Un peu moins de quatre ans après ses débuts, la jeune société s’apprête à ouvrir une première agence en région lyonnaise, qu’elle voit comme le point de départ d’une série d’implantations ailleurs. Si le succès se confirmait pour son innovation : l’injection d’hydrogène pour désencrasser les moteurs des camions et autres engins de chantier.


Au vu de la rapidité de la percée réalisée en Bourgogne-Franche-Comté, le déploiement d’Alphagreen hors de la région ne semblait être qu’une question de temps. C’est chose faite. Un peu moins de quatre ans après sa création à Besançon (Doubs), la jeune société annonce le démarrage d’une agence à Lyon pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le but d’y dupliquer sa solution de dépollution de moteurs grâce à l’hydrogène.

« L’équipe de quatre personnes sur place sera opérationnelle au tout début de 2024 », précise Ludovic Chevènement, le fondateur d’Alphagreen. Qui a un autre bout de France dans le viseur : « Nous travaillons à implanter une agence suivante dans la moitié Ouest, sans en avoir encore déterminé la date et le lieu, mais c’est un objectif 2024. » La concrétisation de cette seconde intention devrait porter les effectifs à 20 salariés en fin d’année prochaine contre 11 aujourd’hui (avant Lyon). Le décollage visé du chiffre d’affaires, quant à lui, est promis spectaculaire : des 600.000 € de 2023 (le double de l’an dernier), il est attendu par le dirigeant à « plus de 3 millions d’€ » en 2024.

 

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Le président d'Alphagreen fonde son optimisme sur la preuve de concept, en quelque sorte, qu’atteint son offre. Il croit à l’effet démultiplicateur des premières références se traduisant aujourd’hui par des négociations avec des poids lourds du transport, tandis que les avancées techniques ouvrent la voie à des applications hors route : ferroviaire, fluvial et maritime.

« Nos solutions parviennent désormais à nettoyer des moteurs jusqu’à 150 litres de cylindrée, ce qui inclut les locomotives de train, les barges fluviales, les bateaux de pêche et ceux de marchandises, ou encore les gros moteurs des process de l'industrie. Seuls les méga-paquebots de croisière dépassent ce seuil », décrit Ludovic Chevènement.

 

Intervention mobile 

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Un diagnostic complet est effectué à bord du camion, de façon à injecter la quantité d'hydrogène
à la fois précise et suffisante pour le désencrassement du moteur.  ©Varlet/Alphagreen


En quoi consiste cette « recette » Alphagreen qui a déjà séduit plusieurs entreprises du transport (Bourgeois, Colinet, Transmat…) et des travaux publics (le groupe dijonnais Roger Martin, son confrère Martel TP en Rhône-Alpes…) ? Elle fait appel à l’hydrogène. Le gaz vu comme une voie d’avenir de la Bourgogne-Franche-Comté ne sert pas ici à la propulsion des véhicules, mais à leur dépollution.

Alphagreen et son fondateur ont mis au point une injection d’hydrogène dans le moteur, à son entrée ou après le filtre à l’air, qui brûle la calamine (la suie) cause d’encrassement. Pendant ce nettoyage, les organes mobiles du moteur sont mis en mouvement, dans le but de leur faire retrouver leur meilleure course. « Grâce à un diagnostic préalable complet et sur-mesure, en fonction de chaque véhicule, la quantité d’hydrogène est calculée avec précision afin de cibler un nettoyage adapté, selon la quantité qu’il faut et pas plus, en fonction du positionnement des résidus encrasseurs. Le but est de ramener le taux de suie à moins de 5 %. Nous concentrons notre chasse aux polluants sur les principaux : oxydes d’azote (Nox), hydrocarbures et C02 », expose Ludovic Chevènement.

 

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Brevetée, alternative à l’élimination par additifs chimiques, la technologie s’embarque dans une camionnette au look délicieusement vintage. Cette mobilité permet de se brancher directement sur la prise OBD (on-board diagnostic) d’analyse des gaz d’échappement, et de contenir dans une grosse valise les électrolyseurs fabriquant l’hydrogène, « vert. On repart avec de l’eau déminéralisée sans risque explosif sur des sites d’intervention sensibles, comme des carrières », poursuit le fondateur d'Alphagreen.

 

Un programme d’accompagnement et un centre de formation

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L'impeccable Ludovic Chevènement, 29 ans,a fondé l'entreprise il y a bientôt quatre ans, juste avant le déclenchement de la crise sanitaire. Le Covid a perturbé le lancement d'Alphagreen mais n'a pas empêché son développement. © Traces Ecrites

 

« En moyenne », l’entreprise annonce parvenir à « une diminution de 7 à 15 % de la consommation de carburants et à la réduction de 50 à 70 % des émissions des hydrocarbures imbrûlés et des Nox. » Ses équipes délivrent un certificat de vertu environnementale des moteurs à l’issue de leurs interventions, qu'Alphagreen comptabilise au nombre de 4.000 en Bourgogne-Franche-Comté depuis ses débuts. La PME apporte aussi un conseil « neutre » sur les types de motorisations qui lui semblent optimaux, en fonction du profil de la flotte  de véhicules du client.

Plus largement, ses prestations d’accompagnement venant compléter l’offre de base sont désormais formalisées dans le « Program by Alphagreen. » Celui-ci a été souscrit par 90 entreprises et établissements. Il forme l’un des deux vecteurs de développement de court terme, avec le centre de formation qui ouvrira dans quelques semaines à Besançon sur l’ancien site de la société de produits d’entretien professionnels Javel-Barbizier.

 

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Nommé Novaskills, ce centre doit perfectionner les compétences de l’équipe interne - « tous les embauchés passent par trois mois de formation préalable, on ne demande pas de qualification technique de départ, simplement du savoir-être » - et celles des clients. Il va solliciter son agrément d’organisme dûment reconnu auprès de l’instance dédiée Qualiopi.

Si Alphagreen garde à son catalogue des diagnostics et dépollutions pour les particuliers, son axe de développement s’oriente vers les professionnels. La jeune entreprise reconnaît évoluer dans un univers où les sujets qu’elles portent sont encore loin d’être entrés dans la catégorie des standards. Mais elle veut se placer à l’avant-garde d’un mouvement espéré massif un jour. Les signes sont là, estime Ludovic Chevènement. « Nous voyons nos certificats entrer dans les appels d’offres de renouvellement et renforcement de flottes de véhicules, et aussi dans les DPEF, les déclarations de performance extra-financière. »

 

Qui est Ludovic Chevènement ?

Toujours tiré à quatre épingles, le jeune homme de 29 ans commence à faire connaître son visage dans les milieux dirigeants de Besançon et au-delà. Sa création d’Alphagreen en février 2020 a fait suite à l’accumulation de six années d’expériences dans les motorisations, les thermiques et leurs alternatives hybride, électrique voire hydrogène alors encore émergentes, chez PSA qui l’avait recruté à sa sortie de son bac professionnel en mécanique au lycée Henri-Fertet de Gray (Haute-Saône). 

Les préambules puis les débuts ont été artisanaux. « J’ai testé le nettoyage à l’hydrogène sur les voitures de la famille, les résultats concluants m’ont poussés à créer l’entreprise », témoigne-t-il. Alphagreen est née de la réunion de fonds personnels de Ludovic et de son épouse Adeline, à la tête des services supports de la PME.

Le Covid survenu dans la foulée du lancement a donné des sueurs froides au dirigeant, mais en fin de compte, il n’a pas empêché le développement. Celui-ci a pu pour l’instant se dispenser de levée de fonds, mais ce sujet jusqu’à présent poliment écarté par Ludovic Chevènement pourrait revenir à l’ordre du jour si l’ampleur du succès venait à se confirmer.

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