Les fonds de tartes flambées de Gusto Palatino, attendus ces prochains mois, ne sont qu’un petit aspect de la reconversion de l’ancienne base militaire de Drachenbronn, au nord de Strasbourg. La proximité de l’Allemagne et de Wissembourg, destination prisée pour son patrimoine, privilégie un projet touristique. Le « Chemin des cimes » avec sa tour d’observation à 30 mètres de haut au-dessus de la forêt ouvrira au public en avril 2021.


La création de 130 emplois, c’est la promesse que renferme la première phase de la reconversion de la base aérienne de Drachenbronn (Bas-Rhin). Le chiffre reste encore éloigné des 600 emplois directs que le départ des militaires a fait perdre au territoire en 2015, mais il marque le franchissement d’un premier palier, depuis la signature du Contrat de redynamisation de site de Défense (CRSD) intervenue quelques mois après la fermeture de la BA 901.

Ces reconversions viennent pour un quart d’un projet industriel classique, dans l’agro-alimentaire : la future usine de fonds de tartes flambées de l’allemand Gusto Palatino qui s’implantera dans le courant de l’année prochaine et prévoit 30 à 35 embauches.

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Mais le reste est procuré par les loisirs, conformément au scénario recherché par la communauté de communes du Pays de Wissembourg, pour le devenir du site. Le pari semblait osé : implanter un pôle d’attraction touristique à l’extrémité nord de l’Alsace, au milieu de la forêt, sur ce terrain militaire qui avait fonctionné pendant des décennies comme un coin à part.
Mais ce n’était pas si insensé, argumente Serge Strappazon, le président de la communauté de communes : « Notre territoire n’est pas un désert touristique. Limitrophe de l’Allemagne, il est proche de centres de thermalisme, ancré dans les Vosges du Nord, entouré de châteaux-forts, et Wissembourg et son patrimoine constitue une destination prisée », décrit-il.

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La proximité de Wissenbourg, destination très prisée, a pesé dans le choix de la vocation touristique de l'ancienne base militaire. A gauche, la maison du sel © Hans Buch/ Wikimedia Commons ; et l’ancien canal © Stako/ Creative Commons -commons.wikimedia.org

 

L’élu relève aussi, à juste titre, que l’industrie, premier « réflexe » quand on songe reconversion, ne manque pas de fragilités et le territoire de Wissembourg lui-même en connaît des exemples, lui qui a bâti sa prospérité sur des filières de chimie, métallurgie et autre mécanique, alimentées souvent par des filiales de groupes allemands.

Le diagnostic territorial dressé dès 2014 pointait déjà ces enjeux. « Ce qui manquait à notre offre touristique, c’est un équipement structurant, quelque chose pour lequel on viendrait  spécifiquement chez nous, et pas par ricochet. Le trouver a constitué notre priorité », poursuit Serge Strappazon.

Premier équipement du genre de l’allemand EAK en France

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Les hébergements insolites de Glamping Resort, également un investisseur allemand.


La recherche entamée dès la fermeture de la base n’a pas suivi qu’une ligne droite. Un premier projet de « Sphère de la paix » a montré ses limites financières et a été abandonné. Le « Chemin des cimes » (*), au contraire, va à son terme et s’ouvrira au public en avril prochain (si le coronavirus le veut bien).
Il désigne un parcours d’un km en forêt agrémenté d’animations, qui partira d’un parking au niveau de la base pour grimper jusqu’à une tour d’observation à 30 mètres plus haut, offrant une jolie vue sur les montagnes et la plaine vers le Rhin.

L’équipement sera le premier du genre en France. Mais son porteur, l’allemand EAK (Erlebnis Akademie) n’est pas un novice du genre. Il exploite de tels parcours dans une dizaine de sites forestiers et montagneux en Allemagne et en Europe centrale. Englobant un restaurant et un magasin, son projet d’un total de 6 millions d’€ d’investissements créera une trentaine d’emplois. Il a joué un rôle de dynamiseur : une connaissance d’EAK, le sarrois Glamping Resort est arrivé avec un projet complémentaire d’hébergements insolites dans la nature, désignant ce concept en vogue  de « glamping ».

De 60 à 80 de ces bungalows seront ouverts en juin 2021. EAK lui-même a acquis une autre parcelle pour aménager un petit parc d’aventures et un associé du projet Gusto Palatino va également créer une offre d’hébergement touristique, avec une quarantaine de chalets.

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Dans cet ensemble, les fonds de tartes flambées de Gusto Palatino risquaient de faire tache, ou de représenter une incohérence. « Pour l’éviter, nous faisons accompagner cet investissement industriel d’éléments annexes en rapport avec la vocation première de la reconversion », répond Serge Strappazon : un restaurant, un kiosque d’information sur le Parc naturel des Vosges du Nord….

Cette reconversion peut par ailleurs sembler longue à se mettre en place, mais sans l’anticipation dont a su faire preuve l’intercommunalité, elle aurait mis encore plus de temps. Ancien militaire lui-même, Serge Strappazon connaît les fonctionnements de l’Armée… et sa capacité à faire durer le plaisir.
« Je savais que le rachat de la base mettrait des années. Aussi, nous avons commencé par acquérir ce qui gravitait autour d’elle, afin de pouvoir lancer les projets, dont celui du Chemin des cimes. Pour la base elle-même de 17 hectares, nous avons obtenu une autorisation d’occupation temporaire (AOT) ce qui a permis d’engager les premières démolitions et les réaménagements sans attendre la finalisation  finalisation de l’acte de vente. »

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EAK a aménagé une dizaine de sites forestiers et montagneux en Allemagne et en Europe centrale. © EAK


L'acte de vente de terrains doit intervenir en cette fin d’année par un décret. Gusto Palatino s’installera sur 6 hectares à la place d’anciens casernements dont la démolition se termine. Il restera une zone nord à aménager,  pour laquelle la piste des activités touristiques et associées est à nouveau privilégiée.


Un projet remarqué comme un moyen de lutter contre l'artificialisation des sols

Le cas Drachenbronn a attiré l’œil du gouvernement : il fait partie de cinq réhabilitations de friches considérées comme exemplaires par le ministère de la Transition écologique dans une fiche officielle consacrée à la réhabilitation des friches comme moyen de « lutter contre l’artificialisation des sols. »
Au total, la reconversion de la BA 901 a déclenché à ce jour environ 30 millions d’€ d’investissements publics (Etat, région, département, intercommunalité…) et privés.  L’effet de levier est notable, par rapport à l’enveloppe de départ : les 3 millions d’€ du Contrat de redynamisation de site de Défense.  

(*) L’allemand EAK avait tenté d’installer le « Chemin des cimes » en 2017, au Haut-Folin, sommet culminant du Morvan, dans la Nièvre, sous le nom de « Sentier des cimes ». La conjugaison d’une rentabilité incertaine et de la méfiance des habitants face à un tourisme de masse, l’avait fait renoncer.

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