Le numéro un mondial de la tonnellerie en chêne annonce une progression de 43% de son chiffre d’affaires à cinq ans avec les barriques à bourbon (*). Cette croissance découle d’une très forte implication outre-Atlantique avec un programme de 133 millions d’€ d’investissement dans deux tonnelleries et trois merranderies. Il vient par ailleurs d'acquérir la tonnellerie Darnajou, dans le Bordelais, qui fabrique des tonneaux à vin.

Jérôme François, le président de TFF Group, n’est guère friand des effets d’annonce. Sa cotation à la bourse de Paris depuis 1999 ne l’y autorise d’ailleurs que dans un cadre très réglementé. Aussi lorsqu’il assure d’une hausse de 43% de son activité en 2023, faisant passer le chiffre d’affaires actuel de 245,2 millions à 350 millions, est-on tenté de le croire.
Cette performance à venir du premier tonnelier mondial, spécialisé dans le chêne, ne doit rien au hasard. Elle résulte d’une très forte implication depuis 2015 dans les contenants à bourbon, célèbre « whisky » américain fabriqué à partir d’au moins 51% de maïs et vieilli deux ans en barriques neuves de 180 litres pour bénéficier de l’appellation, gage de qualité.

 

négociants

 

TFF Group dispose de cinq sites aux États-Unis, dans l’Ohio, état situé au nord du Kentucky, berceau de cet alcool, dont deux tonnelleries et trois merranderies qui en amont fendent les billes de chêne pour en faire des douelles servant à composer la paroi des tonneaux.
Le tonnelier produira d’ici à cinq ans 700 à 800.000 unités, s'accaparant un quart du marché mondial, et emploiera localement 535 salariés, soit plus de la moitié de son effectif de 1.048 personnes. « Nous aurons bouclé en 2023 un investissement de près de 133 millions d’€, dont les deux tiers en bâtiments et équipements et le solde dans un stock de merrains », explique Jérôme François, président de TFF Group.

Acquisition de la tonnellerie bordelaise Darnajou

jeromefrancois
Jérôme François, président de TFF Group.
© Marc Bertrand.

Cette stratégie découle d’un marché porteur qui augmente en moyenne de 6% par an. S’il est encore principalement consommé en Amérique du Nord, le bourbon progresse depuis une dizaine d’années, étant passé de 15 à 26 millions d’adeptes dans les principaux pays développés. «  Une clientèle de plus en plus féminine, le côté vintage de l’Amérique et la mixologie avec des cocktails de plus en plus élaborés, l’expliquent », argumente Jérôme François. 
En outre, les tonneaux à bourbon servent idéalement au vieillissement des whiskies. TFF Group exploite quatre tonnelleries en Écosse pour les alcools bruns, marché sur lequel l’entreprise s’est depuis très longtemps diversifiée. Si le Scotch whisky se taille encore la part du lion avec 48% des ventes mondiales, il est de plus en plus concurrencé par les whiskies japonais, irlandais et canadiens.
Le tonnelier bourguignon, dont le siège social est à Saint-Romain (Côte-d’Or), n’en oublie pas pour autant son marché traditionnel des tonneaux à vin qui représente toujours 65% de son activité. Il s’offre ainsi la tonnellerie Darnajou (chiffre d'affaires de 7 millions d'€), située à Montagne et Artigues-de-Lussac (Gironde), au cœur des vignobles bordelais de Saint-Émilion et Pomerol.

 BPBFC

L’embellie offerte par une récolte 2018 généreuse, en raison de l’absence d’aléas climatiques en chaîne (gel, grêle, sécheresse et incendie) comme celles des années précédentes, justifie cette nouvelle opération de croissance externe pour gagner des parts de marché.
TFF Group possède 32 unités de production dans le monde et vend dans 80 pays. Son dernier exercice clos en avril 2018 bénéficie d’un résultat opérationnel courant frisant les 48 millions d’€ et d’un résultat net de 30,6 millions.
La publication ce 12 mars des résultats des neuf premiers mois de l'exercice en cours, confirme la bonne santé du groupe. L'activité globale atteint 204,4 millions, en hausse de 9,5%. Le troisième trimestre a été particulièrement porteur pour le tonnelier, avec une croissance de 20,3% en données constantes. Le pôle alcools (80 millions d'€ sur 9 mois, +21,7%) y a largement contribué avec le grand retour du whisky et l'excellence tenue des ventes des fûts à bourbon.

(*) Étymologiquement le nom français « Bourbon » qui est issu du nom de la ville de Bourbon-l'Archambault, dans l'Allier, provient du théonyme Borvo, connu aussi sous les graphies Bormo, Boramus ou Borvoni, un dieu guérisseur de la mythologie celtique gauloise, associé à l’eau et aux sources thermales. Amusant pour un alcool…

marquagetonneau
Fonçage de fût, c’est-à-dire la mise en place du fond du fût. © Julie Rey. 

Découvrez le secteur de la filière bois en Côte-d'Or avec :

invest

Commentez !

Combien font "8 plus 8" ?