L’année 2021 a globalement compensé l’impact de 2020 pour l’économie dans le Grand Est, mais le Covid laisse ses séquelles. Ainsi, pourrait-on synthétiser l’enquête de conjoncture de la Banque de France, présentée jeudi dernier à Strasbourg.





L'édition « Bilan 2021, perspectives 2022 » de l'enquête annuelle de la Banque de France présentée jeudi dernier 3 février, était très attendue dans le contexte sanitaire qui sévit depuis bientôt deux ans. Or l’établissement public note en Grand Est, un « retour à la normalité dans la majorité des secteurs.»

Les services marchands symbolisent presque à la décimale près le yo-yo des deux dernières années : leur chiffre d’affaires est remonté de 5,4 % en 2021 après avoir reculé de 5,5 % en 2020. Le rebond est généralisé selon les branches, étant certes plus marqué pour les secteurs de l’information-communication (+ 6,5 %) et du transport-entreposage (+ 6,2 %) que pour celui des cabinets juridiques et d’expertise-comptable (+ 3,5 %) mais l’évolution a été positive partout. 



La même conclusion concerne l’évolution des effectifs, en augmentation de 3,5 %. Ces tendances devraient se poursuivre cette année (+ 1,9 % d’activité et + 2,3 % d’emplois). En 2022, la rentabilité ne devrait se dégrader que pour 5 à 8 % des entreprises selon les spécialités : une faible proportion notable dans le contexte de la « pression à la hausse des salaires », que les services marchands semblent donc en mesure d’absorber, note la Banque de France.


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L’industrie s’est à son tour bien redressée, avec une hausse globale du chiffre d’affaires de 15 % en 2021, dont des pics dans la chimie (+ 50 %) et la métallurgie (+ 26 %). La fabrication de matériel de transports a été moins dynamique (+ 7 %) : elle inclut l’automobile qui a été pénalisée par la pénurie des semi-conducteurs. Cette branche contribue, par sa baisse d’un tiers des investissements, à la stagnation globale de celle-ci malgré quelques poches de dynamisme comme l’agro-alimentaire ( + 12 %).

« Les investissements sont destinés pour environ les trois-quarts à moderniser et automatiser l’outil de production, en réponse notamment à la pénurie de main d’œuvre », soulignait Baptiste Allegrand, directeur délégué Bas-Rhin de la Banque de France.


L’industrie entravée par les difficultés de recrutement

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Chez Burkert, fabricant de matériel de métrologie-régulation, on constate une amélioration de l'image de l’industrie avec la crise sanitaire. © Bürkert

 

Cette problématique d’effectifs entrave le développement de l’industrie. Aurait-elle ainsi davantage embauché en CDI et moins en intérim qu’elle ne l’a fait en 2021 ? L’année écoulée a été celle de la « consolidation » de ses effectifs permanents (+ 0,5 % ) selon l’expression de la Banque de France, et celle de la souplesse avec une forte poussée du travail temporaire, de 19 %.

La rentabilité a été améliorée ou préservée pour 8 à 9 entreprises industrielles sur dix. Selon Baptiste Allegrand, c’est le signe de la capacité à absorber la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, moyennant des exceptions dans les matériels de transports à nouveau (32 % de cas de dégradation de la rentabilité), l’industrie lourde ou l’alimentaire. Les perspectives pour 2022 sont assez similaires au bilan 2021 pour les différents indicateurs (+ 10 % de chiffre d’affaires et toujours une stagnation de l’emploi) hormis pour les investissements promis à une reprise significative (+ 24 %).


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Le secteur de la construction a cumulé lui aussi des signes positifs en 2021 en terme d’activité, d’emploi, d’investissements et de rentabilité et il semble engagé sur la même voie encourageante cette année, avec une augmentation attendue du carnet de commandes pour 60 % des répondants. Baptiste Allegrand révèle en particulier la rentabilité améliorée de 60 % des entreprises de travaux publics, « secteur traditionnellement disputé » et, par conséquent, synonyme de marges souvent faibles. 

Par ailleurs, les défaillances d’entreprise ont confirmé en 2021 leur orientation à la baisse ( - 19 % dans le Grand Est et même - 30 % dans le Bas-Rhin) constatée en 2020, traduisant le « fonctionnement à plein des dispositifs de soutien » selon Baptiste Allegrand, les prêts garantis par l’Etat (PGE) en premier lieu.


25 % des entreprises prévoient des difficultés de remboursement des PGE

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Jean-Luc Heimberger, président de la CCI Alsace Eurométropole : « Les difficultés d’approvisionnement nous obligent à repenser les circuits de fournisseurs pour les rendre plus courts ». © Bartosch Salmanski

 

Partenaire de l’enquête, la CCI Alsace Eurométropole a apporté ses commentaires, par la voix de son président Jean-Luc Heimburger. Celui-ci a souligné le problème des difficultés d’approvisionnement, qui semblent s’atténuer depuis l’automne, mais restent très préoccupantes.
« Elles nous obligent à repenser les circuits de fournisseurs pour les rendre plus courts », a-t-il déclaré avant de dresser des points de vigilance : « 25 % des entreprises prévoient des difficultés de remboursement des PGE et la proportion de deux-tiers d’entreprises satisfaites de leur niveau de commandes est mitigée. Quant aux difficultés de recrutement, ils sont un des facteurs d’un ras-le-bol des chefs d’entreprise auquel il faut faire très attention car il donne l’envie à plus d’un d’arrêter », selon Jean-Luc Heimburger.

Les entrepreneurs invités à s’exprimer à la réunion ont abondé dans le même sens. Mais Patrick Reimeringer, directeur général de Burkert France à Triembach-au-Val (Bas-Rhin, matériel de métrologie-régulation), a cherché des motifs à garder le moral : « Le regard sur l’industrie a tellement changé avec la crise sanitaire qu’on est redevenus fréquentables alors qu’avant, il fallait presque s’excuser d’être un industriel. »

 

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La rentabilité des entreprises de travaux publics s’est améliorée de 60 %. Photo d’archives : le terrassement pour le contournement ouest de Strasbourg. © François Badias

 

Moins de défaillances en Bourgogne-Franche-Comté

Le cabinet Altares a analysé les défaillances d’entreprises dans les régions. Selon ses données, la Bourgogne-Franche-Comté limite davantage la casse que l’ensemble de la France, avec un recul des défaillances de 17,6 % en 2021 contre une moyenne nationale à – 11,8 %.
L’industrie manufacturière voit la baisse être portée à 22 %. Par département, les plus forts reculs concernent le Territoire de Belfort (- 46 %), l’Yonne (- 40 %) et le Jura (- 35 %), mais les territoires les plus peuplés affichent de moins bonnes performances : - 9 % en Saône-et-Loire, - 7 % en Côte d’Or. Dans le Doubs, en revanche, les défaillances augmentent (+ 11 %), après une forte diminution de près de 50 % en 2020.

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