Dans cette ancienne maison de maréchal-ferrant, puis de vigneron, située à Salins-les-Bains (Jura), deux hommes visionnaires et imprégnés de bon sens paysan, Alfred Bouvet et Louis Milcent, fondèrent ce qui deviendra la seconde banque française : le Crédit Agricole. Réhabilitée et transformée en centre de documentation, de recherche et d’archivage numérique du monde coopératif, courant 2016, via une fondation, la Maison de Salins vient d’intégrer un fonds documentaire sur les coopératives de consommation Peugeot.

 

Grand jour demain pour Florence Paillot, qui avec l’appui de Dominique Chauvin, fait vivre avec passion un lieu unique en son genre : le berceau du Crédit Agricole devenu, via une fondation, un centre de documentation, de recherche et d’archivage numérique entièrement consacré au monde coopératif. La Maison de Salins, du nom de la cité thermale jurassienne de Salins-les-Bains, signe ce vendredi 8 avril une convention de partenariat avec le Centre d'archives de Terre Blanche de l’ex-groupe PSA Peugeot-Citroën (Stellantis), implanté à Hérimoncourt (Doubs).

 

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Il s’agit de mettre à disposition les fonds documentaires numérisés sur les anciennes coopératives de consommation du constructeur automobile. Si certaines sont encore connues comme la Camif ou les Coop, beaucoup ont disparu. « Elles nous renseignent sur les habitudes d’achat, donc de vie, des employés et des ouvriers et plus largement des salariés car de nombreuses grandes entreprises en possédaient, proposant des prix attractifs sur un nombre important de produits », indique Florence Paillot, ancienne directrice d’agence.

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L'état de la maison au moment du rachat en février 2015. © Maison de Salins

 
Toute la vocation de la Maison de Salins est ici résumée : préserver et animer l’esprit coopératif par son histoire, la plus large possible. Ici, au 6 rue Jean-Marie de Grimaldi à Salins-les-Bains, face au Mont Poupet (851 mètres), les collections abritent pas moins de 6.000 documents. Outre ceux liés au Crédit Agricole, on y trouve par exemple les collections des Scop de la Communication et des Arts graphiques et nombre d’archives sur la mutualité et la coopération agricoles. « Dans le but de faciliter les études et autres travaux académiques, nous créons un guide des sources, une sorte de moteur de recherche », précise Florence Paillot.

 

Trente caisses du Crédit Agricole participent au projet

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Une création de l'horloger Philippe Lebru : un système horloger qui ne donne pas l'heure, symbolisant la non emprise du temps sur le système coopératif. © Maison de Salins


Ce lieu de mémoire autant que de pérennisation de l’esprit coopératif, prend la forme d’une petite maison rose dont la façade rafraîchie est restée dans son jus. Demeure d’un maréchal-ferrant, puis d’un vigneron, elle a été jusqu’en 1962 une agence du Crédit Agricole. Passée à un particulier et en indivision durant quinze années, la banque mutualiste a fini par l’acquérir 200.000 € et investir 1,2 million de travaux.

 

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Le génie du lieu joue à plein avec ses larges espaces ou s’entremêlent forces physiques, sociales et historiques. A preuve cette cave en forme de tonneau rappelant qu’avant le phylloxéra, Salins-les-Bains était une cité viticole, comme en témoigne la statue d’un vendangeur au milieu de la rue principale de la cité jurassienne. Pas moins de 30 des 39 caisses du Crédit Agricole ont souhaité intégrer la Fondation Maison de Salins, ainsi que Crédit Agricole SA, Crédit agricole Immobilier, Crédit Agricole Assurances et la filiale italienne Cariparma.

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Le caveau rappelle un foudre viticole car la maison a été celle d'un vigneron. © Maison de Salins

 
Un comité scientifique d’une douzaine de membres détermine les orientations, favorise la recherche, épaule les thésards. Chaque année, un prix doté de deux fois 3.000 € récompense un ouvrage historique sur l’histoire d’une entreprise et une cagnotte de 20.000 € sur deux ans distingue des travaux qui mettent en valeur les femmes dans l’économie sociale et solidaire.  « Nous préservons un esprit mutualiste avec le prêt gracieux de nos salles aux associations et l’accueil des curistes afin qu’ils puissent se connaître durant leur séjour », indique Florence Paillot.

 

Un peu d’histoire avec Jean Guillemin (*)

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L'ancien foirail, aujourd'hui le centre thermal de Salins-les-Bains, qui inspira le peintre Gustave Courbet dont l'un des mécènes n'était autre qu'Alfred Bouvet. © Archive Maison de Salins

Si l’on fouille dans les racines du socialisme utopique avec les Bisontins Charles Fourier (1772-1837) et ses phalanstères, Pierre-Joseph Proudhon et sa banque du peuple ou encore l’enfant du pays, Victor Considérant, disciple de Fourier, pour expliquer la création de la première caisse du Crédit Agricole en 1885, ça ne colle pas. L’histoire ici est beaucoup plus pragmatique. Nous sommes dans le dernier quart du 19ème siècle, le phylloxera détruit les vignes, la production agricole chute, les prix s’effondrent, la petitesse des exploitations ne favorise pas des cultures rentables. Le monde paysan vit une grande dépression.

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Statue d'un vigneron dans la rue principale de Salins-les-Bains, cité viticole au 19ème siècle. © Traces Ecrites
Pour réagir Louis Milcent, ancien conseiller d’Etat, notable de Vaux-sur-Poligny, crée en 1884 un syndicat agricole d’entraide. Il trouve en Alfred Bouvet, négociant en bois de Salins-les-Bains, celui qui a le savoir-faire et l’expérience, car formé à l’entrepreneuriat et aux affaires bancaires à Genève et, de surcroît, escompteur et administrateur de la Banque de France de Lons-le-Saunier. Ensemble, ils fédèrent 149 sociétaires et fondent un an plus tard une mutuelle de prêts sous forme de société anonyme à capital variable.

La participation diffère selon les revenus, de 50 francs pour les plus modestes à 500 francs, et un intérêt rémunère la participation. La SA ne prête que pour acquérir des outils, des engrais, du bétail ou des semences, ce que les banques traditionnelles refusent de faire. Huit années plus tard, aucun défaut de paiement n’est à déplorer et l’expérience fait florès dans toute la région.

(*) Jean Guillemin, ancien cadre du Crédit Agricole et auteur d’une thèse sur celui de Côte-d’Or.

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