Le distributeur de gaz alimentaire L2PI démarrera l’embouteillage de dioxyde de carbone produit par méthanisation, en avril sur son site de Void-Vacon (Meuse). Le gaz est fourni par trois méthaniseurs du Grand Est qui ont investi un total de 5 millions d’€ afin de liquéfier leur CO2, et répondre ainsi aux besoins en tirage pression des brasseries et cafés parisiens pour les JO de Paris 2024.


La norme impose la couleur grise aux bouteilles de CO2 comprimé, mais celles du Lorrain L2PI mériteraient d’être repeintes en vert. Installé à Void-Vacon (Meuse), ce distributeur de gaz alimentaire va en effet abaisser significativement son impact environnemental à partir d’avril 2024, en conditionnant du dioxyde de carbone issu de la production de trois méthaniseurs du Grand Est.

Les bouteilles de 2 à 35 kg alimenteront les tireuses à bière des restaurants, bars et cafés parisiens pendant toute la durée des Jeux olympiques et paralympiques 2024, et au-delà. « Il y a suffisamment de dioxyde de carbone dans l’atmosphère pour que nous arrêtions d’en puiser sous terre », juge Jean-Louis Druart, co-gérant de l’entreprise avec Nelly Baribault. Leur PME de 44 salariés (chiffre d’affaires de 12 millions d’€ en 2023) conditionne chaque année 20.000 tonnes de CO2, principalement utilisé comme gaz pour tirage pression, mais aussi dans les pièges à moustiques et les adoucisseurs d’eau. 

Deux principaux acteurs fournissent pour le moment le site meusien et sa plateforme de stockage d’Ebersheim (Bas-Rhin) située à 25 km au sud de l’usine Kronenbourg d'Obernai. Le groupe allemand Carbo couvre deux-tiers de ses besoins à partir de réserves souterraines de CO2 d’origine magmatique exploitées depuis le début du XXe siècle à Bad Hönningen (Allemagne), au nord de Coblence. Le tiers restant est livré par le gazier Air Products qui récupère le gaz issu des procédés de production d’amidon chez Roquette (Bas-Rhin) et d’engrais ammoniaqués chez Yara à Tertre (Belgique).

L2PI achemine cette matière par camions-citernes jusqu’à son site meusien où il est stocké, puis embouteillé. Les bouteilles sont acheminées ensuite par la flotte de 15 semi-remorques de l’entreprise vers les dépôts des distributeurs grossistes en boissons : France Boissons, Distriboissons, C10, Promocash, Metro.

 

Contrat d’achat sur dix ans

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Les bouteilles de CO2 comprimé sont identifiables à leur couleur grise. © Philippe Bohlinger


Le CO2 produit localement par méthanisation offre à la PME une alternative écologique à l’extraction souterraine. Ainsi, MD Biogaz à Bar-sur-Seine (Aube) cherchait depuis plusieurs années à valoriser son CO2. Son président, Baptiste Dubois, explique que « la dégradation de résidus agricoles, d’effluents d’élevages et de déchets agroalimentaires génère du biogaz. Avant d’être injecté dans le réseau, celui-ci doit d’abord passer par une phase d’épuration destinée à séparer le biométhane du dioxyde de carbone. Le CO2 qui avait été initialement capté par les plantes est libéré dans l’atmosphère. Or son degré de pureté (99%) présente un potentiel non négligeable. »

MD Biogaz a injecté 2 millions d’€ dans un liquéfacteur et un centre d’analyse qualité, avec le soutien de la région Grand Est et de fonds européens. GRDF Est a mis L2PI en relation avec deux autres sociétés de méthanisation, Méthatoul (Meurthe-et-Moselle) et Arraincourt Biogaz (Moselle), qui ont investi chacune 1,5 million d’€ dans un liquéfacteur de CO2. A eux trois, ils sont en mesure de fournir de 12.000 tonnes de dioxyde de carbone par an. Leurs investissements ont été sécurisés via un contrat d’achat sur une période de dix ans. L2PI en a profité pour augmenter d’un palier ses standards qualité, en visant la nome ISBT (International Society of Beverage Technologists), celle exigée par un célèbre fabricant mondial de sodas gazeux.


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Cette production à faible impact environnemental va monter en puissance à partir d’avril en vue d’atteindre sa vitesse de croisière en juillet 2024 : 80% du CO2 sera alors issu de la méthanisation, L2PI ayant choisi de conserver 20% d’origine industrielle. Le surcout de ce gaz dit « biogénique » car produit par des organismes vivants, est estimé etre 25 et 30%. Mais l’entreprise y voit l’avantage, outre de verdir son image, de garantir ses approvisionnements.

Jean-Louis Druart garde en mémoire la Coupe du monde de football 2018, « un évènement à l’origine d’une pénurie européenne de CO2 pendant toute la période estivale ». L2PI, explique le dirigeant, s’est alors retrouvé « quasi en rupture de gaz en juin-juillet », ses plus gros mois.

L’enjeu financier est de taille pour la PME qui compte plus d’un million de bouteilles en circulation ; des bouteilles grises consignées et à ce titre recouvertes d’un large bandeau non pas vert, mais orange, à la suite d’un changement de tarif de consigne en 2012.

 

Qui est Jean-Louis Druart ?

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Jean-Louis Druart, cogérant de L2PI avec Nelly Baribault. © Philippe Bohlinger

L’ancien directeur de L2PI, Jean-Louis Druart, a repris l’entreprise en 2013 avec Nelly Baribault, alors expert-comptable de la société. La PME fondée en 1990 était à l’origine spécialisée dans le remplissage d’extincteurs au CO2, une activité aujourd’hui arrêtée. Ses anciens dirigeants s’étaient également diversifiés vers le marché du gaz alimentaire, un secteur sur lequel L2PI prospère aujourd’hui : la société revendique 95% de parts de marché en France sur le gaz pour tireuses pression (bière, cidre, limonade).

 

 

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