PATRIMOINE/DOUBS. Quatre ans et 11 millions d’€ plus tard, le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon rouvre ses portes au public. Agrandi, ouvert à la lumière et sur la ville, il accueille ses premiers visiteurs ce vendredi 16 novembre. Et sauf contretemps de dernière minute, c’est le président de la République en personne qui coupera le ruban. La place de la Révolution est bouclée, les invités impatients. « On est prêts », assure Nicolas Surlapierre, son directeur, qui a piloté ce vaste chantier.

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Adelfo Scaranello, architecte de Besançon a mis en valeur 40 ans plus tard, la déambulation en béton de Louis Miquel, élève de Le Corbusier. © Yohan Zerdoun

Le président de la République et le nouveau ministre de la Culture sont attendus ce vendredi 16 novembre à 11 heures pour inaugurer le musée nouveau. Emmanuel Macron a confirmé sa venue il y a deux semaines au cabinet du maire, Jean-Louis Fousseret, ex-PS devenu marcheur et l’un des premiers soutiens du candidat à la présidentielle. Mais Emmanuel Macron et Franck Riester ne seront pas tout à fait les premiers à visiter les lieux.

Ce 15 novembre au matin, une quinzaine de SDF auprès desquels le service de développement de l’établissement intervient depuis plusieurs années, via l’association Jeanne-Antide, sont venus découvrir les œuvres dans leur nouvel écrin.

« Cette primeur de la visite, c’était un choix de la direction du musée et c’était émouvant », raconte Nicolas Bousquet, le chef du service. « Certains sont tombés en pamoison devant “Déploration sur le Christ mort”, de Bronzino, ou devant “Le triptyque de Van Orley”. Nous recommencerons. »

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Adelfo Scaranello, l’architecte bisontin retenu pour ce gros lifting de la halle à grains dessinée par l’architecte Pierre Marnotte en 1843, puis redessinée en 1970 par Louis Miquel, élève de Le Corbusier, a transformé l’essai : conserver et mettre en valeur l’héritage de ses prédecesseurs tout en ouvrant le musée à la lumière et sur la ville.

Une lumière qui entre désormais verticalement et horizontalement dans les espaces muséaux agrandis, débarrassés de cloisons rajoutées au fil des ans. Les réserves ont été externalisées, l’espace redessiné et le musée offre aujourd’hui 3.600 m2 d’espace d’exposition contre 2.100 il y a quatre ans.
La visite commence dans l’atrium des donateurs. C’est la spécificité de ce très beau musée de province : l’essentiel de son fonds provient de legs. On se laisse ensuite entraîner dans les différentes salles, les coursives inclinées et le labyrinthe bétonné par l’architecte Louis Miquel dans les années 60, qui retrouvent de leur superbe.

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Les salles d'archéologie au rez-de-chaussée retrouvent de la lumière avec la réouverture des grandes baies. © Yohan Zerdoun

Sans s’afficher clairement, un parcours muséal se dessine pourtant assez naturellement, avec la partie archéologique pour commencer, le passage sur la mosaïque de Méduse (IIe siècle après J.-C.), la section sculpture avec le « Gisant de Jean de Bourgogne » (marbre, 1315), les œuvres des 16e et 17e siècles sur les murs de la rampe et de petites incursions dans patios ou loggias – Miquel avait voulu recréer ici une démbulation façon casbah d’Alger, où il vécut.

Des espaces qui se répondent parfois pour montrer ici le maniérisme, là le célèbre tableau de Bronzino, plus haut un point de vue plongeant sur « Adam et Eve » (vers 1508-1510) de Lucas Cranach, dit l’Ancien, plus haut encore un espace égyptologie et, au faîte du parcours, une salle réservée aux collections d’Adèle et George Besson, dont la donation à la ville de Besançon, dans les années 60, justifia l’agrandissement du musée.

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Ce parcours muséal naturel, qui se termine avec les grandes salles montrant une sélection d’œuvres des 18e et 19e siècles, dont « L’hallali du cerf » (1867), de Gustave Courbet (revenu du musée d’Orsay), c’est le « parcours présidentiel » qu’emprunteront ce vendredi Emmanuel Macron et Franck Riester, indique Nicolas Surlapierre, le directeur des musées de Besançon qui a conduit le vaste chantier.

Enfin pas tout à fait : le temps sera compté et il n’est pas sûr qu’ils fassent le petit détour, au rez-de-chaussée, par le « Taureau d’Avrigney » (bronze, 1er siècle après J.-C.), ce taureau à trois cornes que le musée a fait le choix de ne pas présenter sous cloche pour permettre d’apprécier toute sa finesse et son réalisme.

Coût des travaux, budget, prix du billet : le musée en chiffres

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Le tryptique de Van Orley  fraîchement restauré qui n'avait pas été vu depuis des années. © Yohan Zerdoun

Après les discours et l’inauguration officielle, où 1.500 invités sont attendus, le grand public pourra à son tour découvrir le musée gratuitement ce vendredi à partir de 19 heures et jusqu’à minuit, samedi de 10 heures à minuit et dimanche de 10 heures à 18 heures.

Le budget total de la rénovation du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon frôle les 11 millions d’€, dont 6,2 millions sont pris en charge par la ville, qui compte sur son lustre retrouvé pour contribuer à son attractivité. L’État, la Région et le département du Doubs intervenant à hauteur de 20% chacun pour les deux premiers et 17% pour le dernier.

Sur ces 11 millions, 4,5 millions ont été consacrés à l’acquisition et aux travaux d’aménagement de réserves externalisées. Elles ont permis de libérer de la place et offrent des conditions de conservation optimales. Le budget de fonctionnement, dont les derniers arbitrages n’ont pas encore été rendus, devrait passer de 120.000 € par an (hors charges salariales) à 300.000 €, indique Céline Meyrieux, secrétaire générale des musées de Besançon.

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Il faudra notamment financer les expositions permanentes dont une quinzaine est déjà programmée d’ici 2022. Quant au ticket d’entrée, il passe de 6 à 8 € (6 € pour les Grands Bisontins), avec un système de pass permettant de visiter, dans l’année, les deux autres musées dans la ville : celui du Temps et la maison natale de Victor Hugo.

Pas de gratuité au programme, donc. « Le musée a un coût, il n’y a pas de raison de ne pas contribuer à son fonctionnement », explique Patrick Bontemps, l’adjoint à la culture de la ville. « Mais nous avons cherché un tarif abordable et nous sommes même en-deçà des prix des grands musées de ville. » Enfin, une quinzaine de postes ont été créés pour la réouverture de l’établissement. Avec le musée du Temps, à elles deux, les deux structures emploient désormais 65 personnes.

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© Jean-Charles Sexe.
museebesanconrougejcsL'essentiel du fonds provient de legs. © Jean-Charles Sexe.
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Le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon a retrouvé son horloge commandée à l'horloger bisontin Philippe Lebru. © Jean-Charles Sexe.

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