Nous marquons la première pause de l'année, à l'occasion des congés de cette fin février. Durant cette semaine, nous vous proposons de revenir sur quelques actualités marquantes de ce début d'année en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : Groupe Altaïr. Ce groupement d’entreprises d’insertion poursuit son activité dans le textile démarrée dans l’urgence de la réponse à la crise sanitaire. Il se positionne sur la bonneterie, afin de viser des productions plutôt de petite série, pour des créateurs ou des structures collectives principalement. Sans oublier de rester fidèle aux règles et valeurs de l’emploi inclusif.


ARTICLE PARU LE 30 JANVIER 2024

Dans une filière textile en pleine recomposition, Au Fil d’Altaïr se positionne pour apporter l’un des maillons déficients : le tricot. En cherchant, de surcroît, à conjuguer circuits aussi courts que possible et inclusion.

La société possède en effet le statut d’entreprise d’insertion, ayant vocation à replacer sur le marché du travail des personnes qui en sont éloignées, en agissant comme une « passerelle » avant une nouvelle étape professionnelle à visée de plus long terme. Elle concrétise ces buts dans un atelier inauguré courant janvier à Strasbourg (Bas-Rhin) dans le quartier de la Meinau.
 

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Le matériel de l'atelier bonneterie imprime un mouvement de rotation pour la confection des mailles, selon le procédé dénommé "circulaire à grandes laizes". © Au Fil d'AltaÏr


Son groupe d’appartenance Altaïr connaissait les lieux : il y avait fabriqué pas moins de 3 millions de masques pendant la période haute du Covid au printemps et à l'été 2020.  « Nous avions l’intention de pérenniser une activité sur place, au-delà de la crise sanitaire », souligne Géraldine Hubert, responsable du pôle textile d’Au Fil d’Altaïr. Officiellement constituée en SAS (société par actions simplifiée) sous ce nom au 1er janvier 2024, celle-ci y a installé les quatre métiers à tricoter auxquels un investissement de 700.000 € a été consacré, entre l’équipement de production proprement dit et les aménagements qu’il induit, en particulier un sas d’humidification. « Cet espace augmente l’hygrométrie, jusqu’à des pics de 90 % afin d’optimiser le travail des matières premières », explique Géraldine Hubert.
 

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Les machines implantées à la Meinau n’ont rien de commun avec une image passéiste. Dans un local qui évoque bien plus la salle blanche pharmaceutique qu’un atelier défraîchi sous des sheds vieillots, elles déclenchent le mouvement tournant des bobines, sur simple pression d’un bouton. Celui-ci débouche sur la production de laizes d’1,5 à 2 mètres de long. D’où le nom de ce procédé que l’entreprise d'insertion vient ressusciter en Alsace : le tricotage circulaire de grandes laizes, synonyme pour le grand public de « bonneterie », mais qui n'en représente que l’une des techniques. Une autre est déjà mise en œuvre, et depuis un siècle dans la région, à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) par Labonal (LA BONnetterie ALsacienne) pour la confection de ses célèbres chaussettes.

 

Des essais de mélange coton-chanvre 

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L'essentiel de l'effectif d'une vingtaine de personnes, dont plus de la moitié en insertion, se concentre en aval du tricotage, dans l'atelier de couture. © Mathieu Noyer
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Lucie Castelle encadre l'activité de fabrication en tricot, en tant que responsable de l'atelier de bonneterie. © Mathieu Noyer


Le projet Altaïr n’en conserve pas moins un caractère pionnier, et ambitieux. « Notre matériel est en mesure de confectionner des mailles (telles que le jersey, le molleton ou la cote) pour des tee-shirts, des polos, des sweats,  à raison d’une capacité cumulée de 2 kilomètres par jour », expose Lucie Castelle, responsable de l’atelier bonneterie.

La matière première est constituée pour l’heure du coton… pas très local, forcément : il vient d’Inde. D’où l’un des axes du projet : raccourcir la filière d’approvisionnement en la complétant de laine, de lin - amplement cultivé en France - et de chanvre potentiellement « importable » en Alsace. Un essai a été entamé l’an dernier à Haguenau (Bas-Rhin) sur une parcelle de 6,5 hectares. Elle a abouti à récolter 3,6 tonnes de graines transformées par la société locale Chanvr'Eel. « L’objectif consiste à mélanger le chanvre au coton », précise Lucie Castelle.
 

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La filature, l'étape suivante du process en amont de la bonneterie, mène au Portugal. La filière plus courte, l’entreprise la vise surtout en aval, pour ses débouchés. Elle privilégie la vente dans la région, élargie à la France et aux territoires frontaliers limitrophes d’Allemagne et Suisse. « Sans doute que nos productions rencontreraient le succès au Japon, mais nous n’allons pas entrer dans cette spirale », assure Géraldine Hubert. Au Fil d'Altaïr commence à développer une filière de vêtements professionnels pour habiller des équipes sportives - « pourquoi pas le Racing lui aussi basé à la Meinau ? », lance Géraldine Hubert - ou des entreprises à l’occasion d’événements, etc. Et elle noue des relations avec des créateurs alsaciens, comme la marque T’Heim.

Ces différentes productions occupent un effectif de 20 à 25 personnes, essentiellement dans l'atelier de couture pour la confection, le contrôle qualité, l'emballage, l'étiquetage... Il est variable puisque composé pour moitié au moins de ces personnes éloignées de l’emploi à remettre d’aplomb pour une formation ou un CDD long, et mieux encore une embauche en CDI. « Cette poursuite de parcours peut s'effectuer dans le textile, ou dans toute autre filière, il n'y a pas de limite sur ce point », rappelle Géraldine Hubert. La règle amène certes Au Fil d’Altaïr et ses encadrants à remettre leur métier sur l’ouvrage constamment en renouvelant son personnel, mais là se situe, d’une certaine manière, le charme d’une telle entreprise particulière.

 

Du maraîchage bio à la sous-traitance industrielle

La bonneterie récemment installée fait partie du « groupe » Altaïr rassemblant des entreprises d’insertion et des entreprises adaptées employant des personnes en situation de handicap. Il trouve son origine en 2006 dans les travaux paysagers et forestiers et dans l’agriculture  et le maraîchage biologique avec Presta'Terre et son exploitation
à Oberhoffen-sur-Moder (Bas-Rhin).

Le groupe a étendu sa palette à la collecte et au recyclage de déchets (Réseau Origami, entreprise adaptée), à la sous-traitance industrielle (Aquilea) et à la logistique-manutention de colis avec la filiale Prodéa qui travalle pour La Poste. Il comprend aussi une entreprise de travail temporaire d'insertion, Altaïr Intérim, et un magasin de vente de produits alimentaires locaux, Le Fruitier à Haguenau. Au total, le groupe emploie 350 salariés, dont deux-tiers en « inclusif » et il a réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de 11,5 millions d’€.

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