Alors qu’elle ne connaissait que le plastique comme source d’approvisionnement pour ses big bags, la PME de Blanzy, dans l’agglomération du Creusot-Montceau, s’engage dans un programme de R & D à plusieurs millions d’€ au cumul des partenaires, afin de substituer à la matière pétrosourcée des plantes naturelles, comme le chanvre et le lin. So Bag France avance aussi sur des conditionnements plus protecteurs des céréales et semences.


Des big bags d'une composition aussi naturelle que possible à l’horizon de la fin de cette décennie. So Bag France se fixe ce cap à Blanzy (Saône-et-Loire). Le fabricant d’emballages de grande contenance, l’appellation consacrée, s’engage sur plusieurs chemins de conversion de sa matière première vers la vertu écologique : le plastique - le polypropylène - obtenu à partir de pétrole, qui formait jusqu’alors son unique ressource, doit être substitué progressivement par des fibres naturelles, recyclables voire elles-mêmes d’origine recyclée.
 

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La PME de Blanzy travaille à la mise au point d'un process sous atmosphère dite protectrice,
par l'injection d'azote éliminant la présence d'insectes et nuisibles dans les sacs de denrées alimentaires.


« Nous avons choisi la direction : passer d’une entreprise fondée sur l’extraction - de matière fossile - à celle de la régénération. Il reste à en déterminer la trajectoire précise », déclare Nicolas Chevalier, le directeur général de la PME de 30 salariés.

Ce parcours est collectif. So Bag participe en effet à un consortium qui investira, au cumul de ses membres, jusqu’à 4 millions d’€ rien qu’en recherche-et-développement, dans le but de mettre au point un emballage « 100 % naturel. » Chanvre et lin sont convoqués en priorité. Le projet, labellisé par les pôles de compétitivité Vitagora de Bourgogne-Franche-Comté (secteur alimentaire) et Euramaterials (Nord) associe à l'emballeur la filature Safilin, le tissage Bastien et Peignage Dumortier, tous nordistes, ainsi que l'école d'ingénieurs textile Ensait de Lille.

L’objectif de calendrier, rappelé par Nicolas Chevalier, fixe un rendez-vous « dans deux ou trois ans » pour la sortie de prototypes, et dans cinq ans pour « aller à l’industrialisation. » Le passage à la production nécessitera alors des investissements « encore plus conséquents » que le budget déjà significatif de R&D de ce programme.

« L’équation économique est bien sûr incontournable, et elle est plus favorable au plastique. Mais les lois, elles, vont dans notre sens », argumente le dirigeant de So Bag, en référence à la règlementation européenne sur l’usage du plastique ou encore à la loi française de 2020 Agec, « Anti-gaspillage pour une économie circulaire. »

 

L’azote contre les insectes

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Remplissage d'un big bag chez un client.  (Saône-et-Loire).


Ce texte français contient dans sa dénomination l’enjeu du second projet « vert » de So Bag : la mise au point d’emballages « sous atmosphère protectrice », en association avec son confrère hollandais Somsix. Le but consiste à concevoir des contenants qui puissent protéger leur contenu, les denrées alimentaires, de leur destruction ou leur altération par les organismes nuisibles : bactéries, champignons, mais avant tout les insectes. Leurs méfaits contribuent au fait que « 20 à 40 % des céréales sont gaspillées à l’échelle mondiale, selon la FAO (l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) », relève Benjamin Kats, directeur marketing de So Bag. 

« Avec un procédé tel que celui sur lequel nous travaillons, l’effet de ces nuisibles peut être réduit de 99,9 %. Son coût destine à la protection de produits de haute valeur ajoutée comme les semences. Pour la protection accrue d’autres cultures - comme le blé - nous planchons également, dans ces cas sur des solutions de mise sous vide faisant descendre la teneur en oxygène à moins de 1 % », poursuit Nicolas Chevalier.

 

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L’atmosphère protectrice, quant à elle, évacue l’oxygène pour recourir au CO2, ou à l'azote, l’option retenue par So Bag, aussi pour une question d’image écologique. Ce projet-là avance plus vite car il peut s’inscrire dans le process de production existant à Blanzy, qui a été enrichi de l’achat de 70.000 € d’équipements complémentaires spécifiques. Démarré en 2022, il vient de générer son premier contrat, avec un industriel de la poudre de lait. 

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Le fabricant d'emballage a confirmé sa politique de diversification vers la découpe et la confection à façon
qui avait été stimulée par la crise sanitaire pour la fabrication de masques.


Le sujet rencontre aussi l’intérêt du secteur pharmaceutique, qui se trouve former le second pilier d’activité de So Bag.
Lui et l’agro-alimentaire concentrent environ 70 % du chiffre d’affaires, complété par la chimie, la filière des déchets ou encore le BTP. Le montant 2023 a reflué à 6,8 millions d’€ et devrait se situer à un niveau comparable cette année, après une poussée à 8 millions d’€ en 2022. « Mais nous assumons de prendre du temps pour transformer notre modèle économique », commente le président de la PME.

 

Des panneaux photovoltaïques pour 35 % d’autonomie électrique

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Les 1.600 m2 de panneaux solaires mis en service l'automne dernier sur le toit de l'entreprise à Blanzy (Saône-et-Loire)
déploient une puissance de 224 kilowattscrête.


So Bag France garde le rythme de ses investissements annuels en équipements soit 200.000 à 250.000 €. Ces deux dernières années, l’emballeur de Blanzy y a ajouté 350.000 € afin d'installer 1.600 m2 de panneaux solaires sur ses toits. La puissance déployée de 224 kilowattscrête procure, depuis octobre dernier, une autonomie de 35 % en consommation électrique, « et nous envisageons de pousser encore d’un cran en 2025 pour parvenir à 50 % », annonce le directeur général.

 

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Le fabricant de big bags combine ici l'optimisation économique avec sa contribution au développement durable, qui n’est pas du vent. Il achève en février son parcours de la « Convention des entreprises pour le climat » par la rédaction de sa feuille de route. Il fait partie du club de Saône-et-Loire « Les entreprises s'engagent » et dispose de sa labellisation « Emplitude » pour l’inclusion dans l’emploi - il fait appel à une entreprise adaptée. Et en novembre dernier, So Bag s’est invitée au rang des premières entreprises de la région signataires de la charte d’engagement en faveur de la biodiversité avec l’Office français pour la biodiversité (OFB). 

 

Des traces positives de l’après-Covid

La crise sanitaire de 2020 avait apporté, sans qu’elle soit planifiée, une activité complémentaire à l’entreprise d’emballages, à savoir la confection de masques de protection.
 Celle-ci avait donné un coup de fouet à la diversification qui venait de s'engager dans le travail à façon. Elle avait rentabilisé plus rapidement l’investissement induit, d'un montant de 320.000 € pour une machine de découpe laser dans un budget porté à près de 2 millions d’€ par une extension immobilière.

La parenthèse refermée, l’histoire continue. « Nous poursuivons notre développement dans la découpe de tissus et l’étendons à l'offre d'un service complet, incluant confection et préparation de commandes », souligne Nicolas Chevalier. La nouvelle activité ne pèse aujourd’hui que 2 % du chiffre d’affaires, « mais elle a du potentiel », assure le dirigeant. Elle ouvre à So Bag des débouchés inédits, « du militaire au loisir en passant par l’ameublement. » La PME de Blanzy fournit par exemple en tissus les vélos cargo de Douze Cycles qui sont produits à Ladoix-Serrigny (Côte-d’Or).

Photos fournies par l'entreprise.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. René Boudierdit :

    Article très intéressant !

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