de biomasse, à base d’alcool et de cires naturelles. Autre investissement : une chaudière biomasse remplace l'équipement de chauffage datant des années 1990. Les filtres dont elle est dotée aboutissent à un niveau de rejet de particules dans l’atmosphère dix fois inférieur aux normes en vigueur.
Pour l’ensemble de ces investissements, Marotte aura engagé 5 millions d’€, dont 20 % couverts par des aides de l’État (800.000 € au titre de France Relance), de la région Bourgogne-Franche-Comté, de l’Ademe et de l’Union européenne.
Et la PME n'en a pas fini avec ses développements. Son prochain projet consistera à restructurer le bâtiment historique, resté dans son jus, en l’agrandissant, de sorte à porter la superficie couverte totale du site à 6.000 m2. « Nous souhaitons développer la production de petits composants en bois, un marché porteur », précise Damien Marotte.
Reconstruire une filière de formation

Mais dans cette entreprise en mutation, l’essentiel subsiste : la fabrication ddans la grande tradition locale, à partir de bois locaux quasi-exclusivement (épicéa du Jura, hêtre, peuplier, chêne...). Seuls les cigariers continuent de demander des essences exotiques, mais Damien Marotte ne perd pas espoir de les faire changer d’avis.
L’entreprise assure elle-même le séchage de ses bois, représentant la consommation de 1.500 à 1.600 mètres cubes par an. « Dans l’objectif de réduire les pertes et d’utiliser au mieux la matière première, nous avons entrepris de convaincre nos clients que les nœuds du bois, autrefois systématiquement refusés, ne devaient pas être rejetés. Ces “défauts” qui n’en sont pas apportent la preuve que la matière s’exprime, ils traduisent la naturalité du bois et donnent aussi de la personnalité au produit fini », argumente Damien Marotte. Le travail de persuasion commence à porter ses fruits.
L’entreprise emploie 48 salariés, et elle recrute régulièrement. La réussite de ces embauches et plus encore la formation aux métiers de la tabletterie, pour lesquels il n’existe plus d’école depuis une quinzaine d’années, constituent un enjeu majeur pour Marotte, qui a monté un partenariat avec le Greta et Pôle emploi afin d'identifier des candidats et les former. Prochain objectif : mettre en place une formation qualifiante. Pour continuer de porter haut la tradition de la tabletterie.
Xavier et Damien Marotte ne se contentent pas de diriger l’entreprise familiale de tabletterie. Ils ont repris Terra Comtix, le 1er janvier dernier, associés à Marc Faiveley. Myriam et Richard Gay avaient créé, en 2009, cette brasserie artisanale de Mamirolle (Doubs), qui produit une bière portant le doux nom gaulois de Trobonix. « Nous avons la volonté de redévelopper cette brasserie franc-comtoise très ancrée dans son territoire, qui produit une bière de copains », exposent les deux frères. Le site employant trois salariés fabrique la mousse à l’ancienne, « comme il y a un siècle. »

















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