L’entreprise familiale de construction de petits bateaux de plaisance met en circulation son premier modèle alimenté à l’hydrogène. Lancé à Digoin (Saône-et-Loire) fin avril, il marque pour lui une étape vers un tourisme écologique responsable, déclencheur de plus de liberté de navigation.
Les Canalous sont fidèles au rendez-vous qu’ils avaient fixé sous l’effet des circonstances. Le constructeur bourguignon de bateaux avait subi en 2020 un incendie ravageur. Il avait alors annoncé son intention de rebondir par la mise à l’eau d’un modèle à l’hydrogène. C’est désormais chose faite.
Sorti de son chantier naval de Digoin (Saône-et-Loire) en mars, ce bateau voulant incarner un avenir de moindre énergie fossile a été baptisé le 28 avril dans la même commune, sur le canal du Centre. Il porte le nom de William Grove, l’inventeur britannique de la pile à combustible en 1839. Tout un symbole.
Dans ce modèle de 12 places louable à la journée, un caisson abrite une bouteille d’hydrogène de 150 litres. Le moteur est un composé d’un système hybride électricité-hydrogène, alimenté et rechargé via une pile à combustible fabriquée par l’entreprise H2SYS basée à Belfort.

Dirigeant de l’entreprise familiale des Canalous (chiffre d’affaires annuel de 10 millions d’€, 12 salariés au chantier et 50 pour l’activité de location) fondée par son grand’père René puis dirigée par son père Claude, Alfred Carignant se dit très satisfait de cette première : « L’électrique améliore l’expérience du client. Avec un tel moteur, vous n’avez plus de vibration, d’odeur ni de bruit », relate-t-il. Et effectivement, ce système silencieux permet d’être en harmonie avec la nature.
Jusqu’à deux jours d’autonomie

L’électricité est notamment sollicitée au démarrage du moteur, puis l’énergie se recharge au fil de la navigation. Sans hydrogène, le bateau disposerait d’une autonomie d’une journée, avec lui, celle-ci peut atteindre 2 jours. Suite à cette expérience réussie, les Carignant réfléchissent désormais à la façon d’adapter cette solution à leurs bateaux habitables dans les prochaines années, soit en imaginant une solution hydrogène pour les nouveaux modèles, soit dans le rétrofit, c’est à dire le remplacement de leurs moteurs thermiques par d’autres dans les anciens bateaux. (*) L’un des enjeux, sur lesquels l’entreprise travaille, consiste à adapter ces innovations aux bateaux habitables nécessitant une autonomie d'une à deux semaines.
L'hydrogène apporte une plus-value au tout électrique en prolongeant l'autonomie. La solution combinée hydrigène-électricité telle que défendue par Les Canalous présente l’avantage de véhiculer une valeur fondamentale aux yeux d'Alfred : « La liberté de s’arrêter avec un bateau où l’on veut, sans se soucier des recharges. Même les campings cars aujourd’hui sont contraints. Nous sommes peut-être les derniers à offrir cette liberté de pouvoir s’arrêter et dormir où l’on veut. »
Pour définir le système le plus approprié à sa flotte, l’entreprise s’est appuyée sur la société Europe Technologies à Carquefous près de Nantes, notamment son entité « CIAM » qui travaille à des systèmes de motorisation alternatifs (propulsion à zéro émission). Elle a aussi été accompagnée par le bureau d’études breton Alca Torda Applications, spécialisé dans l’hydrogène.
La réflexion dans laquelle elle s’inscrit dépasse de loin son cadre, dans la mesure où les filières industrielles se mettent en place autour de cette énergie, en particulier les bassins de Mâcon et Chalon-sur-Saône, voisins de Digoin. Pour la direction du constructeur, « c’est ce qui va créer les modèles énergétiques de demain » et permettra de solliciter des financements pour aller plus loin dans l’adaptation de ses bateaux.
L’hydrogène utilisé par Les Canalous le jour de l’inauguration est un hydrogène « verts » provenant d’éoliennes situées dans l’ouest de la France. Contre la dépendance énergétique à des pays étrangers, « l’hydrogène est une solution qui peut être produite partout et par tous », comme le défend Olivier Ticos, directeur d’Alca Torda. Le constructeur digoinais situe ainsi son projet au croisement de nombreux enjeux entre l’activité touristique et le développement durable. Le rapport d’activité de Voies navigables de France (VNF) titre en 2022 « le fluvial au service de la planification écologique ». Il y est question notamment des nouvelles énergies dans les processus de motorisation. Dont l’hydrogène adopté par Les Canalous.

(*) L’entreprise construit en moyenne un modèle par mois et elle cumule aujourd’hui 550 bateaux en location





















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