ARMEMENT. Changement d’ère pour Manurhin. Annoncé, préparé, encadré, mais historique quand même : l’entreprise mulhousienne, vieux fleuron de l’industrie française de l’armement, est passée hier mardi sous pilotage opérationnel slovaque.

Delta Defence, déjà premier actionnaire (*), place son représentant Gabriel Horvath à la présidence du directoire.

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Un an après son entrée au capital, l'industriel slovaque de l'armement Delta Defence prend les rênes du mythique fabricant mulhousien de machines de munitions.

Gabriel Horvath succède à Rémy Thannberger qui a incarné le sauvetage de l’entreprise, au bord du gouffre fin 2010 à son entrée au capital avec plusieurs industriels régionaux. Le Parisien, fils d’Alsacien redevenu Alsacien avec Manurhin devient président du conseil de surveillance.

Un placard ? Nullement, selon l’intéressé. «Il n’y a qu’en France qu’on y voit une fonction subalterne. Dans le cas de Manurhin, les actionnaires publics et privés liés par pacte et représentant 80 % du capital acceptent de laisser cette présidence à un tiers», souligne Rémy Thannberger.

De fait, l’assemblée générale du fabricant de machines de munitions n’a pas donné l’impression d’une mise à l’écart du désormais ancien dirigeant au quotidien.

A son nouveau poste, Rémy Thannberger travaillera aux orientations stratégiques, en particulier les partenariats à nouer avec les concurrents européens pour faire peser le Vieux Continent à l’échelle mondiale.

La gouvernance nouvelle de Manurhin ramène le directoire de quatre à trois personnes : deux Slovaques et le Français Robert N’Guyen, qui siégeaient déjà aux côtés de Rémy Thannberger. Elle instaure un conseil de surveillance paritaire : deux membres issus du pôle public constitué de la Sofired, émanation du ministère de la Défense et de Giat Industrie, ainsi que deux représentants de Delta Defence.

L’équivalent de trois à quatre années de croissance

Le plus important, c’est la façon dont "tourne" Manurhin,  dont toute la production se concentre à Mulhouse. La réponse : bien, mais de façon encore fragile.

«L’entreprise donne le sentiment de se trouver en pente ascendante, elle connaît des succès commerciaux exceptionnels mais reste en phase de retournement», juge André Viau, PDG de la Sofired.

Traduction et précisions chiffrées : 43 millions d’€ de contrats nouveaux en 2012 portent le carnet de commandes à 140 millions d’€, pour un chiffre d’affaires qui se situera entre 20 et 22 millions d’€, suite à sa progression de trimestre en trimestre. Marqués par la nécessité de remettre de l’ordre, les trois premiers mois s’étaient limités à un tout petit 2 millions d’€.

La marche en avant bénéficie aussi à l’emploi : 20 embauches en quelques mois ont porté les effectifs à 120 salariés et le fabricant recherche encore du monde.

L’écart entre ses commandes et son chiffre d'affaires est notable. Il résulte des retards de livraison, toujours l’effet de la remise en état de marche. Tout l’enjeu est désormais "d’assurer".

«On peut considérer le carnet de commandes comme l’équivalent de trois à quatre années de croissance, de plein-emploi, et de rentabilité», estime Rémy Thannberger, qui table sur 30 à 40 millions d’€ en 2013 et le retour aux bénéfices.

En 2011 (les comptes 2012 ne sont pas encore arrêtés), Manurhin affichait 6 millions de pertes nettes pour 7 millions d’euros de chiffre d'affaires…

(*) Répartition du capital : 35 % Delta Defence, 45 % pôle public (Sofired et Giat Industrie, chacun indépendamment), 20 % actionnaires individuels dont Rémy Thannberger, management et petits porteurs en Bourse.

Photos : Christian Robischon et Manurhin.

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