ÉNERGIES RENOUVELABLES. Oubliées de la campagne électorale, les énergies renouvelables ? C'est le sentiment du syndicat professionnel qui ne ménage pourtant pas sa peine pour diffuser ses craintes et ses espoirs aux candidats à l'élection présidentielle.

Son tour de France s'est arrêté mercredi 11 avril à Dijon (Côte-d'Or). Selon Nicolas Ugalde-Lascorz, le délégué régional sud-est du syndicat des énergies renouvelables, un carcan administratif sans cesse renforcé explique le retard de la France dans le domaine.

En particulier dans l'éolien, dont la Bourgogne, veut se faire le porte-drapeau avec le cluster Wind4Future.

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Seule Eva Joly, la candidate d'Europe-Ecologie Les Verts, serait venue en personne écouter le "livre blanc" rédigé par le syndicat - et présenté en février à Paris - pour atteindre les 25% d'énergies renouvelables d'ici 2020. Explication et regret des professionnels : le nucléaire cannibalise le discours de la campagne électorale.

Et pourtant, les énergies renouvelables promises à un "développement durable" avec le Grenelle de l'Environnement, figurent depuis quelques mois à la rubrique des plans sociaux de la presse économique.

Plus discrètes que le dépôt de bilan du fabricant de panneaux solaires Photowatt exploité par la gente politique ou du n° 1 allemand de cellules photovoltaïques Q-Cells, des PME vivent des mésaventures tout aussi réelles.

A Dijon, le fabricant de mâts d’éoliennes Céole (55 salariés) est en redressement judiciaire avec une période d'observation de 6 mois. A Nevers (Nièvre), l'installateur de systèmes photovoltaïques Energia (197 salariés) dégraisse dans l'attente d'un soutien de sa maison-mère, GDF-Suez.

Imputable à la concurrence asiatique dans le solaire, la crise des énergies renouvelables l'est aussi largement aux politiques de restriction budgétaire. A la suppression des aides et autres crédits d'impôt ainsi que la réduction des tarifs de rachat de l'électricité verte, les professionnels de l'éolien y ajoutent des contraintes administratives sans précédent.

Superposées aux schémas régionaux, les zones de développement éolien entraînent des déclarations administratives supplémentaires dont le seul résultat, selon les professionnels, est d'allonger les délais d'instruction.

«Il faut 7 à 8 ans pour faire émerger un parc éolien en France, moitié moins de temps dans les autres pays européens», explique Nicolas Ugalde-Lascorz.

Trop long pour les industriels. «Nous sommes encore en phase d'installation, les investissements ont été menés à leur terme, mais nous attendons aujourd'hui d'y voir plus clair pour poursuivre notre développement», témoigne Stéphane Dejuane, directeur du fabricant allemand de mâts d'éoliennes Siag au Creusot (Saône-et-Loire).

Un exemple de restriction administrative : depuis 2011, l'installation d'une éolienne passe par un dossier ICPE (installations classées pour la protection de l'environnement). De plus, les éoliennes individuelles - que l'on pourrait installer dans une zone industrielle pour alimenter l'ensemble des entreprises - sont désormais interdites.

Un potentiel de plus de 2 milliards d'€

La multiplication des recours ralentit également le développement des parcs éoliens. En Bourgogne, les permis de construire de l'équivalent de 422 mégawatts sont au contentieux. A comparer aux 124 mégawatts accordés. Ou encore aux 91 mégawatts en service, auxquels s'ajouteront les 138 mégawatts des 23 éoliennes en construction à Echalot (Côte-d'Or).

«Les projets aujourd'hui devant les tribunaux en Bourgogne privent les collectivités locales de 4,2 millions d'€ de retombées fiscales annuelles», indique Emmanuel Schuddinck, le secrétaire général du cluster Wind4Future.

Un état des lieux chiffre l'investissement à plus de 2 milliards d'€ et le nombre d'emplois nouveaux à 2500, pour les 1500 mégawatts que la région Bourgogne serait capable d'accueillir d'ici 2020.

Le syndicat des énergies renouvelables suggère comme solution aux recours quasi systématiques, de mieux répartir la distribution des taxes relatives aux installations (notamment l'Ifer, une imposition forfaitaire de 7000 € par mégawatt).

«Seules les communes qui accueillent des éoliennes sur leur territoire devraient profiter de ces retombées fiscales et le montant de l'amende pour recours abusif devrait être relevé», plaide le syndicat.

Pour enfoncer le clou, les professionnels concluent que «le problème n'est pas industriel». Et de citer Areva, Alstom, le CEA «qui consacrent de la R&D aux énergies renouvelables».

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