La cueillette de l’arnica des Vosges a été annulée, une demi-surprise pour les laboratoires Lehning et Weleda, dans le Grand Est, très investis dans sa préservation. Si la plante refleurit en 2023, les cueilleurs ne la livreront vraisemblablement plus au site Weleda de Huningue (Haut-Rhin) dont la production de médicaments homéopathiques devrait être arrêtée à cette échéance, a-t-on appris le 4 juillet par les syndicats.


L’arnica des Vosges ne sera pas incorporée cette année aux préparations de Laboratoires Lehning à Sainte-Barbe (Moselle) ni à celles de Weleda à Huningue (Haut-Rhin). Cette espèce connue depuis des millénaires pour ses vertus anti-inflammatoires a peu fleuri cette année sur les chaumes de Hautes-Vosges. La faute à un printemps particulièrement sec.

L’événement apparaît presque anecdotique au regard de l’annonce faite le 4 juillet dernier par Weleda France : la suppression de 127 postes, principalement à Huningue, et la délocalisation en Allemagne d’une ligne de production de médicaments homéopathiques, la seule unité industrielle du site alsacien qui emploie 280 salariés. Ces derniers transforment depuis des décennies la fleur aux pétales jaunes-orangés qui s’épanouit au sommet de tiges de 20 à 30 centimètres de haut.

 


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À 1.180 mètres d’altitude, sur le versant alsacien du massif vosgien, la station du Markstein fournit les trois quarts de la production hexagonale d’arnica sauvage. Afin de préserver la fleur, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, le conseil départemental des Vosges et la trentaine de cueilleurs d’arnica ont décidé cette année d’annuler purement et simplement la récolte.

Cette cueillette se déroule habituellement sur une journée fin juin-début juillet selon les règles strictes de la « convention arnica » signée en 2007 par le parc naturel, les collectivités, les cueilleurs, les agriculteurs et les laboratoires.

« Cela fait quatre ans que l’arnica sauvage fleurit moins. Cette année, nous avions prévu dans un premier temps une récolte limitée à 50 kilogrammes par laboratoire, avant de nous résoudre à l’annuler. Par comparaison, les belles années, un gros labo comme Boiron avait l’autorisation de prélever jusqu’à trois tonnes ! », indique Fabien Dupont, chargé de mission Natura 2000 au Parc naturel régional des Ballons des Vosges.

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L’arnica est très utilisée dans l’homéopathie © Lehning


Les deux laboratoires du Grand Est – Lehning et Weleda – vont devoir reporter leurs approvisionnements sur les fleurs issues de cultures agricoles afin de réaliser leurs « teintures-mères » d’arnica. Cette préparation liquide est obtenue à partir de plantes broyées mises à macérer dans un mélange d’eau et d’alcool sous température et luminosité contrôlées. Un passage en centrifugeuse, puis dans un filtre-cloche complètent le procédé. La teinture-mère est ensuite utilisée comme composant de gels, en solutions buvables ou encore en dilution au dixième ou au centième en homéopathie.

L’arnica refleurira sans doute dans les Hautes-Vosges, mais tel ne sera pas le cas des emplois sur le site alsacien de Weleda, même si le groupe suisse de 2.500 personnes (chiffre d’affaires de 424 millions d’€ en 2020) devrait y maintenir son siège pour la France.

L’arnica demeure en effet une espèce vivace. « Ce n’est pas parce que la plante ne fleurit pas qu’elle a disparu ! En revanche, le changement climatique perturbe sa floraison. Il pourrait y avoir des conséquences à long terme, car la raréfaction des fleurs induit une moins grande production de graines », rappelle Thibault Hingray, botaniste au Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine. À moindre altitude, autour de 800 mètres, l’aire de répartition de cette plante s’est déjà considérablement réduite en raison de l’urbanisation et de l’intensification des pratiques agricoles.

 

Médicaments homéopathiques et baumes

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Surnommée l’or jaune des Vosges, l’arnica entre dans la composition des bien connus gels d’arnica des Laboratoires Lehning. © Lehning


Laboratoires Lehning est engagé depuis de nombreuses années dans la préservation de l’arnica des Vosges. Comme son homologue Weleda, ces dernières années, la PME lorraine de 370 salariés (chiffre d’affaires de 70 millions d’€ en 2021) a diversifié ses approvisionnements en arnica.

La plante surnommée l’or jaune des Vosges entre dans la composition de son gel arnica bio, mais aussi de son produit phare L52, un médicament homéopathique traditionnellement utilisé dans le traitement des états grippaux. « Le marché est toujours dynamique, mais nous avons de plus en plus de difficultés à trouver de l’arnica », analyse Rémi Fondeux, responsable marketing et communication de l’entreprise.

 


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Ses difficultés d’approvisionnement ont conduit Lehning à diversifier ses sources dans d’autres sites naturels comme le massif des Carpates, en Roumanie, « mais aussi à sélectionner de l’arnica de culture ou encore à investir dans la création de milieux favorables à sa réimplantation naturelle avec le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes », complète Rémi Fondeux.

Laboratoires Lehning s’est davantage orienté vers la phytothérapie, les cosmétiques et les compléments alimentaires alors que le site Weleda France était entièrement dévolu au marché de l’homéopathie, un marché bousculé par le déremboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale depuis le 1er janvier 2021.

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