Le fournisseur de nombreux matériels pour la construction, le transport et l’industrie entend augmenter son chiffre d’affaires des deux-tiers en quelques années pour le porter à 500 millions d’euros. La filiale de l’Allemand Berner conforte, dans ce cadre, son siège et entrepôt de Saint-Julien-du-Sault (Yonne) qui abrite la plus importante capacité logistique du groupe.
Depuis l’Yonne, la plus importante filiale de l’entreprise allemande familiale de taille intermédiaire Berner (*) n’entend pas se laisser prendre sa place parmi sa vingtaine d’homologues dans le monde. Pour son chiffre d’affaires annuel déjà situé à 300 millions d’euros, elle vise la barre des 500 millions dans les cinq à sept ans, soit l’échéance de la « feuille de route » dont elle ouvre les premiers chapitres cette année.


Son plan de développement s’impulse sous un nouveau logo orange venant compléter son bleu traditionnel lui-même revivifié, et un slogan « Push the limits » qui n’ont pas que valeur d’effet d’annonce. « L’idée de [repousser ses limites] incarne une évolution de culture de l’entreprise, vers plus d’audace, vers un plus fort esprit de conquête », énonce Laurent Proust, directeur général.
Distributeur d’une multitude de pièces, outils et produits chimiques pour les professionnels, Berner France compte parmi les cinq principaux acteurs de l’Hexagone de cette activité de quincaillerie BtoB. Mais ce quintette « représente au cumul moins de 30 % d’un marché qui demeure très atomisé…ce qui nous ouvre encore de nombreuses opportunités de croissance », analyse Laurent Proust.
25.000 références stockées


Les vecteurs possibles de cette progression diffèrent selon les grandes familles d’application des 25.000 références stockées dans les 45.000 m2 de l’entrepôt de Saint-Julien-du-Sault au nord d’Auxerre, lui aussi le plus grand de sa catégorie au sein du groupe Berner. Pesant la moitié du chiffre d’affaires, la construction stagne en ce moment voire recule, en phase avec la conjoncture de ce secteur. En revanche, il reste de nombreux artisans, TPE et micro-entrepreneurs disséminés dans les villages à pouvoir « chercher. »
Ce qui suppose un maillage fin auquel répond la réorganisation des livraisons en dépôts régionaux depuis quatre ans. Ceux-ci constituent un nouvel échelon intermédiaire, chargé de la réception des pièces de Saint-Julien-du-Sault en vue de leur distribution aux clients. « La plus grande proximité nous procure de la souplesse pour servir un public habitué à passer ses commandes à la dernière minute », observe le directeur général France. Le nombre de ces dépôts-relais, de 7 aujourd’hui (8 avec Saint-Julien) est appelé à croître encore « pour atteindre l’objectif d’une livraison possible en 3 heures partout en France », ajoute Laurent Proust. La liste actuelle - les bassins de Lille, Lyon, Rennes, Paris-Ile de France, Bordeaux et Toulouse - fait par exemple apparaître des « trous » dans le Sud-Est.
Second débouché pèse 40 %, la mobilité suit par contre la croissance des demandes d’équipement de véhicules à usage professionnel, légers ou industriels notamment dans le machinisme agricole, l’un des bastions de clientèle de Berner France. Quant à l’industrie (pièces détachées, visserie...) elle constitue un marché plus récent pour la société, avec par conséquent des parts à conquérir.
Rendre les produits chimiques plus « verts »

La montée en puissance entend résulter de « la combinaison entre nos fondamentaux solides - comme la culture poussée de la gestion de données - avec l’innovation », selon Laurent Proust. Le second terme renvoie à des produits en eux-mêmes, tel un foret de perçage « à spirale progressive » disponible depuis un an, « le plus durable du marché » selon Joël Gimenez du service marketing, garantissant précision et qualité de finition sur des matériaux aussi divers que le métal, le bois ou le Plexiglas.
Mais pour Berner France, l'innovation s’entend aussi au sens de la RSE. La société veut se l'appliquer à elle-même (la conversion du parc de voitures à l’électrique plus vite que ne l’impose la règlementation, entre autres) comme à la gamme de ses références, en premier lieu les produits chimiques pour leur faire entreprendre leur virage environnemental, résumé par l’objectif « supprimer les pictos les uns après les autres. » Par exemple par l’abandon des solvants pour le dégraissage des pièces grâce à un nouveau produit de l’an dernier, ou l’élaboration d’un absorbant en fibres végétales.
Mais le changement de culture le plus manifeste doit concerner les ressources humaines, au travers d’un intense déploiement de la formation. « Nous lui consacrons un budget égal à quelque 8 % de la masse salariale, dans le but de réussir l’intégration des nouveaux entrants au moyen d’un parcours sur toute leur première année, et d’accompagner chaque collaborateur, de tout niveau hiérarchique sans exception, dans l’évolution de métier qui le concerne », souligne Grégoire Lemonnier, directeur des ressources humaines.
Saint-Julien-du-Sault joue également sur ce plan un rôle pivot, par son « Campus » qui accueille un millier de personnes chaque année pour leur formation. Celle-ci peut se compléter en mode à distance grâce à 250 modules d’e-learning, certains obligatoires (cybersécurité, prévention des risques…) mais la plupart sélectionnables librement à la carte. « Faire en sorte que chacun devienne le pilote de sa carrière fait aussi partie du changement culturel que nous souhaitons diffuser », souligne Grégoire Lemonnier.
Le plan de croissance de court-moyen terme conserve à Saint-Julien-du-Sault toute sa place centrale. Par les fonctions support et logistiques, le site emploie quelque 400 personnes, le quart de l’effectif français constitué en bonne partie de commerciaux répartis dans le pays. Berner France maintient son organisation autour d’une plateforme unique de regroupement des produits venus de l’usine allemande et des différents fournisseurs. En l’occurrence, donc, dans ce bastion économique du nord de la Bourgogne, également fief du groupe alsacien d'étanchéité-isolation Soprema que la maison-mère avait choisie comme lieu d’implantation à son arrivée en France en 1969, pour sa position à la fois relativement centrale dans l'Hexagone et proche de la région parisienne, au bord de l’une des premières autoroutes mises en service, l’A6. Les modernisations successives, incarnées en dernier lieu par un transstockeur automatique, permettent de maintenir l’entrepôt au top des technologies et organisations logistiques.
(*) le groupe Berner en chiffres : environ 8.000 collaborateurs, chiffre d'affaires d'1,1 milliard d'euros en 2023, catalogue de 100.000 références. La France totalise 1.600 salariés, 12 millions de contacts clients par an et 40.000 produiits expédiés chauqe jour via cinq canaux de vente (commerciaux itinérants et sédentaires, service client, boutique en ligne et application mobile, dépôts-relais, e-procurement l'approvisionnement industriel en ligne).

















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