L’horloger bisontin est à un moment charnière de son histoire, entre artisanat et PME structurée. Avec deux boutiques à Besançon qui abritent ses ateliers, accessibles au public, il a désormais pignon sur rue pour poursuivre une quête qui lui est chère, la renaissance de l’horlogerie bisontine.


«  Je suis un créateur, me voilà entrepreneur », lance Philippe Lebru. L’horloger bisontin qui a créé la marque de montres Utinam et revisité les horloges comtoises, il y a près de 15 ans ans, est désormais aux manettes d’une petite entreprise de 15 salariés.
Une seconde boutique, Grande Rue à Besançon, face au musée du Temps – dont il a fêté le premier anniversaire mi décembre –, et installée un pas de porte plus loin que la première ouverte en 2015 illustre à merveille le chemin parcouru. Mais aussi, celui qui se dessine devant lui.
« Avec les boutiques, j’ai découvert le B to C, le contact direct avec les clients, des Bisontins qui partagent comme moi la fierté de voir renaître l’horlogerie dans leur ville et d’autres amateurs d’objets, certes beaux mais surtout porteurs de valeurs », raconte Philippe Lebru. Ses montres dont il vient de sortir deux nouveaux modèles pour les fêtes de fin d’année (voir encadré) ne sont pas, selon lui, un marqueur social, mais un bel objet qui raconte une histoire.

Culture industrielle

atelier
Dans l'atelier d'assemblage visible de la rue par une vitrine. © Traces Ecrites
public
Une séance apprenti horloger ouverte au public sur rendez-vous ou par périodes, selon un calendrier. © Traces Ecrites

Sa culture « plus industrielle que marchande » l’a conduit à installer ses ateliers dans les boutiques. Les horlogers travaillent au vu de tout le monde, même depuis la rue. « Comme les horloges comtoises que j’ai déshabillé de leur meuble pour montrer le mouvement, nous jouons la transparence. » C’est selon Philippe Lebru, la meilleure façon de familiariser le public avec un savoir-faire qu’on croyait, il y a encore si peu de temps, complètement perdu localement.
C’est aussi un acte militant, lui que l’on prenait pour un idéaliste lorsque, dans les locaux de l’ancienne friche de la Rhodia, il a commencé son chemin de croix vers la renaissance de l’horlogerie bisontine. « Aujourd’hui, l’horlogerie est en train de renaître, à Besançon, mais aussi un peu partout en France où de jeunes créateurs font un travail formidable ; c’est pourquoi j’héberge leurs créations dans mes boutiques. »

 

BPBFC


Dans cet esprit pédagogique, des ateliers d’une à trois heures, baptisés « Dans la peau d’un horloger », invitent le public à vivre l’expérience d’un apprenti-horloger qui assemble, sous les indications d’un rhabilleur (*) armé de patience et derrière une optique grossissante, les aiguilles d’une montre ou le mécanisme d’une horloge.
Prochaine étape, la vente en ligne qui démarre à peine et surtout l’organisation de l’entreprise. « Nous sommes aujourd’hui à la frontière de l’artisanat et d’une PME qui dépassera le million d’€ de chiffre d’affaires », constate Philippe Lebru. La consolidation financière a déjà réalisée en 2018 avec l’entrée au capital, à hauteur de 10%, de la Chambre française de l’horlogerie.
Sa feuille de route prévoit une structuration de la force commerciale B to B, celle qui distribue ses produits chez les bijoutiers dans une vingtaine de villes en France, et un ajustement de la capacité de production avec les moyens humains. Les quatre horlogers qu’il emploie offrent aujourd’hui un potentiel de fabrication d’une horloge et de dix montres par jour.

Un boîtier en fabrication additive

horlogemontre
À droite : la montre dont le boîtier est fabriqué en impression métallique 3 D. © Utinam ; à gauche : les horloges comtoises revisitées dotées d'un mouvement pendulaire à équilibrage automatique. © Traces Ecrites
Depuis l’invention en 2005 du mouvement pendulaire à équilibrage automatique (le mouvement aligné verticalement égrène le temps par le principe de gravité) qui l’a fait connaître, adapté à une version contemporaine de l’horloge comtoise dont l’ensemble du mécanisme (rues et axes) sont apparents, Philippe Lebru a imposé sa marque de fabrique avec des esthétiques (mouvement apparent) et matériaux inattendus (fragment de météorite en fond de cadran par exemple).
En 2019, il ose utiliser l’impression 3D métallique pour réaliser un boîtier d’un seul tenant. « Cette technologie confère à la pièce les couleurs brutes du métal et des formes curves inédites. »
Pour la fabrication additive, il s’appuie sur le pôle de formation de l’IUMM (l’Union des industries et Métiers de la Métallurgie) du Doubs et l’entreprise Stainless à Dannemarie-sur-Crête, près de Besançon. Les 150 premières pièces de la « Spécimen 01 » étaient destinées au 90ème anniversaire du distributeur d’alliages métalliques. 90 pièces autres ont été vendues et le modèle se décline maintenant en deux autres versions, dont une pour femmes. 
La dernière collection, baptisée Quadripod, aux formes galbées, comprend une série spéciale avec un fond en aventurine, un quartz de l’île de Murano, en Italie. Comme pour la plupart de ses créations, les premières commandes sont réalisées sous forme de souscription.

 

caissedepargnebf

 

lebru
Phiippe Lebru accueille ses invités, le 6 décembre dernier, au 1er anniversaire de sa seconde boutique-atelier à Besançon

lebruhorloge

(*)  Dans les métiers de l’horlogerie, le rhabilleur est celui qui assemble les différentes pièces d’un mouvement ou d’une montre et remet en état les pièces par nettoyage ou soudage.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. philippe Marceaudit :

    Cae fait vraiment plaisir de voir cette société de montres s'en sortir aussi bien et innover de cette façon. Bravo et bonne continuation.

Commentez !

Combien font "8 plus 10" ?