L’Université de Reims Champagne Ardenne (URCA) étoffe son offre de formation à Charleville-Mézières, pour apporter de nouvelles compétences à l’économie locale, dans les domaines de la santé, de l’industrie et de la forêt. Et donner envie aux jeunes du territoire de poursuivre des études supérieures. En 2019, le site qui concentre les lieux de formation a été restructuré en campus.


Le département des Ardennes pense avoir trouvé une parade à la désertification de cette contrée du Grand Est, transfrontalière de la Belgique : donner envie de faire des études supérieures aux bacheliers Ardennais qui ne sont que 18% à devenir diplômés de l'enseignement supérieur, contre 28 % au plan national.

C’est l’objectif recherché avec le « Campus Sup Ardenne » érigé en 2019 sur le site du Moulin Le Blanc pour leur donner le sentiment d’appartenir à une communauté universitaire (Lire encadré). En plus d’une restructuration des espaces d’accueil des étudiants, l’antenne ardennaise de l’Université de Reims Champagne Ardenne (URCA) étoffe son offre de formation sur les points faibles de l’économie locale : la désertification médicale, le manque compétences dans l’industrie et la forêt.

Ces dix dernières années, la population du département des Ardennes a reculé de 3,7% à 275.371 habitants, suite à de longues mutations d'une mono-industrie, la métallurgie. Mais les jeunes y restent attachés. « Les lycéens ont du mal à quitter leur territoire et le but du Campus Sup Ardenne, est de pouvoir les accueillir, mais aussi de voir revenir des étudiants de 3ème année ou en master partis ailleurs, car ce campus n'existait pas encore », expose Guillaume Gellé, président de l’Université de Reims Champagne Ardenne (URCA). Cet investissement partagé avec les collectivités locales vise aussi à apporter une réponse sociale :  La moitié des étudiants de Charleville Mézières sont boursiers.



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Le chef-lieu du département des Ardennes ne fait pourtant pas ses débuts universitaires. La première délocalisation de l’Université de Reims a été, en 1995, un IUT avec trois départements
(Hygiène Sécurité Environnement, Techniques de Commercialisation et Gestion Administrative et Commerciale), puis l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l'éducation) qui forme des enseignants après une première année de master – et l'Institut de Formation de Techniques Supérieures (IFTS), devenu l’EiSINe à la rentrée 2019.
Cette école d’Ingénieurs en Sciences Industrielles et Numériques issue du département Electronique, Electrotechnique et Automatique de Reims et de l’Institut de Formation Technique Supérieure (IFTS) de Charleville-Mézières prépare un diplôme en matériaux et génie des procédés, réalisable en alternance.


Une maison de santé pluridisciplinaire universitaire 

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L'EiSINe, école d’Ingénieurs en Sciences Industrielles et Numériques. © Aurca


A la rentrée 2020, en plus d’une licence Sciences de l’éducation, une nouvelle formation a ouvert dans le domaine de la santé. Au cursus IPA (Infirmier en Pratiques Avancées) depuis deux ans, s’ajoute une licence option Accès santé (L.AS), un nouveau parcours universitaire qui permet, après une première année universitaire généraliste, de postuler pour entrer en fac de médecine ou d’autres filières de préparation aux métiers de la santé. Le choix n’est pas hors sol.

Comme l’EiSINe qui s’est appuyée sur la synergie avec le pôle Materalia et la plateforme Platinium 3D active dans la fabrication additive, l’opportunité d’une licence Option Accès Santé est motivée par le déficit de l’offre de soins. Cette première année accueille 13 étudiants, dont la moitié d’Ardennais, avec une perspective de moyens de recherche avec la maison de santé pluridisciplinaire universitaire de Signy-le-Petit, à la frontière belge.
Les médecins ont une qualification universitaire pour être maîtres de stage d’étudiants de 2ème et 3ème cycle de médecine générale avec des thématiques de recherche dans le domaine mère-enfant, la santé mentale et les vaccinations. « Quand on démarre ses études de médecine dans un endroit, on a plus de chance d’y retourner pour exercer », analyse le président de l’Université de Reims.


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Une autre filière sur laquelle mise l’URCA est celle des métiers du bois. Deux licences professionnelles « Métiers de la gestion forestière durable à la commercialisation des bois et dérivés », en partenariat avec les lycées ardennais, veulent apporter des compétences à la filière bois omniprésente avec 150.000 hectares de forêts qui couvrent 28 % du territoire. Les futurs étudiants en master et doctorants pourront trouver un point d’ancrage avec la plateforme de recherche sur l’impact des infrastructures routières sur la faune sauvage, le CERFE, qui devrait, selon le président de l’Université, évoluer prochainement avec le CNRS.

Ce développement semble répondre aux enjeux du Pacte Ardennes, un travail collaboratif avec les collectivités locales et l’Etat qui entend « faire des Ardennes un département d’avenir. » La dimension transfrontalière y a sa place. Le campus tout neuf laisse espérer aux élus locaux qu’il devienne attractif pour les étudiants wallons, leurs voisins de l’autre côté de la frontière. Et accompagner une progression d’effectifs encourageante. A la rentrée 2020/2021, l’URCA accueillait 903 étudiants à Charleville-Mézières : 746 la rentrée précédente, soit une hausse de 21% et de + 57% en 4 ans. Le campus, quant à lui, totalise 2.448 étudiants.

 

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Salle commune de la Maison des étudiants à Charleville-Mézières. © Ardennes Métropoles
Donner le sentiment d'une communauté universitaire

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Vue générale du campus Sup Ardenne @Zoom architecture. Depuis peu, faute de pouvoir organiser des portes ouvertes physiques, il peut se visiter en ligne sur le site campus-supardenne.fr.

En septembre 2019, le Syndicat Mixte du Moulin Le Blanc, dont fait partie le Conseil départemental des Ardennes, a inauguré le Campus Sup Ardenne, un investissement de 20 millions d’€ pour mieux accueillir les étudiants, soutenu par le Conseil régional Grand Est.
Géré par une association d’étudiants, une Maison du Campus (700 m2) constitue le lien entre les différents établissements déjà installés : l’IUT, l’Inspé et le pôle formation de la Chambre de commerce et d’industrie. Celui-ci a été agrandi de 1.500 m2, tout comme l’IUT. En son coeur, un parc paysager avec des terrains de sport accessibles à la population.

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