Fini le vin de soif acheté en cubi ! Relégué le petit coup de blanc avalé vite fait sur le zinc ! Abandonnée la chopine que l’on partage pour refaire le monde... En pays mâconnais, si les clichés perdurent toujours un peu, ils n’ont plus rien à voir avec la réalité vini-viticole. Depuis les années 1980, viticulteurs et négociants misent sur la qualité de leur vin et le font savoir. Explication sur le renouveau du plus important vignoble à vins blancs de Bourgogne, actuellement en pleines vendanges (*).

Comprendre les vins de Bourgogne se mérite. Et tout particulièrement dans la Mâconnais. Ici, dans le plus important vignoble régional de vins blancs, avec 5.800 hectares de vignes et 372.100 hectolitres produits en 2018, la segmentation particulière des vins suggère quelques précisions.
Le terroir ne possède ni grands crus ni  premiers crus (**), mais des appellations d’origine contrôlée (AOC) : mâcon, mâcon-village, mâcon-village précisant l’indication du nom de 27 communes, et pour compliquer le tout, cinq vins du mâconnais d’appellation communale : pouilly-fuissé, saint-véran, viré-clessé, pouilly-loché et pouilly-vinzelles.

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Intéressons-nous plus particulièrement aux vignerons qui produisent des mâcon-villages avec la dénomination géographique des 27 communes de l'aire d'appellation. La plupart sont regroupés au sein de douze caves coopératives et l’on dénombre aussi plus de 300 domaines indépendants. Le coté social explique le nombre de coopératives qui ont même été plus nombreuses [ndlr : jusqu’à 45] avant le regroupement de certaines communes viticoles.

Renouvellement des générations

« Cette situation découle du besoin de structurer au fil des ans un vignoble où, à une époque, la polyculture primait », explique Jérôme Chevalier, président de l’Union des producteurs de vins de Mâcon (850 viticulteurs). Cet homme de 46 ans, adhérent de la coopérative de Charnay-lès-Mâcon, est un viticulteur heureux, très heureux même...

L’oenotourisme fait florès dans les caves coopératives de Saône-et-Loire

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Le nouvel espace oenotouristique de la cave coopérative de Lugny ouvert sur le vignoble.
© Traces Ecrites.
Après la Cave des Vignerons de Buxy, sa consoeur de Lugny implantée plus au sud en Saône-et-Loire, s’offre aussi un caveau de vente à la bouteille revisité. Sur un terrain, situé juste en face de sa principale unité de production, la coopérative viticole a investi 2,2 millions d’€ dans un bâtiment de 700 m2. « Nous avons souhaité qu’il rappelle avec sobriété l’architecture locale faite de pierres apparentes mais, petite coquetterie, nous l’avons revêtu d’un toit végétalisé », décrit Edouard Cassanet, le directeur général.
Grâce à ce nouvel outil, ouvert à l’oenotourisme avec une salle de réception de 100 m2, la cave compte multiplier les ventes à la bouteille qui représentent un chiffre d’affaires  annuel de 1,5 million d’€ sur un total de 37 millions. La cave de Lugny commercialise en propre environ 6 millions de bouteilles, dont la moitié à l’exportation. Son activité est aussi réalisée, à hauteur de 40%, avec les grandes maisons de vin beaunoises pour lesquelles elle fournit des appellations village exclusives.
D’autres caves coopératives emboîtent le pas comme celle d’Azé. Présidé par Dany Grandjean, elle lancera l’an prochain un projet chiffré à 1,6 million d’€ qui intègre l’extension de sa cuverie, la rénovation du caveau et l’agrandissement de la boutique. Fondée en 1927, la cave fédère 63 adhérents, dont 15 exploitants sur 270 hectares, et réalise un chiffre d’affaires autour de 7 millions d’€.

La raison tient à la montée en gamme des vins dont il assume la promotion. Depuis les années 80, le vin de soif a laissé progressivement place à un vin plaisir. Est venue s’ajouter à la fraîcheur et à la rondeur typiques du produit, une qualité nettement améliorée de production comme de vinification.
« Les professionnels du cru ont investi dans du nouveau matériel, notamment des pressoirs très performants, avec cycles et programmations variables, et des cuves en inox thermorégulées », argumente t-il. Mais le matériel ne fait pas tout…

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…La filière a fait tout un travail de réécriture du cahier des charges de l’appellation (en 2005 et en 2009), en termes de baisse des rendements, de contrôle des degrés alcooliques et de délimitation parcellaire.
« Le renouvellement des générations a beaucoup aidé, avec des jeunes formés, à l’écoute des progrès techniques et plus soucieux de leur environnement avec de la culture raisonnée et le passage en bio », souligne le président Jérôme Chevalier.

Le domaine du Bicheron crée l’émulation

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Geneviève Rousset au milieu de ses vignes. © Traces Ecrites.
Implantée dans le village de Péronne et dirigée par Geneviève Rousset et son frère Denis, cette exploitation de 53 hectares, dont 1,2 ha en appellation viré-clessé, a le vent en poupe. En témoignent les 50% de la production vendue à la bouteille, dont la moitié à l’export, Grande-Bretagne, Japon et Canada notamment. Quatre personnes travaillent sur le domaine qui atteint 1,5 million d’€ d’activité et la succession est assurée par le fils de Geneviève et ses deux neveux.

La promotion a également fait son œuvre lors de nombreuses manifestations. Un seul exemple : Les Mâcon Wine Note ? Lors de ce festival musical, organisé chaque année en mai par l’Union des producteurs, et qui succède à un concours des vins, vingt-cinq des meilleures cuvées font le bonheur des nombreux spectateurs. À tout cela s’ajoute, et ce n’est pas le moindre des arguments, un rapport qualité-prix unique en Bourgogne. Une bouteille de  mâcon-villages s’achète moins de 10 € en moyenne.

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Jérôme Chevalier, le très dynamique président de l'Union des producteurs de vins de Mâcon. © Traces Ecrites.

(*) En raison du gel qui a impacté nombre de parcelles, la récolte 2019 ne sera pas aussi abondante que l’an dernier. Ce fléau climatique provoque une maturité chaotique et engendre des grappes avec peu de baies, dû en grande partie au millerandage, ou à un défaut de maturation de la vigne aboutissant à un avortement partiel des raisins. Les grappes arrivent ainsi à maturité en présentant des grains de taille très variable et de maturité différente, ce qui compromet la qualité et quantité globales de la récolte (source BIVB et Wikipédia).

(**) Un dossier d’appellation d’origine contrôlée (AOC) de classement premier cru est en cours d’instruction auprès de l’INAO pour saint-véran, pouilly-fuissé, pouilly-loché et pouilly-vinzelles.

BPBFC 

Une cité des vins pour tous les mâcon

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La futur cité des vins de Mâcon en bordure de Saône avec une tour qui symbolise la visse sans fin des pressoirs. © Cabinet RBC/ACL.
Comme à Chablis, le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) pilote le projet de création d’une cité des vins à Mâcon. Située dans le prolongement du restaurant de l’actuelle maison des vins en bordure de Saône, elle bénéficiera d’une surface de 1.900 m2 afin d’accueillir un parcours de visite, un espace de dégustation, une boutique… Chiffré à 3,9 millions d’€, l’équipement oenotouristique ouvrira ses portes au printemps 2021 et a été conçue par deux cabinets d’architecture locaux, RBC et ACL.

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